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Comme de nombreuses Américaines, la chanteuse Azealia Banks déclare être une sorcière

Comme de nombreuses Américaines, la chanteuse Azealia Banks déclare être une sorcière

 
« Je suis vraiment une sorcière ». C’est ce qu’a récemment tweeté la chanteuse noire-Américaine Azealia Banks, provoquant une vaste polémique sur le réseau social. Cette notion de sorcellerie a été évoquée par Azealia Banks alors qu’elle s’interrogeait à propos de la relation des Noirs Américains avec le christianisme.
 
« Je me demande si la plupart des Noirs Américains chrétiens aux Etats-Unis savent pourquoi ils sont chrétiens. Je me demande s’ils se sont déjà rendu compte une seule seconde qu’avant que leurs ancêtres ne viennent aux Etats-Unis, ils pouvaient croire en quelque chose d’autre », avait-elle déclaré. Et d’expliquer : « Vraiment, tout est en lien avec la magie. Les peuples magiciens ont été opprimés parce que les peuples non magiciens sont jaloux. C’est pourquoi les juifs et les Noirs ont été persécutés encore et encore dans l’Histoire, parce qu’ils sont plus magiciens… Ce que j’essaie de dire, c’est que les Noirs sont naturellement nés voyants, devins, sorciers et magiciens. Nous avons des pouvoirs supranaturels réels, et plus vite nous les maîtriserons et cultiverons tous, plus vite nous pourrons enfin résoudre réellement nos problèmes. »
 

La chanteuse Azealia Banks provoque la polémique ; elle n’est pourtant pas la seule « sorcière » américaine

 
Elle a ensuite plaisanté sur le fait que le racisme serait bientôt un mauvais souvenir, dès que les Noirs pourront rendre leurs ennemis malades ou les faire mourir par la pensée… C’est ici que la polémique a démarré. Azealia Banks a provoqué des réactions de terreur.
 
L’ampleur de la polémique pourrait laisser croire qu’Azealia Banks est la première femme à passer du « côté obscur de la force ». Ce n’est pourtant pas le cas. La sorcellerie et la pratique de la magie, comme la lecture des cartes, sont des activités de plus en plus répandues parmi les femmes jeunes, créatives et engagées politiquement aux Etats-Unis.
 
Et la sorcellerie est très présente dans la culture pop, qui la présente comme innocente.
 
En 2013, la série Coven dans laquelle une jeune fille se fait happer par la sorcellerie est devenue la série d’horreur la plus regardée de l’histoire des Etats-Unis… Le blog Charmcore, qui se prétend alimenté par trois sœurs sorcières, donne des conseils de magie et encourage les célébrités féminines à devenir sorcières. Il rencontre un fort succès.
 

Présence très forte de la sorcellerie dans la culture pop et les mouvements féministes

 
Plus sérieusement, le magazine pour adolescents Rookie publiait récemment des conseils pour apprendre à lire dans les cartes, tandis que la site LGBT Autostraddle pour jeunes femmes « queer » faisait de même. Les outils sont disponibles dans de nombreuses boutiques de magie et plus personnes ne trouve désormais étrange cette « médecine des plantes » et des potions.
 
Sincère ou non, Azealia Banks s’inscrit dans un mouvement qui est tout sauf anodin aux Etats-Unis. Curieusement, c’est un héritage direct du féminisme. En 1979, la féministe Starhawk écrivait dans son livre The Spiral Dance : « Revendiquer le mot sorcière, c’est réclamer notre droit, en tant que femmes, à être puissantes. » Le livre en est à sa troisième édition et a été vendu à plus de 300.000 exemplaires. Il est une introduction à la Wicca, une spiritualité basée sur l’adulation de la Terre créée dans les années 50, mais il est aussi une approche du mouvement de « spiritualité féminine » inventée par des féministes pour réécrire les religions ou créer la leur.
 

Les féministes à la recherche de pouvoir avaient décidé d’être des sorcières

 
« J’ai été impliquée dans cette résurgence de l’intérêt pour la spiritualité depuis les années 60 » expliquait très récemment Starhawk. « C’est comme si soudainement, le monde s’était ouvert et que les gens s’étaient rendus compte qu’il n’y avait pas seulement le judaïsme, le christianisme et l’islam (…) En 1970, avec la résurgence du mouvement féministe, un grand nombre d’entre nous a commencé à chercher une spiritualité féministe et à étudier les déesses présentes dans les traditions européennes et orientales. » Elle explique que la sorcière est un modèle de pouvoir féminin, inquiétant pour le monde « patriarcal » et récupéré pour cette raison par la mouvance féministe. Elle ajoute que le pouvoir des sorcières est de ceux qui échappent aux autorités…
 
La question est donc bien spirituelle comme le laisse penser le texte d’Azealia Banks qui oppose sa pratique de la sorcellerie à la confession chrétienne de nombreux Noirs américains.
 
Depuis qu’elle a provoqué cette polémique, Azealia Banks est revenu à la charge. Et même si certaines publications sont humoristiques, le message est là et ses activités « magiques » sont bien réelles. Comme elles le sont pour de nombreuses Américaines.