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Pour la Turquie, le refus par l’Autriche de son adhésion à l’UE serait lié à des troubles psychiatriques de ses dirigeants

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Le ministre aux Affaires européennes et négociateur turc pour l’adhésion à l’UE Ömer Çelik a déclaré mardi que l’attitude de l’Autriche face à la Turquie relevait de la psychiatrie plutôt que de l’analyse politique. Parlant à l’agence de presse Anadolu, le ministre a en effet affirmé que « l’obsession de l’Autriche avec la Turquie est devenue une obsession psychiatrique ». Sebastian Kurz, le chef du parti conservateur ÖVP auquel a été confié la mission de former un nouveau gouvernement à Vienne, après les élections remportées par son parti, avait déjà annoncé en décembre dernier, alors qu’il était ministre des Affaires étrangères, que l’Autriche souhaitait bloquer les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE. Son homologue turc, Mevlüt Cavusoglu, avait alors promis de « lutter contre l’Autriche à tous les niveaux ».
 
En juillet, Sebastian Kurz avait interdit l’entrée sur le territoire autrichien du ministre de l’économie de la Turquie, Nihat Zeybekci. Celui-ci venait assister à un événement commémorant le coup d’Etat raté de juillet 2016. En février-mars, l’Autriche avait, comme l’Allemagne et les Pays-Bas (mais contrairement à la France), empêché la venue du président turc Recep Tayyip Erdogan qui voulait faire campagne auprès de sa diaspora avant le référendum constitutionnel d’avril. La communauté turque d’Autriche est estimée à environ 300.000 âmes (pour 8,7 millions d’habitants). Aujourd’hui, le même Kurz s’apprête à diriger un gouvernement de coalition probablement avec le parti national-conservateur FPÖ, qui s’oppose lui aussi catégoriquement aux négociations en vue d’une adhésion de la Turquie à l’UE. C’est dans ce contexte qu’il faut lire les déclarations furieuses du négociateur turc.
 

Selon la Turquie, la suspension par l’UE des négociations d’adhésion équivaudrait à un suicide : faut-il y voir une menace ?

 
Pour Ömer Çelik, Sebastian Kurz n’est pas pris au sérieux au sein de l’UE. Çelik a aussi commenté mardi l’état des relations de la Turquie avec le bloc européen, affirmant que pour l’UE annuler ou suspendre les négociations d’adhésion avec la Turquie serait « un suicide ». Le ministre turc a encore critiqué la suggestion faite par le chancelier allemand Angela Merkel, au dernier sommet européen, de réduire les fonds alloués à Ankara dans le cadre de l’Instrument d’aide de préadhésion (IAP), qui se montent actuellement à 4,45 milliards d’euros pour la période 2014-2020. Il a également reproché à l’UE de n’avoir toujours pas levé l’obligation de visa pour les citoyens turcs, alors que c’était un engagement qui avait été pris pour obtenir de la Turquie qu’elle cesse de favoriser le départ des migrants clandestins depuis ses côtes.
 

Vu d’Autriche, faire entrer la Turquie dans l’UE, ce serait rouvrir la route des Balkans – « troubles psychiatriques », rétorque Ankara

 
Rappelons néanmoins, en ce qui concerne l’importante réduction de l’immigration clandestine passant par la Grèce, que cette réduction est en réalité à mettre sur le compte du « double effet de la fermeture des frontières sur la route des Balkans et de l’entrée en vigueur, le 20 mars 2016, de l’accord passé entre l’UE et la Turquie, en grande partie, s’agissant de ce dernier, grâce au renforcement du contrôle exercé par les forces de sécurité turques » (Fabrice Luggeri, directeur de l’agence Frontex, devant les sénateurs français le 13 juin 2016). C’est justement l’Autriche qui avait pris en février 2016, contre l’avis de Berlin et Bruxelles, l’initiative de fermer les frontières de la route des Balkans avec le soutien actif du Groupe de Visegrád. Si la Turquie est un jour admise dans l’UE, cette route sera à nouveau grande ouverte !
 

Olivier Bault