Le chrétien de gauche Tim Farron contraint à la démission de la tête du parti libéral-démocrate britannique : sur l’avortement, la lâcheté ne paie jamais

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Tim Farron


 
Tim Farron était le leader du parti libéral-démocrate britannique depuis le 16 juillet 2015. Il vient de démissionner ce 14 juin, moins en raison du modeste résultat de sa formation aux législatives du 8 juin qu’en raison de ses palinodies sur l’avortement et le mariage gay. On ne plaisante pas avec l’antimorale chez les libéraux-libertaires acoquinés avec le lobby LGBT. Tim Farron, chrétien évangélique, venait de la gauche du parti, formation frénétiquement europhile qui a peiné à attirer l’électorat pro-européen malgré l’euroscepticisme affiché des conservateurs et même des travaillistes de Jeremy Corbyn. Le parti libéral-démocrate a gagné trois modestes sièges, à 12 députés, malgré les 48 % de votes anti-Brexit au référendum du 23 juin 2016. Farron avait pris la direction du parti à Nick Clegg, par la gauche, après l’échec historique subi aux élections de 2015 qui avait vu le nombre de ses députés s’effondrer de 57 à… 8. Mais le principal n’est pas là. Tim Farron a trébuché sur le dogme.
 

Première rétractation politicienne : sur l’homosexualité

 
L’affaire remonte à 2015. Lors de sa première interview donnée au titre de chef du parti libéral-démocrate, sur Channel 4, Cathy Newman lui avait demandé s’il pensait, en tant que chrétien, que les actes homosexuels étaient des péchés. « Comprendre le christianisme, c’est comprendre que nous sommes tous pécheurs », avait-il éludé. Puis, voulant rectifier, sur la BBC devant Eleanor Garnier, il avait tenté de « clarifier » sa position en affirmant qu’il « ne croyait pas que l’homosexualité fût un péché ». « La foi est une affaire privée et il revient aux croyants de décider de l’interprétation » à donner à ses règles, avait-il ajouté, dans un relativisme apparemment libéral-compatible. Invité de nouveau sur Channel 4 par Cathy Newman, il avait là aussi changé de pied : « Je suis un partisan engagé de l’égalité, de l’égalité des mariages et de l’égalité des droits des personnes LGBT, et pas seulement dans notre pays, mais aussi à l’étranger », avait-il renchéri.
 

Pour Tim Farron, tout avortement est une faute en 2007… mais ne l’est plus en 2017

 
Il était bien tard. Mais le pire était à venir. Les médias du système sortirent une vieille interview que Tim Farron avait donnée en 2007, juste après sa première élection au Parlement, au magazine de l’Armée du Salut, dans laquelle il estimait que l’avortement était « une faute » : « L’avortement est une faute. La société doit revenir sur l’idée selon laquelle il n’y a rien de condamnable à avorter avant un certain stade (de la grossesse). Si l’avortement est condamnable, il est condamnable à tous les stades. » Interrogé par le très gauchiste Guardian début juin, Farron dos au mur démentit ces propos, affirmant qu’il était « pro-choix », c’est-à-dire pro-avortement dans la novlangue nihiliste, et que les limites de l’euthanasie prénatale devaient être établies « par la science seule ».
 
L’ONG pro-vie SPUC exprima sur-le-champ sa déception : « Ce genre d’opportunisme révèle le pire visage de la politique », protesta sa porte-parole Antonia Tully. « M. Farron trahit les enfants avortés par pur intérêt politicien. Il n’arrive plus à admettre que la loi devrait protéger le plus faible face aux manipulations mortelles et injustes, alors qu’il semble avoir (ou avoir eu) conscience que ces bébés sont traités de façon totalement immorale. »
 

Le chef du parti libéral-démocrate Tim Farron aura trahi sa foi tout au long de ses mandats – démission quand même !

 
A l’analyse, Farron aura trahi ses convictions religieuses tout au long de ses mandats. Le site LifeSiteNews relève qu’il s’est abstenu lors des votes sur la légalisation de l’avortement jusqu’à 24 semaines (2017), sur un amendement interdisant l’avortement sur critère de genre (2015), sur un amendement interdisant aux industriels de l’avortement de fournir des « conseils » (2011) et sur trois amendements destinés à assouplir les limites légales de l’IVG (2008). Il faut remonter à 2006 pour l’avoir vu voter en faveur d’une loi qui ramenait le seuil d’interdiction de l’avortement à la 21e semaine, instaurait un entretien de conseil et imposait une période de réflexion à la mère.
 
A peine les médiocres – quoique positifs – résultats aux élections du 8 juin connus, Brian Paddick, l’un des caciques du parti libéral-démocrate et jadis l’un des premiers officiers de police gay, attaqua Farron et démissionna de son poste de porte-parole. Tim Farron était acculé. Dans son discours de démission, il lança qu’il ne pouvait pas transiger avec sa religion, même pour le parti qui lui était cher, ce parti « auquel (il) avait adhéré à 16 ans » et qui « est dans (son) sang ». Il était temps. Tout au plus Farron aura-t-il démontré que tout recul face au nihilisme est une défaite.
 

Matthieu Lenoir