Attentats : pas de cellules d’aide psychologique, le traumatisme est pire avec !

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Sir Simon Wessely


 
Il est le président du Collège royal des psychiatres, un des meilleurs en son domaine de tout le royaume britannique. Mais les déclarations de Sir Simon Wessely risquent de choquer leur monde – surtout en cette période d’attentats récurrents sur les sols occidentaux. Il assure que les cellules d’aide psychologiques et autres thérapies post attentats sont contre-productives, voire nocives, pour la majorité de celles qu’on nomme « victimes ».
 
Une assertion qui nous change du réflexe quasi pavlovien qu’on observe après chaque accident, chaque catastrophe, chaque attentat, de dégainer les professionnels du mental…
 

Les dépistages systématiques totalement inefficaces après les attentats

 
Spécialisé dans le syndrome de stress post-traumatique, nommé chevalier pour ses services et travaux, c’est un expert à qui on ne la fait pas. Et pourtant, dans le Telegraph, le grand psychiatre britannique Sir Simon Wessely a été formel, il a enjoint aux cellules d’aide psychologique de ne pas se précipiter sur les personnes qui ont vécu les récentes atrocités à Londres, en se disant : « Quelque chose doit être fait ».
 
Parce que finalement les gens s’en sortent bien mieux seuls, dans leur entourage affectif proche. Leur faire revivre leur traumatisme par la parole, la mémoire, pourrait en réalité aggraver leur cas et se mettre en travers du processus de guérison « normal », interférer avec les mécanismes de défense psychologique qui rentrent alors en scène.
 
« Toutes les recherches que nous avons effectuées, en revenant aux bombardements de Londres, à tous les grands traumatismes que nous avons eus, montrent que la plupart du temps, la grande majorité des choses s’améliore lorsque les gens parlent à leurs propres réseaux sociaux (…) Ils parlent à leurs amis et à leur famille, leurs collègues. C’est ce que 90% des gens font et c’est la chose la plus utile. Ils n’ont pas besoin de nous ».
 

Le traumatisme : normal et… humain

 
Ainsi donc, les corps professionnels tendent à « sous-estimer la résilience des personnes normales ». L’idée est pour le moins originale et intéressante dans ce monde qui au moindre accroc, bénin ou plus grave, se tourne désespérément et surtout immédiatement à cette fameuse aide psychologique dont on nous gargarise dans les media – et qui doit nous sauver tous, à chaque fois.
 
« Quand un traumatisme survient, tout le monde affecté. Si j’interrogeais ces personnes la nuit juste après, je diagnostiquais chacune victime comme porteur d’un trouble psychiatrique parce qu’elles ne dorment pas, sont angoissées, ne peuvent pas se concentrer, ne peuvent pas manger »…
 
La réaction émotionnelle est normale, humaine. Selon lui, nous ne devrions intervenir qu’au bout de quelques mois, si vraiment les symptômes persistent.
 

Les résultats probants d’une étude sur 9.000 soldats revenus du front

 
Plutôt cette année, il a publié dans la très célèbre revue médicale britannique The Lancet, les résultats d’une étude menée par le Kings College London sur un groupe de 9.000 soldats revenant d’Afghanistan, au sujet des symptômes de syndrome de stress post-traumatique, de dépression, d’anxiété ou d’alcool.
 
A un premier groupe, on a adressé une lettre individuelle leur suggérant de prendre très rapidement rdv avec un médecin parce qu’ils souffraient de ces symptômes. Au deuxième groupe, on a simplement adressé une lettre de remerciement général soulignant diverses sources de soutien psychologique. Deux ans plus tard, il n’y avait aucune différence dans les taux de troubles de santé mentale entre les deux groupes
 

Les cellules d’aide psychologique : « un gadget politique »

(Romano et Cyrulnik)
 
En France, les cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP) sont nées en juillet 1995, sous Jacques Chirac, après l’attentat de la station RER Saint-Michel. Le « process » n’a, depuis, cessé de prendre de l’ampleur et d’énièmes directives ont été encore adoptées en avril pour améliorer l’accompagnement psychologique des victimes d’attentats ou d’événements « traumatogènes ».
 
C’est toujours cette idée que si vous êtes dans un sentiment négatif lié à une douleur, à un deuil, à un événement traumatique, vous n’allez pas bien et qu’il faut absolument faire quelque chose pour vous. A vouloir étendre éternellement ces soins psychiatriques d’urgence, « on en vient à psychiatriser la tristesse » selon les mots de la psychologue Hélène Romano et du neuropsychiatre Boris Cyrulnik dans leur Je suis victime écrit en 2015… La tristesse et tous ces sentiments négatifs, douloureux, qui ne sont pas des maladies mais font partie intégrante de la vie d’ici-bas – le mal existe et ne peut être extirpé de ce monde qui est tout sauf rose.
 
C’est aussi une énième manière d’« infantiliser », selon le mot d’Hélène Romero, ceux à qui on impose cette prise en charge : « On crée un état de dépendance face à ces dispositifs. On crée une population fragile » – on étiquette victime et on finit par se sentir comme tel. Et puis, lors des attentats, c’est le moment ou jamais de vous asséner quelques contre-vérités fortes, du style «  pas d’amalgame surtout », « C’était un déséquilibré », « Tout doit continuer comme avant »…
 

Clémentine Jallais