Début de la négociation entre Davis et Barnier : le hard Brexit a le vent en poupe… mais les europhiles britanniques préparent leur riposte

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David Davis


 
David Davis, secrétaire d’Etat britannique pour la sortie de l’Union européenne, a dès le début fermé la porte à tout « soft Brexit », cette forme adoucie de rupture qui pourtant semble soutenue par une majorité des nouveaux parlementaires à Londres. Alors que s’achevait lundi à Bruxelles la première journée de négociations avec le représentant de l’UE, Michel Barnier, David Davis a confirmé que le Royaume-Uni entend bien quitter l’union douanière et le marché unique, selon les exigences du hard Brexit, comme pour couper court à une manœuvre qui se profile au Parlement britannique afin d’édulcorer le divorce. Michel Barnier a confirmé ce double objectif. Les ambitions britanniques visent désormais le marché mondial, bien plus que le seul espace européen. Reste que des europhiles britanniques préparent leur riposte…
 
Le parallélisme de ces deux déclarations est un message aux partisans britanniques de l’Europe qui espéraient « sauver » l’appartenance du royaume à l’union douanière et au marché unique. Ce dernier inclut les travailleurs autant que les capitaux et les biens : un véritable dogme européiste. Transiger sur ce point eût constitué une gifle aux Britanniques qui ont voté en faveur du Brexit, avant tout pour reprendre la maîtrise des flux migratoires.
 

Davis démontre que seul « le retrait de l’union douanière permettra des accords avec le reste du monde »

 
M. Davis a déclaré que Londres proposerait plus prosaïquement un traité de libre-échange et un traité douanier avec l’UE, comme il en existe avec d’autres pays. Il a insisté sur le fait que le Royaume-Uni « entend rapatrier le contrôle de (ses) lois et le contrôle de (ses) frontières, ce qui signifie bien le retrait du marché unique ». Mais il a surtout ajouté, pour bien dépeindre la « nouvelle frontière » que s’est fixée son pays : « Nous quitterons aussi l’union douanière, car c’est pour nous la seule manière de développer nos accords de libre-échange avec le reste du monde, et cet objectif est capital pour la Grande-Bretagne ». Davis s’oppose au Chancelier de l’échiquier (ministre des Finances) Philip Hammond, partisan d’un maintien dans l’union douanière avec pour argument qu’un retrait suspendrait les traités commerciaux dont son pays bénéficie actuellement, via l’Europe, avec les pays hors-UE.
 

David Davis interpelle l’Europe sur la légalité d’un « ticket de sortie » à 96 milliards d’euros

 
MM. Barnier et Davis ont fait savoir qu’ils espèrent obtenir un accord sur les droits des migrants avant fin octobre et que les négociations sur le commerce ne pourront pas commencer avant que ne soient trouvés des accords sur le texte de la « loi de divorce » et sur la frontière inter-irlandaise. Londres n’abandonne toutefois pas l’espoir de négocier en même temps les questions commerciales et le texte législatif sur le retrait, mais Michel Barnier a déclaré sèchement « ne pas être disposé à faire des concessions » car « c’est le Royaume-Uni qui a décidé de quitter l’Union européenne, et non l’inverse, ce qui n’est pas sans conséquences substantielles ». Citant Churchill, Davis lui a répliqué : « Les pessimistes voient des difficultés dans chaque opportunité. Les optimistes voient des opportunités dans chaque difficulté. » Ajoutant : « Je suis sans nul doute un fieffé optimiste. »
 
Si la question des migrants et de la frontière irlandaise semblent pouvoir être réglée rapidement, celle du ticket de sortie, évalué à 85 milliards de livres (96 milliards d’euros), reste l’objet d’un bras de fer. Les négociateurs britanniques ont mis au défi les Européens de prouver l’existence d’une base légale pour un tel paiement.
 

Mais au Parlement de Westminster, les partisans du hard-Brexit ont perdu la majorité

 
Reste que les difficultés pour David Davis résident désormais peut-être autant à Londres qu’à Bruxelles. Selon les informations du Daily Telegraph, une coalition réunissant les députés travaillistes, ceux du SNP (indépendantistes écossais) et les huit libéraux-démocrates devrait tenter ce mercredi de profiter du discours de la reine – présentation du programme du gouvernement conservateur minoritaire issu des élections du 8 juin – pour bloquer le nouveau cabinet. L’opposition entend déposer un amendement au programme gouvernemental, acte qui n’équivaut plus depuis 2011 à un refus d’investiture mais reste politiquement lourd. Ce texte exigerait un accès privilégié au marché unique européen et l’installation d’une commission transpartisane sur la négociation du Brexit. Ces coalisés tenteraient d’obtenir une majorité en ralliant quelques conservateurs européistes à leurs votes (il en suffirait de sept), ce qui porterait un coup fatal à la crédibilité du Premier ministre Theresa May.
 

Début de négociation entre David Davis et Michel Barnier sur fond de riposte des europhiles

 
Notons qu’un accord de coalition des conservateurs avec les unionistes nord-irlandais du DUP ne paraît pas pouvoir être signé avant cette échéance. Les analystes du Daily Telegraph chiffrent à 25 le nombre de députés conservateurs susceptibles de voter l’amendement. Ils pourraient être rejoints par les 10 députés du DUP et les 4 du parti régionaliste gallois. Au total, ils estiment que le camp des parlementaires favorables à un « soft Brexit » réunirait 342 voix contre 297 voix aux partisans d’un « hard Brexit » (incluant 5 députés travaillistes anti-européens).
 
Que se passerait-il alors si Mme May était poussée à la démission ? David Davis et le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson sont sur les rangs. Mais l’un comme l’autre devront alors tenir compte de cette commission transpartisane où les députés favorables à un retrait seulement partiel de l’Union européenne pèseront lourd.
 

Matthieu Lenoir