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FILM EXPERIMENTAL
Corps et âme ♥


 
Corps et âme est un film expérimental hongrois, en hongrois, qui a obtenu l’Ours d’Or, soit la plus haute récompense du festival du film de Berlin. Ce dernier est l’équivalent de Cannes en Allemagne ; les films primés se ressemblent, ce qui n’est forcément gage de qualité ou d’intérêt. Corps et âme a un thème bizarre mais comporte heureusement une intrigue construite sur un schéma classique et une narration linéaire, et ne pose donc pas de difficultés de compréhension aux spectateurs. Un quinquagénaire dirige un abattoir à Budapest. C’est un lieu peu poétique au possible, où les animaux, surtout des bovins, arrivés vivants, sont abattus et transformés en viande consommable. Il est seul depuis longtemps, estimant une présence féminine à ses côtés source de plus de désagréments que d’agréments avec l’âge. Pourtant il rencontre une belle jeune femme, nouvelle employée de l’entreprise, chargée du contrôle de la qualité de la viande. Son métier exige de la rigueur ; mais elle se montre particulièrement zélée, ce qui ne fait vraiment pas les affaires de l’abattoir. Le directeur doit lui expliquer les choses : si la viande est bonne, sans risque sanitaire, elle peut bien passer dans la catégorie européenne supérieure, enfin le plus souvent. Elle n’a pas l’air de comprendre. Elle paraît du reste asociale, incapable de relations humaines normales. Pourtant une forme de liaison improbable s’ébauche entre eux.
 

Corps et âme, des défauts manifestes, mais une émouvante histoire d’amour

 
C’est à ce moment que le film surprend : lui sous forme de cerf, elle de biche, se retrouvent la nuit dans leurs rêves communs. La psychanalyste de l’entreprise, qui découvre la chose, croit à un coup monté de très mauvais goût. Il n’en est rien. Les animaux essaient de s’apprivoiser dans les bois, ce qui n’est nullement dans la nature car cerfs et biches ne forment nullement des couples stables, se rencontrant brièvement pendant la saison des amours. Il y a là une lourde parabole sur la difficulté des relations humaines, du moins entre cet homme et cette femme.
 
Cette histoire d’amour peine un peu à se mettre en place. La jeune femme est vraiment perturbée et consulte depuis des décennies le même pédopsychiatre. Lui se méfie, est tenté par le refus de construire une nouvelle relation au nom d’un réalisme ou d’un cynisme désespéré. Il craint de finir en jaloux lamentable, vieil homme, du moins relativement, se méfiant des jeunes et solides équarisseurs de son abattoir. En soi pour un public bien disposé, cette histoire peut toucher. Mais le film est trop lent. Les tentatives d’humour, parfois à la limite de la grivoiserie, ce qui ne pouvait guère manquer avec une psychanalyste freudienne fonctionnant dans sa fausse science à partir d’obscénités, parasitent inutilement le thème principal et n’ajoutent rien, au contraire.
 
Malgré tous ces défauts manifestes, nous avons quand même trouvé dans Corps et âme une émouvante histoire d’amour. Mais ce n’est là qu’une sensibilité très personnelle.
 

Hector JOVIEN

 
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