Les changements climatiques ont sans doute suscité l’ingéniosité des hommes et leur développement social : adaptation vs évolution ?

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Image du site préhistorique d’Olorgesailie, Kenya


 

Tout est une question d’adaptation… c’est l’archéologie qui nous le dit. De nouvelles découvertes donnent à penser que les premiers humains, en Afrique de l’Est, il y a environ 320 000 ans, se comportaient de manière beaucoup plus sophistiquée qu’on ne l’estimait, que ce soit à travers le développement des outils ou celui de leurs réseaux sociaux et commerciaux. Cette précocité, qui bouleverse quelque peu la chronologie que les scientifiques se faisaient de l’évolution humaine, serait due… au changement climatique !
 
Bienheureux changement climatique ? ! Tout ça pour dire que l’homme, face à des difficultés, sait s’adapter.
 

Conséquence du changement climatique : des outils d’au moins 100 000 ans d’avance

 
Ces nouvelles découvertes ont été rapportées dans trois études publiées le 15 mars dans la revue Science, et signée d’anthropologues renommés du Musée national d’histoire naturelle du Smithsonian, aux États-Unis. C’est un projet de fouille qui dure depuis plus de vingt ans dans le bassin d’Olorgesailie au Kenya, où la première « preuve » de la vie humaine remonte à environ 1,2 million d’années.
 
Jusque-là, n’avaient été trouvés que de gros outils de pierre appelés haches, polyvalents, typiques de cette période de la Préhistoire, du Paléolithique inférieur. Mais depuis 2002, les chercheurs ont découvert une variété d’outils plus petits et plus soigneusement formés, certains conçus pour être attachés à un arbre, d’autres potentiellement utilisés comme armes à projectiles, certains en forme de grattoirs ou de poinçons…
 
Des outils dits « modernes », typiques du Paléolithique moyen, que les anthropologues dataient systématiquement d’environ 200 000 av JC. Pourtant les datations persistent à leur donner entre 320 000 et 305 000 ans !
 

Innovation technologique et stimulation des échanges chez les hommes

 
Ces outils nouvellement excavés seraient donc les plus anciens du genre : taillés sur plusieurs faces et non plus seulement deux faces, ils témoignent non seulement de l’innovation technologique de leurs artisans, mais aussi de leur fort développement cognitif.
 
D’autant que près de la moitié de ces 3 400 pointes de pierre étaient faites d’obsidienne, une roche provenant d’au moins 25 à 50 kilomètres des sites d’excavation, signifiant par là que les individus se déplaçaient et/ou opéraient déjà en réseaux.
 
D’autre part, les archéologues ont également trouvé des morceaux de pigments qui, selon les chercheurs, peuvent attester de l’existence d’un ancien réseau commercial ou d’un système de communication inter-groupes : des roches noires (manganèse) et rouges (ocre), que les premiers humains avaient utilisées comme matière colorante.
 

Un « comportement climatique » chez les premiers Homo sapiens : une adaptation

 
Pourquoi et comment les humains de cette région relativement définie ont-ils fait évoluer ainsi leurs comportements, leurs capacités ? L’équipe de recherche a intégré diverses données pour évaluer et reconstruire l’environnement ancien dans lequel ils vivaient. Leurs résultats suggèrent que leur période fut marquée par une évolution notable des paysages et du climat, dans lesquels la disponibilité des ressources aurait été peu fiable.
 
Les tremblements de terre ont remodelé le paysage et le climat fluctuant entre les conditions sèches et humides ont forcé les individus, pour survivre, à faire évoluer leurs habitudes : en se nourrissant sur de plus grandes surfaces, avec des outils de plus en plus petits et en développant leurs communications avec les autres groupes.
 
L’adaptation pour faire face à la difficulté… Certes, il y a bien pu y avoir d’autres facteurs, comme le déclin ou l’explosion de la population d’humains, comme l’a noté l’archéologue Yonatan Sahle de l’Université de Tübingen, mais l’évolution climatique a bien généré, entre autres, l’adaptation de l’humain qui a ainsi su « surajouter » à ses compétences.
 
L’homme sait trouver des moyens. Une leçon d’optimisme, bien loin des peurs millénaristes qu’on nous fait ressentir du monstrueux changement climatique à venir…
 

Clémentine Jallais