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Coup médiatique de Dupont-Aignan sur TF1 : comme Fillon il se trumpise pour ramasser la mise populiste

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Depuis le Brexit, l’électorat d’Europe se trumpise. La droite comme il faut le suit pour ramasser la mise et freiner la vague populiste. Ainsi faut-il interpréter la fermeté du gouvernement néerlandais face à la Turquie, la sortie de Fillon contre le racisme anti-français et le coup médiatique de Dupont-Aignan sur TF1.
 
Le geste est beau comme l’antique. Invité en direct au JT de samedi soir sur TF1, Nicolas Dupont-Aignan, candidat de Debout la France, se lève en disant : « L’élection présidentielle de 2017 n’a jamais été à ce point manipulée, faussée (…) On ne peut se laisser voler la présidentielle. Au nom des millions de Français qui ne supportent plus cette loi du plus fort, cette confiscation du pouvoir, j’ai le devoir de quitter votre plateau ». Et il s’en va. Il va faire le buzz. Depuis deux jours, plus de dix millions de Français auraient commenté son geste, sur Internet.
 

Remarquable coup médiatique de Dupont-Aignan sur TF1

 
Il protestait contre le fait que ne sont invités au débat de ce soir sur TF1 que cinq candidats classés en tête par les sondages, les cinq « grands » candidats par oppositions aux « petits » candidats supposés. Il accuse TF1 de « manipulation médiatique ». Du strict point de vue légal, il a parfaitement tort, et c’est lui qu’on pourrait accuser de manipulation médiatique. TF1 est libre d’inviter qui il veut à condition de respecter l’égalité des temps de parole. Or le CSA a mesuré que Dupont-Aignan n’avait pas à se plaindre, ayant eu par exemple 21 fois plus de temps que Poutou. Et son invitation en direct samedi pendant dix minutes compense l’absence de ce soir.
 
Politiquement, c’est autre chose. Il est vrai que ce n’est pas aux sondages de déterminer l’importance des candidats, pas plus qu’aux médias de leur réserver le micro dans les moments importants. Et Dupont Aignan a réussi un coup médiatique remarquable, son succès sur internet en témoigne.
 

On se trumpise pour capter le discrédit de la classe médiatique

 
Il a parfaitement saisi et utilisé à son profit le rejet dont sont l’objet ensemble les politiciens et les journalistes, l’agacement que suscite ce que le Front national de naguère nommait la « classe politico médiatique », et le discrédit où celle-ci est tombée – un discrédit que partagent aussi les instituts de sondages, dont on se plaît à répertorier les erreurs.
 
Sur ce discrédit fleurit une foule de mouvements « citoyens », et plusieurs petits candidats en ont fait leurs choux-gras. C’est le cas notamment du « paysan » Jean Lassalle, des « conspirationnistes » Jacques Cheminade et François Asselineau. L’expérience de ceux qui n’ont pas eu les parrainages nécessaires à se présenter met aussi ce discrédit en lumière. Charlotte Marchandise, écologiste adjointe à la santé de la mairie socialiste de Rennes s’est présentée auprès des maires comme une a-politicienne lauréate d’une « primaire citoyenne en ligne ». Et Jean-Pierre Gorges, député maire Les républicains de Chartres s’est repeint en représentant de la « société civile ». Hélas pour lui, la couverture n’était pas bonne, pas assez couvrante, il le reconnaît : « Directeur informatique ? Ca passe bien. Maire de Chartres ? Respect. Mais député… C’est comme si j’étais un repris de justice ».
 

Fillon imite Sarkozy pour ramasser la mise

 
Voilà pourquoi il faut se démarquer le plus possible de la classe politico-médiatique et se poser en candidat antisystème ou en victime du système. Voilà pourquoi aujourd’hui la droite se trumpise. Au moment même où Marine Le Pen vise à se dédiaboliser, où elle a décidé de faire la course au centre, Les républicains, lourdant Juppé, ont choisi de jouer les mauvais garçons pour capter le vote populiste. Il s’agit d’une réédition de la stratégie Sarkozy en 2007. Fillon fait du pur Buisson et il n’est pas sûr que l’acharnement des juges et de la clique médiatique lui nuise, au contraire. L’effet Trocadéro pourrait être plus puissant que les sondages ne le disent. Avant la campagne de dénigrement Fillon était l’ancien premier ministre un peu mièvre et plutôt servile d’un président qui avait déçu, le « collaborateur » de Sarkozy. Depuis, c’est un rebelle, et qui défend sa femme en plus. On ne lui pose plus de questions sur la sécurité sociale ni sur sa complaisance pour le mariage pour tous. On fait bloc. Il bénéficie du même effet de solidarité autour du chef contre le système politico-médiatique que Jean Marie Le Pen en 1987 après le détail. Quand il refuse toute repentance pour la colonisation et condamne le « racisme anti-français », c’est du délire dans les rangs.
 

Embrasser la vague populiste pour mieux l’étouffer

 
Le phénomène n’est pas exclusivement français. On a pu le constater aux Pays-Bas lors des toutes récentes élections législatives. Comme l’avaient prévu les sondages sur la fin de la campagne, le premier ministre libéral et démocrate Mark Rutte a finalement battu le parti de la liberté Geert Wilders et contenu ainsi la progression populiste, même si celle-ci reste non négligeable (étant donné l’aspect peroxydé de Wilders et son programme caricatural comportant la fermeture des mosquées, qu’il ait obtenu dix neuf sièges indique l’exaspértation des Néerlandais). Il y a réussi en se montrant inhabituellement « ferme » face aux exigences de la Turquie, dont les ministres prétendaient tenir meeting aux Pays-Bas devant des foules turques pour la campagne du referendum d’Erdogan. Celui-ci a provoqué une crise diplomatique parfaitement artificielle en l’accusant de « nazisme» dont l’un des effets, et peut-être des objectifs, a été de permettre la reconduction des libéraux face à la « menace » populiste.
 

Marine Le Pen comme Fillon et Dupont-Aignan ?

 
Ainsi la droite se droitise-t-elle partout en Europe pour capter l’électorat populiste et rafler la mise électorale. Naturellement, ce n’est que de l’opportunisme et de la démagogie. En passant un accord électoral avec l’UDI fort avantageux pour elle, François Fillon montre d’une part qu’il n’a aucune liberté de manœuvre dans la campagne présidentielle, et donne de l’autre, au cas où il serait élu, une forte minorité de blocage au centre, qui permettrait à celui-ci de s’opposer à toute tentative de réforme radicale, laquelle serait immédiatement décrite comme une dérive « populiste ».
 
Fançois Fillon, pas plus que Nicolas Dupont-Aignan, ne sont donc des menaces pour le système : c’en sont par contre pour Marine Le Pen, qui pourrait bien se voir grignoter par les deux hommes. Elle l’a bien senti et, par rapport aux déclarations d’avant l’automne, qui ouvrait parfois son éventail loin sur sa gauche, Marine Le Pen se replie comme on dit sur « ses fondamentaux », elle se redroitise, si elle ne se trumpise pas, on pourrait même dire qu’elle se Jean-Marise. La politique est un spectacle.
 

Pauline Mille