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La Chine renforce la recherche sur les chimères, organismes croisant l’homme et l’animal

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La Chine renforce actuellement ses programmes de recherche sur les organismes comprenant des cellules et des tissus provenant à la fois de l’homme et de l’animal. L’objectif : disposer de sources d’organes aptes à la transplantation pour l’homme. L’accélération des programmes en cours semble avoir été dictée par la décision des Etats-Unis de lever l’interdiction du financement de telles recherches. Alors que cette technologie transgressive pose d’importants problèmes pratiques, et surtout moraux et éthiques, la Chine ne veut manifestement pas se laisser distancer dans un domaine médical à l’avenir potentiellement lucratif.
 
« Il ne faudra pas très longtemps à la Chine pour rattraper d’autres pays menant ce type de recherche, mais le défi principal est lié à la disposition des gens à accepter des organismes humains-animaux : les chimères », a indiqué Liu Changqiu, chercheur universitaire à l’Institut de la Loi de l’Académie des sciences sociales de Shanghai.
 

Homme ou animal ? La recherche brouille les frontières

 
A l’heure actuelle, la recherche chinoise porte sur les chimères et les petits organes tels la peau, la cornée et le cartilage. Pour les organes plus importants – cœurs et poumons par exemple – les choses sont plus complexes. Les expériences menées jusqu’à présent se soldent par des rejets immunitaires immédiats par le corps humain.
 
Pour les petits organes, la réussite est déjà au rendez-vous. Un institut spécialisé dans la province de Shandong a réussi en septembre dernier à greffer avec succès une cornée, dénommée « Acornea », obtenue à partir d’un cochon génétiquement modifié, dans un œil humain, après que le produit – le premier de son genre – eut été approuvé par l’Administration chinoise des médicaments et des aliments.
 
Les freins au développement de cette recherche demeurent importants. On ne dispose par exemple d’aucune garantie sur la non transmission des virus et des maladies dont l’animal « donneur » pourrait être porteur au receveur humain, a souligné Liu. Obtenir la permission de mener des essais cliniques restera très difficile tant que ces questions n’auront pas reçu de réponse.
 
Mais la tendance mondiale est à l’acceptation de ces pratiques. Les instituts nationaux de santé (NIH) des Etats-Unis ont proposé au début de ce mois de lever l’interdit sur le financement des expériences consistant à injecter des cellules souches humaines dans des embryons d’animaux. La proposition fait l’objet d’une enquête publique fédérale qui court jusqu’au 6 septembre prochain.
 

La Chine veut renforcer la recherche sur les chimères pour favoriser les greffes

 
Les NIH avaient introduit un moratoire sur le financement l’an dernier en soulignant qu’on ne savait pas comment fonctionneraient les cellules humaines au sein des animaux, ni si elles risquaient de s’introduire dans leur système nerveux central en affectant leurs capacités cognitives. Mais les instituts de santé estiment aujourd’hui que les bénéfices des expériences qui doivent permettre d’étudier le développement de l’être humain, les pathologies et à terme, des greffes d’organes, présentent un intérêt suffisant pour se reposer la question.
 
La Chine compte surfer sur la vague si les nouvelles recherches démarrent aux États-Unis, espérant créer de bonnes conditions pour la production massive d’organes alors que la pénurie dans ce pays est importante, a indiqué Jiang Jianwen, médecin expert en transplantation à l’université de Zhejiang. C’est une meilleure option que le prélèvement d’organes sur les donneurs humains, a précisé de son côté Liu Changqiu.
 

Organismes transgressifs : la Chine veut devancer les Etats-Unis

 
Le dernier plan quinquennal de la Chine a accordé 460 millions de dollars à la recherche sur les cellules souches. Le nouveau plan, le 13e du nom qui courra de 2016 à 2020 prévoit une « forte augmentation » des crédits dans ce domaine selon la revue Nature.
 
Les projets chinois ont de quoi inquiéter. Car la création de chimères, fût-elle intéressante pour la production maîtrisée d’organes susceptibles d’être greffés sur l’homme, ouvre la porte à des développements plus contestables, notamment dans tout ce qui touche au cerveau, l’apparence – du visage et des mains notamment – bref, l’identité humaine.
 

Anne Dolhein