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Le Billet
L’avortement, « sujet lunaire » ? Marine Le Pen met le Front national en question

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Marine Le Pen a tenté de mettre fin à la querelle qui déchire le Front national et oppose sa nièce Marion à Florian Philippot à propos de l’avortement en affirmant que celui-ci est un sujet « lunaire » et que les Français ne comprendraient pas des « bisbilles » à son propos.
 
Marion Maréchal Le Pen, que l’on présente comme la représentante de la frange « dure », « traditionnelle », de « droite », et « catholique » du Front national s’oppose à ce que l’avortement soit considéré comme un droit et intégralement remboursé. Elle demande que les femmes en détresse soient aidées pour leur offrir une autre solution. Elle s’en est expliquée dans un remarquable entretien avec notre confrère Présent. Mais à aucun moment elle n’a condamné l’avortement en tant que tel, elle s’appuie même explicitement sur la loi Veil de 1975. Elle n’a pas fait valoir que l’embryon est un être humain, pourvu des droits qui en découlent, et que l’avortement est donc un crime. En somme, la prétendue représentante de l’extrême droite catholique donne une interprétation modérée de la pensée de Simone Veil, et il n’y a plus d’homme politique en France pour défendre la doctrine catholique sur la question.
 

Marion Maréchal isolée au Front national sur l’avortement ?

 
Cependant, les observations et restrictions de bon sens présentées par Marion Maréchal sont encore excessives pour un Florian Philippot, qui lui reproche de remettre en cause le remboursement « intégral et illimité » de l’avortement. Pourtant Marion ne se sent pas « isolée » sur la question, puisque après le congrès qui a élu Marine Le Pen présidente, celle-ci préconisait de « cesser de rembourser l’avortement », et qu’il n’y a pas eu de « débat interne » au Front national depuis. Elle reproche donc à Florian Philippot de vouloir « déterminer seul la ligne du parti ».
 

Marine Le Pen minimise la question de l’avortement

 
Mais elle s’est fait rappeler à l’ordre par sa tante. Sous couleur en effet de condamner toutes les « chicayas » et toutes les « bisbilles », termes choisis pour minimiser l’affaire, lui refusant le statut de question de fond pour la ranger parmi les querelles de personnes, Marine Le Pen vise exclusivement Marion. Son argumentation le montre. Sur le débat au Front national et la ligne du parti d’abord. La voici : « Le débat sur ce sujet a été tranché précisément par mon élection ». L’argument est chronologiquement faux puisque en 2012 encore elle préconisait de supprimer le remboursement de l’avortement. Ce à quoi elle répond qu’il s’agissait d’ « une forme de concession à ceux qui avaient fait le choix de Gollnisch (…) Aujourd’hui, ce débat est tranché, je n’ai pas de concession à faire, enfin plus (…) car entre temps j’ai été réélue à 100 % en 2014 à la tête du FN. »
 

Marine Le Pen roitelet sub-sahélien et Machiavel benêt

 
Cette phrase est à graver dans le marbre. Elle dit tout sur celle qui l’a prononcée. Sa satisfaction de roitelet sub-sahélien à être élue à 100 % et la légitimité qu’elle en tire. La certitude que son élection tranche ipso facto une question capitale, même sans autre débat formel. Et le fait que, sur une question politique et morale de première importance, elle puisse prendre une position de pure opportunité, une « concession » à ses opposants, quitte à revenir sur sa décision dès qu’elle se sent en position de force. C’est plus benêt que Machiavel mais pas moins cynique. Qu’est-ce qui la différencie aujourd’hui d’un Sarkozy ou d’un Fillon, sinon qu’eux ont une certaine habitude des responsabilités à haut niveau ?
 

Avortement, sujet lunaire ou crime atroce et faute insigne ?

 
Mais là où elle les rejoint, les dépasse peut-être, c’est par sa conviction que l’avortement est un sujet « lunaire », entendez à mille lieu des vrais enjeux et des préoccupations des Français. Elle juge en effet les « chicayas » au Front national impardonnables « eu égard à la gravité qui frappe ce pays (sic) ». Explicitement, elle compare l’avortement à « l’insécurité, le chômage, les questions de logement, les suicides d’agriculteurs, les policiers dans la rue et le fondamentalisme islamique », et lui confère au terme de cette comparaison le statut de « sujet lunaire ». Nul ne nie la gravité des difficultés que Marine Le Pen cite, mais ne voit-elle pas que l’avortement, autant qu’un crime atroce, est une faute politique insigne ? Les dix millions de morts qu’il a causé en France depuis 1975 pèsent lourd dans la balance du dépeuplement français concomitant à l’immigration, donc dans le grand remplacement. Est-ce une tête de linotte, ou, après avoir fait sa génuflexion au Crif en condamnant son père pour l’affaire du détail, cherche-t-elle aujourd’hui l’approbation du Grand Orient ? Voilà qui remet en question le Front national, sa nature, sa fonction.
 

Pauline Mille