L’Allemagne va demander à ses citoyens de stocker vivres et eau pour dix jours

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Moins extrême que les « preppies » américains qui s’équipent à prix d’or à travers des sites complotistes pour survivre aux catastrophes gigantesques qu’on leur y annonce, l’Allemagne envisage tout de même de demander à tous ses citoyens de disposer chez eux d’assez de vivres pour tenir 10 jours, ainsi que d’eau potable suffisante pour cinq jours. C’est la première fois depuis la fin de la Guerre froide que ce pays on ne peut plus organisé demande aux Allemands de prévoir des jours difficiles.
 
Le plan gouvernemental, qui devrait être débattu par le cabinet d’Angela Merkel ce mercredi, a été « fuité » par le Frankfurter Allgemeine Sontagszeitung d’après un rapport interne auquel ce journal a eu accès.
 
Les Allemands se verraient donc fortement incités « à conserver deux litres d’eau potable par personne et par jour ». Mais aussi des denrées alimentaires, un stock de médicaments, de couvertures chaudes, de charbon et de bois, des bougies, des lampes torches et des batteries, des allumettes et même des réserves d’argent liquide. Bref, de quoi pouvoir survivre une dizaine de jours sans électricité ni chauffage, suppose-t-on, sans avoir à sortir ni à compter sur les pouvoirs publics pour obtenir des biens de toute première nécessité.
 

Des vivres pour dix jours : l’Allemagne va mettre ses citoyens en alerte

 
Ce qui allait de soi dans le monde de jadis, moins assisté et surtout plus rural – avoir chez soi de quoi vivre de manière autonome – est en effet de moins en moins courant aujourd’hui : la place manque dans les logements étriqués, les conforts de la vie moderne semblent aller de soi, et dans les grandes villes, la supérette du coin sert de garde-manger…
 
Il faut croire que les menaces qui pèsent aujourd’hui sur le monde sont suffisamment sérieuses pour que le gouvernement allemand estime qu’on ne puisse pas en rester là. Le projet prévoit ainsi d’augmenter les stocks publics de vaccins contre la variole, les antibiotiques nécessaires en cas d’attaque biologique et les réserves de pétrole : les stocks de combustibles répartis sur 140 sites à travers le pays devront être suffisants pour 90 jours. Il est également question de mettre en place des sites de décontamination près des hôpitaux en cas d’attaque nucléaire, biologique ou chimique.
 
Aussitôt le plan connu, le gouvernement a été accusé d’alimenter la peur dans le contexte des actes terroristes en cours, ce qui signerait d’ailleurs la réussite de ces derniers. Selon Johannes Dimroth, porte-parole du ministère de l’intérieur, il n’en est rien : les propositions correspondraient à un plan de longue date visant réviser les dispositions actuelles de sécurité intérieure qui datent de 1995.
 
La gauche accuse au contraire le gouvernement de Merkel de vouloir mettre en place des mesures qui « pourraient complètement déstabiliser les gens ». Ces mesures étaient largement en place pendant les décennies d’après-guerre où l’Allemagne de l’Ouest vivait constamment sous la menace soviétique. La chute du mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne ont conduit au démantèlement progressif de ces dispositions de sécurité dont personne ne se soucie plus aujourd’hui.
 

Stocker de l’eau potable en cas d’ennui : c’est sage mais l’Allemagne a laissé se développer les ennuis…

 
Il n’y a pourtant pas seulement des menaces terroristes – hélas très réelles : les fortes inondations de 2002 avaient montré que les conséquences d’une catastrophe naturelle peuvent être moins dramatiques si la population est un tant soit peu préparée.
 
Mais ce que le simple bon sens commande alors que la dépendance de l’homme par rapport à l’électricité et aux technologies modernes, tout comme les moyens de les saboter, vont toujours croissant, est perçu comme trop anxiogène par la gauche, d’autant, sans doute, que cela peut accroître la méfiance à l’égard des étrangers et en particulier des étrangers musulmans.
 
Que le gouvernement allemand demande aux citoyens de se tenir prêts, fort bien. Mais cela souligne en creux à quel point il a été défaillant, criminellement défaillant en laissant une partie des menaces aujourd’hui prises en compte se développer.
 
Cela met également en évidence l’hypocrisie des politiques qui s’émeuvent de la manière dont on fait peur aux populations mais qui ne cessent de les manipuler avec les « grandes peurs » de notre temps : le réchauffement climatique, l’environnement et le reste.
 

Anne Dolhein