Le bilan démographique de la France en 2015 : le plus mauvais depuis plus de dix ans

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En 2015, l’espérance de vie en France est en baisse.


 
La presse a largement évoqué le bilan démographique 2015 de l’INSEE qui révèle une situation inédite depuis fort longtemps : hausse de la mortalité, baisse de la natalité, un solde naturel en chute spectaculaire, quoique positif. Ce sont les chiffres les plus mauvais depuis plus de dix ans. En revanche, il faut creuser pour trouver cette information de grande importance pour l’avenir : le nombre des femmes en âge de procréer ne cesse de chuter et parmi celles-ci, ce sont les cohortes les plus jeunes qui connaissent la baisse la plus importante. C’est cela qui annonce le plus sûrement le déclin durable de la démographie française, qui sera mécanique même à taux de fécondité stable. Or celui-ci aussi est en baisse.
 
Avant de s’interroger sur les raisons de cette situation, conjoncturelles ou au contraire d’ordre psychologique ou financier, quelques chiffres. La population française, Mayotte comprise, a augmenté de près de 250.000 âmes par rapport à 2014 : 200.000 naissances supplémentaires par rapport aux décès, et environ 47.000 correspondant au solde migratoire, c’est-à-dire la différence entre ceux qui sont partis et ceux qui sont arrivés. Cette estimation est la même depuis 2013, autant dire que le flou règne, même si à l’évidence la France ne porte pas une grosse part de l’exceptionnel afflux de réfugiés vers l’Europe en 2015.
 

Un bilan démographique exceptionnellement mauvais en 2015

 
Ce solde naturel, toujours positif, est exceptionnellement bas : par rapport aux neuf années précédentes, il représente entre 20 et 33 % de moins. Il est même le plus bas enregistré depuis 1976.
 
Il y a eu davantage de décès : du jamais vu depuis l’après-guerre avec 600.000 morts au total, soit 7,3 % et 41.000 unités de plus par rapport à 2014. Cette surmortalité a frappé principalement les personnes les plus âgées : la grippe, forte, qui a sévi longtemps, la chaleur caniculaire en juillet et le froid en octobre ont provoqué respectivement 24.000, 2.000 et 4.000 décès de plus que la normale, mais cette surmortalité conjoncturelle n’explique pas tout. L’augmentation des cohortes les plus âgées amène naturellement un supplément de décès au bout d’un temps, mais en l’occurrence cela ne suffit pas non plus puisque – et c’est plus inquiétant – l’espérance de vie à la naissance chute de manière notable. Pour les femmes, elle baisse de 0,4 an, pour les hommes, de 0,3. Si elles ne sont pas inouïes, ces baisses sont pourtant d’une ampleur nouvelle.
 
Malgré cela, la proportion des 65 ans et plus poursuit sa lente progression, passant de 15,1 % de la population en 1996 à 18,8 en 2016, tandis que les moins de 20 ans ne représentent plus que 24,6 % en 2015 contre 26,3 % en 1996 : la France vieillit, même si c’est moins vite que ses voisins immédiats. On ne peut pas (encore) lui servir le discours selon lequel il faudrait augmenter l’immigration pour compenser le manque de main-d’œuvre.
 

Moins de naissances, plus de morts en France – et moins de femmes pour donner la vie

 
Les naissances sont en baisse, et sur une courbe descendante : on en dénombrait 829.400 en 2006 contre quelque 800.000 en 2015, une chute de 18.600 naissance par rapport à 2014 – et encore davantage si l’on retranche les naissances de Mayotte. Les spécialistes de l’INSEE ont beau se retrancher derrière le côté fluctuant des statistiques, c’est l’infléchissement de la courbe sur le long terme qu’il faut regarder. Or la chute est constante depuis 2010.
 
De même ils annoncent la baisse du taux de fécondité par femme, repassé sous la barre de 2 pour atteindre 1,96 enfant par femme, comme peu inquiétante puisque les premières naissances se produisent à un âge de plus en plus avancé et que la descendance finale (le nombre d’enfants qu’une femme aura effectivement au cours de sa vie fertile) reste stable. Oui, mais pour combien de temps ? A force de repousser constamment l’âge de la première maternité, on arrivera à des situations où la baisse de fertilité liée à l’âge jouera de plus en plus contre les naissances. Et cela creuse au moins provisoirement les cohortes suivantes, avec des conséquences négatives à moyen terme.
 
On notera qu’avec 1,96 enfant par femme, la France ne remplace pas ses générations même si elle fait figure de championne en Europe, derrière l’Irlande : il en faudrait 2,1. L’érosion est lente, sans doute. Mais réelle.
 

Le bilan démographique est mauvais ? Augmentons le nombre d’IVG !

 
A cela il faut ajouter ce que l’INSEE ne dit pas. L’Institut statistique ne donne pas les chiffres de l’avortement : ont-ils baissé, eux aussi, en 2015 ? A plus de 210.000 par an selon les chiffres officiels, on peut dire que désormais plus d’une grossesse sur cinq se termine par un avortement. Hasard ou ironie, il n’y a que quelques jours que Marisol Touraine a annoncé des mesures pour améliorer l’accès à l’avortement, des plans régionaux pour l’assurer et un remboursement à 100 % de tous les actes médicaux qui l’entourent…
 
Quelle est l’origine nationale des enfants nés en France ? Les chiffres publiés mardi ne le précisent pas. On ne saura pas non plus quelle est la proportion des naissances d’origine non occidentale, comme cela se publie très officiellement aux Pays-Bas par exemple.
 
Enfin, la réalité la plus spectaculaire évoquée au début de cet article est celle de la diminution du nombre de femmes en âge de procréer, très nette depuis 2006. Mais sur la durée, c’est depuis 1995 que le nombre de femmes de 20 à 40 ans est en baisse, puisqu’il est passé de 9,3 millions cette année-là à 8,5 millions en 2015. Cela veut dire que même si ces femmes, ayant attendu d’avoir au moins 30 ans et probablement plus pour avoir leur premier enfant, elles seront de toutes façons nettement moins nombreuses que les femmes de cet âge aujourd’hui. Cette baisse est une spirale et sur le long terme, on peut parler d’un lent suicide.
 

En dix ans, le nombre de mariages a chuté de près de 40.000

 
Voilà le tableau. On peut évidemment se poser de nombreuses questions sur les raisons de ce déclin : refus de la vie, hédonisme, peur de l’avenir, crise économique provoquée par l’ouverture des frontières, chômage, avortement facile, contraception omniprésente et promue de mille manières auprès des jeunes, la liste est longue et diverse même si elle s’inscrit dans une logique sans équivoque.
 
Les mesures antifamiliales et hostiles aux classes moyennes prises par le gouvernement de François Hollande jouent certainement aussi un rôle : le démantèlement progressif de l’avantage du quotient familial, la mise sous conditions de ressources des allocations familiales et des aides à la garde des jeunes enfants, les charges d’éducation de plus en plus lourdes et le prix des logements sont certainement en cause aussi.
 
Et ne faut-il pas y ajouter la dépréciation de l’institution familiale par le biais du « mariage pour tous » ? On continue de se marier peu, en France – 231.000 mariages hommes-femmes en 205 contre plus de 278.000 en 2004 – et à un âge de plus en plus tardif qui atteint désormais 37,4 ans pour les hommes et 34,9 ans pour les femmes. Or c’est le mariage qui constitue toujours le meilleur cadre pour la procréation et spécialement pour le choix de la famille nombreuse.
 
C’est en train de disparaître, tout doucement.
 

Anne Dolhein