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Plus d’un tiers des armes utilisées par l’EI provenaient de l’Union européenne

Armes EI Union européenne
 
L’ONG Conflict Armament Research (CAR) a rendu, jeudi, une enquête de 200 pages sur l’arsenal militaire de l’État Islamique (EI), en Irak et en Syrie. Plus de 30 % des armes et des munitions utilisées sur les champs de bataille de deux pays proviennent de l’Union Européenne. Le reste viendrait d’usines chinoises et russes. Pour ce qui est du transit, il faut regarder par-delà l’Atlantique et vers l’Arabie saoudite.
 
Butins de victoire gagnés par l’EI ? Peut-être… N’empêche que cette avalanche d’armement où une bonne partie de la communauté internationale a tenu un rôle, du vendeur au fournisseur en passant par l’acheteur, fait réfléchir quant à leurs prétendus grands arguments de défense de la paix…
 

« En les capturant sur le champ de bataille »

 
L’étude du CAR, intitulée « Armes de l’État islamique », est le résultat de trois années de travail menées sur le terrain : plus de 40.000 armes à feu, munitions ou composants pour engins explosifs ont été analysés. La moitié d’entre eux détenus par le groupe terroriste ont été produits en Russie et en Chine : ce qui ne doit guère étonner, les bases des armées syrienne et irakienne étant largement approvisionnées par ces deux pays.
 
Mais plus d’un tiers proviendraient aussi d’usines en Bulgarie, Roumanie, Hongrie et même Allemagne. Et seraient plutôt liées au flot d’armement introduit en Syrie par les soutiens internationaux de la « rébellion » syrienne.
 
Certes, l’Etat Islamique a « récupéré », pillé ces armes, après des victoires contre les armées irakienne et syrienne. Mais le fait qu’ils aient pu obtenir pareille manne militaire demeure un problème. « Le rapport n’affirme pas qu’il y a collusion entre les rebelles et l’EI tout en n’excluant pas non plus cette hypothèse », dit l’un des auteurs du rapport, Charles Lister, chercheur au Middle East Institute.
 
Dans tous les cas, « Ces résultats sont un rappel brutal des contradictions inhérentes à la fourniture d’armes dans les conflits armés dans lesquels opèrent de multiples groupes armés non étatiques concurrents et qui se chevauchent »…
 

Des armes achetées à des pays de l’Union Européenne par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite

 
D’autant que Conflict Armament Research a établi le parcours de ces armes distillées au cours du conflit. Si les armes et les munitions estampillées OTAN sont beaucoup moins répandues, représentant respectivement 3 % et 13 % du total, il reste que ce sont l’Arabie saoudite et les États-Unis qui ont acheté des milliards d’armes aux pays d’Europe de l’Est avant de les transmettre aux forces de l’opposition syrienne. Ce qui explique leur passage à l’EI, vainqueur du début du conflit, en particulier en 2014.
 
Or les Etats-Unis n’avaient pas le droit d’envoyer aux rebelles cet armement obtenu auprès de fournisseurs européens, en vertu des accords signés qui interdisent au pays acheteur de transférer ce matériel sans autorisation préalable : c’est un viol de la clause de non-réexportation.
 
Pire, toujours selon le rapport, les parties impliquées dans ces transferts d’armes ont souvent délibérément tenté de dissimuler la source de l’arme, en changeant l’emballage et en enlevant ou en repeignant les marquages de l’usine – certaines de ces découvertes ont déjà donné lieu à des poursuites pénales, notamment en Belgique.
 

Le foisonnement militaire a profité à l’EI

 
Le CAR donne l’exemple de ce lance-roquettes anti-chars, passé d’une usine bulgare à un stock d’armes de l’État Islamique en seulement deux mois !
 
Pour les chercheurs, c’est clair : « Les approvisionnements internationaux en armes des factions dans le conflit syrien ont considérablement augmenté la quantité et la qualité des armes disponibles aux forces de l’EI, bien au-delà de celles qui auraient pu être obtenues par le seul groupe de combat ».
 
D’autant que leurs ramifications se sont avec le temps, étendues : on a retrouvé dans leurs stocks, des armes qui avaient été initialement fournies au Soudan ou au Yémen. « Cela montre que les armes se dispersent entre des conflits en Afrique et au Moyen-Orient qui ne sont pourtant pas eux-mêmes connectés ». Par ailleurs, le CAR explique que l’EI a « établi un réseau d’approvisionnement » avec les pays voisins, en particulier, on ne s’en étonnera guère, avec la Turquie, « principale source de précurseurs d’explosifs chimiques et de matériels auxiliaires. »
 

Les trafics d’armes rendent l’instabilité permanente

 
Alors, sans doute, l’Irak, par l’intermédiaire de son Premier ministre, vient-elle de proclamer, le 10 décembre, « la fin de la guerre contre les djihadistes de l’EI ». Sans doute la Russie a-t-elle déclaré, le 7 décembre la « libération totale » du territoire syrien de l’emprise du groupe État islamique (bien que l’organisation djihadiste contrôle toujours plusieurs poches dans le pays).
 
Pourtant de longues et douloureuses années ont fait bouger les lignes.
 
Et puis qui peut parler de paix en armant à outrance ? Les milliards de dollars d’armes donnés à l’armée irakienne en 2003 n’ont guère apporté la sécurité au pays. Les armes sont dans la nature, au cœur de trafics sans cesse renouvelés et génèrent un monde en instabilité notoire, tout particulièrement dans ce Moyen-Orient.
 
Mais peut-être est-ce l’objectif, après tout.
 

Clémentine Jallais