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Pour le sociologue Martin Albrow, la Chine (communiste) est la gouvernance mondiale de demain

Chine gouvernance mondiale Albrow
 
Coïncidence remarquable, à la Foire du livre de Londres qui a débuté mardi (1 500 exposants de plus de 120 pays), figurent en bonne place deux livres révélateurs sur la Chine, qui s’éclairent l’un l’autre et partent dans la même direction, quoiqu’écrits l’un par un Chinois, l’autre par un Britannique. Le premier est l’œuvre de Xi Jinping lui-même : c’est le tome II de The Governance of China. Le second est le travail du sociologue renommé Martin Albrow : China’s Role in a Shared Human Future (Le rôle de la Chine dans un destin humain partagé).
 
Pour ce dernier, la Chine est tout bonnement détentrice de l’éthique mondiale de demain, loin devant les vieux pays occidentaux qui n’ont rien compris aux enjeux post-modernes (de Trump au Brexit). On a quitté l’ère de la globalisation, on entre dans les concepts de gouvernance et de communauté de destin partagé – de plus en plus communiste tout ça.
 

La Chine : « ce pays qui affectera tous les autres au cours du prochain siècle »…

 
On connaissait l’attrait qu’exerce l’empire du Milieu sur le pionnier de la mondialisation Martin Albrow, actuellement professeur à l’Académie des sciences sociales du Royaume-Uni. Il avait célébré, en 2015, le premier tome de The Governance of China, en se rendant lui-même à l’ambassade de Chine, à Londres, pour y évoquer avec éloquence « ce pays qui affectera tous les autres au cours du prochain siècle »…
 
Là, il a fait mieux, il a fait un livre. Dont le lancement a été co-organisé, comme nous l’indique le GlobalTimes (média étatique chinois), avec trois maisons d’édition chinoises, China International Publishing Group, New World Press et Global China Press – déjà, quelle dose d’indépendance.
 
China’s Role in a Shared Human Future
est un ouvrage « pour tous ceux qui se soucient de l’avenir de l’humanité », ni plus ni moins : un ouvrage, donc, vertueusement et mondialement obligatoire. Martin Albrow veut y faire comprendre à ses lecteurs qu’il est crucial d’élaborer des objectifs communs pour un avenir sain de l’humanité – objectifs qu’apparemment la Chine sait mieux définir et pratiquer que tout le monde !
 

La Chine raisonne maintenant « d’une manière extraordinaire » selon Albrow

 
Précisément, le sociologue explore comment le modèle de la Chine favorise la paix mondiale à une époque où les nations sont éclipsées par le protectionnisme et la crise identitaire. A rebours des États-Unis qui perdent pied et s’arc-boutent dans des oppositions diplomatiques internationales, c’est elle qui va prendre la tête du développement mondial global, en raison de son esprit d’ouverture et de collaboration face aux défis mondiaux communs (comprenez entre autres le terrorisme et le changement climatique).
 
En réalité, Martin Albrow reprend le concept même que Xi Jinping présente depuis plusieurs années, tant en Chine qu’à l’étranger, à savoir ce concept de « communauté de destin » : les intérêts et le destin de tous les pays sont rapprochés, il faut construire un nouveau type de relations internationales pour construire une communauté de destinée humaine, qui ne laisse aucun perdant.
 
Sagesse toute orientale ? Peut-être, mais il ne faut quand même pas oublier que le « sage » qui la manie est beaucoup plus communiste que confucéen ! Mais pour Albrow, le marxisme semble fort bien s’allier avec la démocratie, en terre chinoise…
 

« Le rêve [communiste] chinois » pour le monde entier ?

 
« L’objectif principal du livre était de montrer au reste du monde que la Chine a une façon très sophistiquée de penser au monde, au leadership et à ce qu’elle peut réaliser dans le monde. Que la Chine a une bonne compréhension des problèmes mondiaux et qu’elle est très bien préparée pour contribuer positivement au monde », a déclaré Albrow à l’agence Xinhua.
 
La Route de la Soie, par exemple : pour le sociologue, l’Initiative Belt and Road proposée par la Chine accélère l’engagement international dans le commerce, l’investissement, la communication, la compréhension culturelle et le partage. Quant à y voir un vecteur manifeste de sinisation, on est très très loin…
 
Autre exemple : les énergies renouvelables. Martin Albrow souligne avec emphase que la Chine investit dans les énergies renouvelables davantage que le reste du monde réuni… Mais dans les faits, elle demeure le plus gros pollueur du monde, émettant presque deux fois de CO2 que les États-Unis selon les rapports officiels…
 

La gouvernance mondiale est à assurer par un pays qui a encore « une croyance en un ordre plus élevé d’idées »

 
Ce qu’il y a peut-être de plus frappant dans cette défense accélérée du modèle chinois chez ce britannique, c’est son obstination à y voir une sorte de foi supérieure. Il l’avait dit en avril 2015, lors de son discours à l’ambassade saluant le premier tome de The Governance of China, la Chine possède « une croyance en un ordre plus élevé d’idées », alors qu’à l’opposé l’Occident a perdu la sienne… Terrible jugement, et pourtant, si vrai, à l’aune des derniers siècles de déchristianisation.
 
Mais si faux aussi, dans le sens où la croyance qui conduit aujourd’hui le gouvernement chinois relève, non pas tant d’un héritage oriental confucéen qui prône la voie pacifiste d’un développement non-expansionniste et non-hégémonique (Martin Albrow s’appuie d’ailleurs beaucoup sur les travaux du sociologue allemand Max Weber qui a travaillé sur cette philosophie), mais relève plutôt d’une idéologie parfaitement et absolument communiste, adapté au capitalisme, dont elle sait fort bien s’accommoder !
 
Alors, qu’Albrow voit dans la Chine la future « gouvernance mondiale », qu’il voit en elle la toute prochaine dispensatrice de l’« ordre durable » mondial, comme tant d’autres de ses éminents comparses, est pour le moins inquiétant.
 
Clémentine Jallais