Brexit : l’UE imposerait à la Grande Bretagne une facture de plus de 50 milliards d’euros

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Arrivée de Theresa May, Première ministre britannique, au sommet européen, le 19 octobre 2016 à Bruxelles.


 
Les chanceux ont droit à un pot de départ. Pas la Grande-Bretagne qui pourrait devoir s’acquitter d’une jolie facture avoisinant les 60 milliards d’euros. L’UE veut lui faire payer sa « faute » du Brexit.
Rien n’est encore négocié…et le gouvernement britannique tente de calmer les esprits, malgré la réalité qui s’impose.
 

Des dizaines de milliards d’euros de facture

 
Ce serait « l’une des premières choses à venir ». Dès que Theresa May actionnera l’article 50, se mettra en branle la négociation et en particulier un projet de loi concernant les frais de règlement à charge de la Grande-Bretagne, s’élevant entre 50 et 60 milliards d’euros.
L’information n’est encore écrite nulle part, mais c’est le négociateur en chef de la Commission, Michel Barnier, qui a mentionné, hier, jeudi, ce chiffre aux dirigeants de l’Union Européenne lors de sa visite des capitales de l’UE. Il a déclaré que le Royaume-Uni devrait continuer de verser des « dizaines de milliards » par an dans le budget de l’UE jusqu’en 2020.
Le projet de loi comprendrait la part du Royaume-Uni des engagements en matière de pensions, des garanties de prêts et des dépenses pour des projets basés chez lui. Une obligation pour le pays de participer au budget de l’UE, pendant encore quatre ans, de par son adhésion au cadre financier pluri-annuel…
 

« Une farce horrible » : la Grande-Bretagne rit jaune

 
Une menace, un avertissement ?
Les Britanniques ne sont pas tous d’accord ou du moins semblant de ne pas l’être. Les uns s’offusquent. Les autres ne veulent y voir que l’ouverture des négociations… L’ancien secrétaire au travail et aux pensions, Iain Duncan Smith, parle d’une « farce horrible » : le montant réel sera des « cacahuètes », l’Europe cherche à nous faire peur… Dominic Raab, l’ancien ministre de la Justice, a carrément salué un « sens de l’humour » confirmé.
N’empêche que le ministre de l’Europe en République tchèque,Tomas Prouza, est moins léger : « Je comprends pourquoi les eurosceptiques l’appellent une taxe de sortie. Mais nous parlons de paiements au budget existant que le Royaume-Uni a déjà voté pour les pensions des citoyens britanniques travaillant pour l’UE. Ce ne sont que des choses pour lesquelles le Royaume-Uni s’est déjà engagé à payer (…) Nous nous attendrions à ce que le Royaume-Uni honore ses engagements… ce sera l’un des premiers problèmes à venir sur la table. »
 

Contre Sir Ivan Rogers

 
Même chose pour la perspective du nouvel accord commercial post-Brexit entre Londres et l’Union européenne.
Selon la BBC, l’ambassadeur britannique auprès de l’Union Européenne, Ivan Rogers, aurait confié à des ministres britanniques que les vingt-sept autres Etats membres de l’UE estimaient qu’un nouvel accord commercial ne serait pas signé avant le début voire le milieu de la décennie 2020 ! Pire, que ce futur accord courait le risque d’être systématiquement rejeté par tous les parlements de ces pays, qui devront tous être consultés en la matière…
Devant l’affolement qui aurait pu en résulter pour les entreprises, le gouvernement britannique a immédiatement réfuté jeudi ces informations. Le porte-parole du Premier Ministre a évoqué un simple bruit de couloir : « Le gouvernement est pleinement convaincu de parvenir à négocier un accord pour sortir de l’UE qui fonctionne dans l’intérêt du Royaume-Uni et du reste de l’Europe (…) un accord qui nous permette de quitter l’Union européenne et nous autorise à commercer avec et au sein du marché unique européen ».
Et cela dans les deux ans que sont censées prendre les négociations de sortie de l’UE.
 

L’UE veut garder la main

 
Rien de plus certain. L’Europe voudrait faire payer celui qui lui a osé lui tenir tête. Le bras de fer est commencé.
Les dirigeants européens se sont accordés hier soir, jeudi, à Bruxelles, sur l’approche qu’ils ont choisie de retenir pour les négociations à venir sur le Brexit, « s’engageant à aller vite et à rester unis pour éviter que Londres n’arrache un accord trop favorable susceptible d’inspirer d’autres départs » selon l’agence Reuters.
« Tout accord devra toutefois reposer sur un équilibre de droits et d’obligations », ont insisté les dirigeants européens coupant court aux demandes des Britanniques qui souhaiteraient conserver un accès au marché commun sans pour autant respecter les règles européennes en matière de libre circulation…
 

Le Brexit entre dans le dictionnaire… et dans l’Histoire ?

 
Theresa May a assuré qu’elle activerait l’article 50 du Traité de Lisbonne, qui ouvrira les négociations de sortie, avant la fin du mois de mars prochain. Le Parlement a d’ores et déjà accepté son calendrier.
Le négociateur en chef de la Commission, Michel Barnier, se donne, lui, jusqu’à octobre 2018 pour les discussions, afin que le processus de ratification de l’accord puisse ensuite être mené à bien en respectant le délai total de deux ans prévu par l’article 50.
« Nous quitterons l’UE, et nous voulons que le processus soit aussi fluide et ordonné que possible » a déclaré hier Mme May, en arrivant à Bruxelles. Les grains de sable risquent pourtant d’être bien nombreux.
Pendant ce temps, le mot « Brexit » fait son entrée dans le prestigieux dictionnaire Oxford, l’ouvrage de référence sur l’évolution de la langue anglaise…
 

Clémentine Jallais