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La Banque mondiale s’entend avec la Convention mondiale des maires contre le « réchauffement »… pas contre l’urbanisation démentielle

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Le 12 décembre au sommet de Paris « One Planet », la Convention mondiale des maires pour le climat et l’énergie et la Banque mondiale, plus grande banque multilatérale de développement, ont annoncé un nouveau partenariat pour aider cent cinquante grandes villes à engager des actions énergiques « en faveur du climat », sans jamais remettre en question l’urbanisation démentielle qui accable le monde. La Banque mondiale va investir 4,5 milliards de dollars, fournis par les contribuables des pays « riches » tels que la France dont le PIB par habitant décroît pourtant depuis une décennie. Le « partenariat » inclut une assistance technique et financière pour réaliser des développements « soutenables » et des « programmes de résilience climatique ». Car dans la doxa globaliste et nominaliste, l’homme est l’origine de tout.
 

« Risques climatiques » ou risques urbains ? La Banque mondiale ne veut voir que les premiers dont le « réchauffement »

 
Que trouvera-t-on dans cette panoplie ? D’abord des réalisations pour résister aux « risques climatiques » ce qui, vu l’explosion de la population des villes, l’urbanisation en zones inondables ou à risques et l’imperméabilisation des sols, relève du simple bon sens. « Risques climatiques » ou risques urbains ? Pour Michael R. Bloomberg, délégué spécial du secrétaire général de l’ONU pour le programme « Villes et changement climatique » et coprésident de la Convention mondiale des maires, pas un mot sur la métropolisation frénétique du monde : il s’agit pour lui de mener un « combat contre le changement climatique » en impliquant « les villes et les collectivités » et, pour cela, « il est essentiel de trouver des financements ».
 
Ce ne sont donc pas les villes qui changent, c’est le climat. Qu’une métropole du tiers-monde telle que Lagos, au Nigeria, gonfle de 275.000 habitants par an pour dépasser les 22,8 millions ne paraît pas troubler la Convention mondiale des maires. Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale, n’en démord pas : « Comme la force des désastres naturels s’intensifie, nous devons améliorer les projets et construire des villes plus résilientes. » « Avec un investissement de 4,5 milliards de dollars dans les villes fourni par la Banque mondiale, nous pourront aider les dirigeants locaux à protéger les gens des impacts climatiques », poursuit-il. Pour mémoire, les cinq plus grandes mégapoles mondiales (zones agglomérées) sont Tokyo (42,7 millions d’habitants), Jakarta (31,7), Delhi (26,5), Séoul (25,5) et Bombay (24,4). Quarante-cinq villes dans le monde dépassent les dix millions d’habitants, une centaine les cinq millions. Paris se situe à la 34e place à 12,4 millions d’habitants en zone agglomérée (l’Ile-de-France).
 

7.400 municipalités signataires de la Convention mondiale des maires, 680 millions d’habitants

 
La Convention mondiale des maires pour le climat et l’énergie rassemble le Compact of Mayors, organisation onusienne réunissant 428 villes depuis 2014 avec pour objectif la baisse des émissions de gaz carbonique, et la Convention européenne des maires. Cette Convention mondiale des maires réunit plus de 7.400 municipalités signataires, issues de 119 pays représentant 680 millions d’habitants soit près de 10 % de la population mondiale.
 
Le plan destiné aux cent cinquante villes de pays « émergents » va se développer sur les trois années à venir. Il va les aider à mobiliser plus de capitaux privés pour couvrir les coûts d’équipements destinés à renforcer leurs infrastructures face aux épisodes climatiques « plus violents » et « à la montée des mers ». Marc Forni, spécialistes du management du risque à la Banque mondiale, révèle toutefois à demi-mots d’autres motivations : « L’investissement dans la résilience urbaine ne permet pas seulement d’éviter des pertes, il permet aussi de générer de la valeur et constitue un catalyseur de croissance. »
 

Jamais n’est évoqué le risque systémique de l’urbanisation démentielle

 
A aucun moment n’est évoqué le risque systémique que constitue l’urbanisation démentielle, posée comme une évidence incontournable pour le « monde nouveau » cher à M. Macron. Que la France hypercentralisée investisse 34 milliards d’euros dans son métro périphérique du « Grand Paris » alors qu’elle désertifie massivement ses territoires de tout service public (756 km de lignes ferroviaires voyageurs fermées en seulement six ans en France, plus de 20.000 km en 70 ans) ne semble gêner personne. Que le différentiel de température nocturne entre zone rurale périphérique et zone urbaine centrale imperméabilisée et bétonnée dépasse les 5 ° C n’émeut pas. Que le monde se prépare à entasser les deux-tiers de sa population dans les grandes villes à l’horizon 2050 semble même souhaitable. L’urgence est de « protéger les résidents et les bâtiments des menaces telles que les inondations, les orages et les vagues de chaleur, tout en améliorant l’habitat et en réduisant les inégalités » : la Banque mondiale s’en tient là. Les premières villes concernées par ce partenariat signé au sommet de Paris sont les villes côtières de Manaus au Brésil (2 millions d’habitants), Chittagong au Bangladesh (3,5 millions), Accra au Ghana (4 millions dans l’aire métropolitaine) et Istanbul en Turquie (14 millions).
 
Plus généralement, on enjoint à toutes les métropoles de favoriser les énergies propres et d’opérer des changements radicaux pour « ralentir le réchauffement global ». Aux Etats-Unis, des centaines de municipalités se sont saisies de ce prétexte pour appliquer les Accords de Paris imposant des réductions d’émissions de carbone, arme politique contre Donald Trump qui a dénoncé de traité qui charge en priorité les économies occidentales mais épargne les « émergentes » et le premier émetteur : la Chine.
 

Matthieu Lenoir