La nouvelle saison d’“Aux frontières du réel” tourne autour de l’eugénisme CRISPR

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Une séquence ADN.


 
Le complotisme et les peurs contemporaines face à une science capable de modifier le génome humaine sont au centre de la dernière saison d’Aux frontières du réel. S’appuyant sur l’existence (réelle !) de techniques d’édition génétique – le fameux CRISP-Cas9 – la série « culte » invente un monde où l’on décide d’activer le virus « Spartan » importé par des extra-terrestres pour désactiver les systèmes immunitaires des victimes. Objectif : contrer le réchauffement climatique par la lutte contre la surpopulation et mettre en œuvre un programme d’eugénisme.
 
Le méchant de la série diffuse le virus à travers des engins CRISPR dans les « chemtrails » – les émissions d’avions dénoncés par les complotistes – contenant des nanoparticules d’aluminium. L’« élite » y échappe grâce à la récupération d’ADN extra-terrestre qui résiste à l’édition génétique et préserve ainsi leurs défenses immunitaires.
 

“The X Files” parlera d’eugénisme et de « chemtrails »

 
Si une partie des artifices d’ingénierie génétique est scientifiquement invraisemblables, une autre repose sur des techniques existantes ou concevables, souligne Elliot Hossman sur le site du Center for Genetics and Society.
 
Le grand retour d’Aux frontières du réel – en anglais, The X Files – n’a donc pas tort d’envisager l’« édition » des gamètes qui crée des modifications transmissibles aux descendants, ni de suggérer que l’on puisse aussi modifier les animaux et les plantes afin de contrer les effets du « réchauffement anthropogénique », en les rendant plus résistants à la sécheresse, par exemple.
 
L’intrigue, elle, est fortement influencée par l’idéologie malthusienne qui repose sur la finitude des ressources pour recommander une réduction et une sélection de la population. Hossman souligne que les grandes peurs face à la « surpopulation » se sont souvent accompagnées de xénophobie et de volonté de contrôler la reproduction par voie d’autorité.
 

La nouvelle saison d’“Aux frontières du réel” familiarise le public avec la technologie CRISPR

 
A la surface, la nouvelle saison d’Aux frontières du réel dénonce dans une certaine mesure les nouvelles biotechnologies et leur utilisation par une super-classe égoïste, mais en même temps elle donne pour acquis le fait que le « réchauffement climatique » existe et qu’il est d’origine humaine.
 
La technologie CRISPR-Cas9 est présentée dans ce cadre comme un outil au service des puissants, mais un outil qui peut régler des problèmes réels.
 
Ce faisant les réalisateurs présentent de vraies interrogations et de réelles inquiétudes éthiques, mais la question est de savoir quel sera l’impact réel de cette fiction sur le téléspectateur moyen. Celui-ci peut être amené au rejet total des technologies qui permettront sans doute de modifier les lignées humaines et au-delà et en théorie, de tout ce qui vit. Ou alors se dire que ces manipulations du vivant sont une solution aux défis, réels, supposés ou inventés, auxquels fait face l’humanité, pourvu qu’elles soient démocratiquement encadrées et contrôlées.
 

Anne Dolhein