Carbone 14 : « les plus vieux » fragments du Coran jamais découverts sont à Birmingham

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Le monde islamique est en émoi, et les musulmans de Birmingham ont le sentiment de vivre sur une terre bénie : on vient de dater au carbone 14 un fragment du Coran trouvé parmi les manuscrits de la bibliothèque de l’université de la ville et il se révèle d’une exceptionnelle antiquité. Certainement « parmi les plus vieux » fragments connus du « livre saint » de l’islam, il pourrait même être contemporain de Mahomet. La presse britannique – même de gauche – s’extasie devant la découverte. Des armées de sceptiques qui mettent en cause jusqu’à l’existence de Jésus-Christ et qui relativisent l’authenticité du message évangélique abandonnent toute critique devant cette « preuve » que le Coran que nous connaissons aujourd’hui est « très proche » du message « reçu » par le « Prophète ».
 
A la manière de l’arbre que cache la forêt, le modeste fragment de deux feuillets de parchemin était « dissimulé » au sein de feuillets similaires connus pour dater des environs de l’an 800, avec lesquels il avait été relié. C’est une chercheuse travaillant sur la collection de 3.000 manuscrits « Mingana », rapportés du Proche-Orient par le prêtre chaldéen Alphonse Mingana vers 1925, qui a repéré une discrète différence entre ces feuillets et ceux qui l’entouraient. L’étudiante, Alba Fedeli, a vu que le texte ne « coulait » pas. Elle a alerté les responsables de son département qui ont décidé de faire dater les manuscrits – alors qu’une précédente demande en ce sens a été naguère refusée à un institut allemand qui avait proposé de prendre les opérations à sa charge.
 

La datation au carbone 14 affirme que les fragments du Coran datent de 568 à 645 avec une probabilité de 95 %

 
La datation au carbone 14 indique que la bête qui a fourni la peau utilisée pour fabriquer les parchemins a vécu entre 568 et 645 après Jésus-Christ, soit au plus tard une dizaine d’années après la mort supposée de Mahomet en 632, ce qui permet selon les responsables de l’université de Birmingham de dater la rédaction du texte à, au plus tard, une vingtaine d’années après cette mort. Avec une probabilité de plus de 95 % de justesse de la datation réalisée par l’unité de recherches de l’université d’Oxford, les chercheurs parlent de quasi certitude pour cette très grande ancienneté des fragments du Coran.
 
David Thomas, professeur de christianisme et d’islam à l’université de Birmingham, rappelle la « tradition musulmane » selon laquelle « le Prophète Mahomet a reçu les révélations qui forment le Coran, l’Ecriture de l’islam, entre 610 et 632, l’année de sa mort ». Ce qui rétrécit encore la « fenêtre » de datation, puisque cette « tradition » est prise pour argent comptant par les scientifiques.
 
Le Pr Thomas s’enthousiasme, d’ailleurs : il se peut bien, affirme-t-il, que la personne qui a écrit ces lignes qualifiées d’« élégantes » par la presse britannique, ait personnellement connu le « Prophète ». L’écrivain « l’a probablement vu, il l’a peut-être même entendu prêcher. Il a pu le connaître personnellement – voilà une sacrée pensée avec laquelle jongler ! »
 
Et saint Matthieu et saint Jean ? Et saint Pierre et saint Jacques ? Les apôtres qui ont rapporté les paroles et l’enseignement de Jésus ne connaissaient-ils pas le Christ au point d’avoir partagé sa vie pendant trois ans, d’avoir témoigné de sa Mort et de sa Résurrection, au prix de leur propre vie ? Ceux-là, il est de bon ton de les accuser de travestissement, de notation tardive, de manipulations…Les exégètes modernistes sont au premier rang de ces esprits forts. On ne s’autorise pas pareil scepticisme à l’égard de la religion mahométane.
 

La presse britannique s’extasie devant « les plus vieux » fragments du Coran

 
Pour le « Prophète », les choses sont bien différentes. Les fragments découverts à Birmingham, parfaitement lisibles par n’importe quel lecteur d’arabe contemporain, sont extraits des sourates 18 à 20. Leur similitude avec les textes actuellement autorisés du Coran est « grande », ont fait savoir le Pr Thomas et le Nadir Dinshaw, professeur de relations interreligieuses à l’université de Birmingham, assurent que ce fait soutient l’idée que la version actuellement utilisée du Coran n’a quasiment pas changé par rapport à la version la plus ancienne, ainsi que la croyance musulmane selon laquelle ce texte représente la transcription exacte des « révélations » données au « Prophète ».
 
Mais oui : aujourd’hui, le carbone 14 vient confirmer l’exactitude de la « tradition musulmane », au risque d’extrapoler à partir de quelques mots… Presse et savants de l’université lui rendent le même hommage.
 
Ce faisant ils n’omettent pas de reprendre à leur compte l’idée que la rédaction définitive du Coran date de 650, du troisième caliphat, après que le premier, Abou Bakr, eut ordonné la compilation des paroles du Prophète dès après sa mort.
 
Il s’agit là de la « doxa » musulmane et de la pensée unique obligatoire à son égard, peu intéressées par les découvertes scientifiques sur l’histoire de l’islam. Les travaux de Patricia Crone (disparue il y a quelques jours) et de maints autres chercheurs, parmi lesquels le P. Edouard-Marie Gallez occupe une place éminente, se fondent sur des faits de plus en plus nombreux qui militent en faveur d’une rédaction bien plus compliquée, plus longue dans le temps, avec les remaniements nécessaires aux besoins politiques et militaires de l’islam en pleine conquête. Cela n’empêche pas que la découverte de Birmingham puisse être authentique, puisque certains fragments du Coran sont en effet fort anciens. Mais c’est tout. Et l’affirmation selon laquelle les fragments de Birmingham sont « très proches » du Coran actuel montre à l’inverse que le livre sacré des musulmans, la prétendue « Parole incréée » d’Allah, a subi des modifications, découverte bouleversante pour tout le monde musulman sunnite, pour lequel le Coran ne saurait en aucune manière avoir été modifié depuis sa « révélation ».
 

Les scientifiques relaient le message musulman sans la moindre critique après la découverte de Birmingham

 
Le vulgarisateur des travaux scientifiques du P. Gallez, « Olaf », explique en termes accessibles comment l’islam s’est construit à l’initiative de la secte des judéonazaréens qui attendaient le retour de Jésus pour rétablir le royaume d’Israël, pour qui les tribus arabes avaient servi de supplétifs embarqués grâce à la prédication de leur message travestissant l’Ecriture Sainte et l’histoire du Christ. Le royaume n’advint pas et les Arabes se séparèrent de leurs mentors, emportant avec eux le message qui les persuadait qu’ils devaient devenir maîtres du monde.
 
Un message qui devait être adapté aux circonstances et sans cesse réinterprété jusqu’au jour ou, vers l’an mil, on décida que les « efforts » d’exégèse avaient assez duré.
 
Voilà qui est frontalement contredit, non par les fragments de Birmingham, qui n’en suggèrent pas tant, mais par les respectueux universitaires qui ne sauraient contredire l’islam !
 
Les fragments, pourtant, ne sont que cela : des fragments. Les versets sont « incomplets » et pourraient avoir servi d’« aide-mémoire » (en français dans le texte des journaux britanniques) à un imam qui savait déjà le Coran par cœur, explique Susan Worrell, directrice des collections spéciales et notamment du fonds Cadbury Research Library de l’université de Birmingham qui abrite les textes rapportés par le P. Mingana. Cette hypothèse absurde, que rien ne vient étayer, est pourtant nécessaire pour expliquer les différences, mêmes légères, entre la version de Birmingham et la version actuelle du Coran. Elle montre l’ignorance ou la mauvaise foi abyssale de ces prétendus experts : jamais un musulman ne s’autoriserait à apporter la moindre modification au Coran, à la Parole incréée d’Allah, même pour confectionner un « aide-mémoire ». Et les terres d’islam sont remplies de hafiz, de personnes connaissant le Coran par cœur.
 
L’université de Birmingham a déjà annoncé que les fragments seront gratuitement exposés au public dans le Barber Institute of Fine Arts qui en dépend, tandis que le musée municipal de Birmingham a déjà manifesté son intérêt et envisage de créer une exposition autour des parchemins.
 
Le président de la mosquée centrale de Birmingham a évoqué ses « larmes de joie et d’émotion » en apprenant la découverte, assurant que des gens viendraient « de toutes les régions du Royaume-Uni » pour « entrevoir ces pages ». Un pèlerinage musulman en terre anglaise ? Pour l’islam, ce serait une aubaine.
 

Anne Dolhein