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La Chine face à la fuite des capitaux

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La Banque centrale de Chine est aux abois. Elle ne sait plus que faire pour empêcher la fuite des capitaux dans un contexte rendu encore plus tendu par le volume des emprunts dans le pays, en état de « croissance extrême », ont averti d’importantes banques asiatiques, Standard Chartered et Nomura, influent établissement japonais.
 
Selon Eric Robertson, chargé de la macro-stratégie globale chez Standard Chartered, spécialisée dans les prêts à l’Asie, « la défense de la monnaie par la Banque du peuple (PBOC) n’est plus une option viable », à un moment où les circonstances poussent encore davantage les capitaux à quitter la Chine que l’an dernier, lors de la panique provoquée par la dévaluation du yuan. L’Institute of International Finance a donné son estimation pour les sorties de capitaux en 2016 : l’équivalent de 725 milliards de dollars, un niveau record. La tendance est d’ailleurs bien installée malgré des contrôles de plus en plus stricts de la part des autorités chinoises.
 
Chaque intervention agressive de la Banque nationale de Chine pour protéger sa devise entraîne automatiquement une hémorragie de liquidités en rendant les conditions financières plus strictes. Eric Robertson affirme : « Ils courent le risque de gravement endommager le système bancaire officiel. »
 

Fuite des capitaux en Chine : 725 milliards en 2016

 
Pour Nomura, la PBOC se livre carrément à un « incroyable jonglage à cinq balles » qui risque d’entraîner l’ensemble de l’Asie orientale vers une tempête financière. Celle-ci pourrait avoir pour conséquence un grave resserrement du crédit dans la région, les gestionnaires de fonds pouvant être tentés de retirer leurs capitaux en masse.
 
La Banque centrale de Chine, note Ambrose Evans-Pritchard du Telegraph de Londres, a certes encore plus de 3.000 milliards de réserves de devises, mais sous forme d’obligations difficiles à injecter dans l’économie interne chinoise. D’autant que l’opération est risquée : « Le pays doit maintenant choisir entre plusieurs poisons », écrit-il. Le montant semble énorme mais reste insuffisant eu égard à la taille de cette économie à l’heure où la confiance fait défaut.
 
Pour l’heure, la Banque centrale chinoise « freine progressivement » en remontant petit à petit les taux d’intérêt, après avoir progressivement et discrètement resserré les prêts depuis novembre.
 
Et ce dans le contexte nouveau créé par l’accession de Donald Trump au pouvoir : la Chine craint de voir ses exportations vers les Etats-Unis taxées, décision qui pourrait avoir pour effet collatéral de faire remonter le dollar de 15 à 20 % selon de nombreux économistes. Ce serait « un vrai séisme dans le système financier global qui n’a jamais été aussi dollarisé et qui comporte 10.000 milliards de dollars offshore, sans prêteur de dernier ressort pour les couvrir », affirme le journaliste britannique.
 

La Banque centrale de Chine ne peut endiguer la fuite de capitaux

 
Alors que l’Asie orientale est actuellement confrontée à un service de la dette multiplié par cinq au cours des 10 dernières années, et qui représente déjà 15 % du PIB, on note que les proportions sont voisines de ce qu’elles étaient lors de la crise asiatique de 1997, mais à une échelle bien plus importante, souligne Ambrose Evans-Pritchard. Tout cela notamment pour maintenir en vie des « sociétés zombies », alors même que l’excès de dette pèse sur la croissance, commente Rob Subbaraman de Nomura.
 
Celui-ci conclut : « La politique de stimulation monétaire et fiscale visant à atteindre des objectifs de croissance irréaliste n’est pas la bonne réponse ; elle perd son efficacité et risque d’alimenter encore plus de bulles en distribuant les ressources à mauvais escient. » Ou comment l’étatisme communiste et les leviers offerts par la puissance des banques centrales peuvent envoyer une économie dans le mur.
 

Anne Dolhein