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L’Eglise de Suède adopte son livre liturgique « inclusif »

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L’assemblée de l’Eglise nationale de Suède, luthérienne, a adopté jeudi un nouveau livre liturgique pour l’ensemble des cérémonies religieuses, en remplacement des textes approuvés en 1986. C’est au terme d’un processus entamé en 1997 que la mise à jour, accepté par une large majorité des membres de la plus haute instance de décision de l’Eglise de Suède, le Kyrkomötet, a notamment décidé de donner suite aux propositions visant à rendre le langage liturgique plus « inclusif ». Ainsi les formes masculines des noms ou pronoms attribués à Dieu, comme « Il » ou « Seigneur » disparaîtront dès l’entrée en vigueur du « missel » à la Pentecôte prochaine, au profit du mot « Dieu », plus neutre.
 
Bien qu’elles eussent suscité de nombreuses critiques, les propositions du libéral Kenneth Nordgren – dans l’Eglise de Suède, les groupes votent selon leur appartenance politique – en vue de faire disparaître un vocabulaire trop « patriarcal » ont été acceptées. On ne dira plus « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes qu’Il aime » mais « que Dieu aime ». Tout cela s’est fait grâce à consensus entre les sociaux-démocrates, l’Alternative citoyenne, le Centre et le mouvement POSK (droite) favorable à une Eglise indépendante.
 

Un livre liturgique inclusif pour en finir avec le patriarcat

 
L’« archévêquesse » Antje Jackelén soutenait la démarche, comme elle l’a expliqué lors d’une conférence de presse : « L’idée que nous avons besoin d’une langue plus inclusive existait déjà pendant les travaux préparatoires pour le manuel de 1986. Théologiquement, par exemple, nous savons que Dieu est au-delà de nos déterminations de genre, Dieu n’est pas humain. » Mais elle a tenu à souligner que le concept même de langage inclusif a changé depuis lors puisque le sexe est maintenant défini « dans un sens plus large ». Sans tenir aucun compte de la Révélation ni de la prière que nous a enseignée le Seigneur Lui-même : « Notre Père que êtes aux cieux… ».
 
Les responsables ont décidé de ne tenir aucun compte des mises en garde de l’Académie de Suède contre cette manière de trafiquer la langue et les textes bibliques et liturgiques traditionnels dans la culture suédoise protestante. L’« évêquesse » Jackelén lui reproche désormais son « manque de connaissance des traductions bibliques existantes et son manque d’intérêt ou de perspicacité par rapport aux questions d’interprétation ». Vlan…
 

L’Eglise de Suède en plein aggiornamento

 
Outre la prise en compte des revendications féministes, et la suggestion que celles de l’idéologie du genre pourraient s’imposer un jour, le livre prévoit une présence de plus en plus soutenue de la musique au cours des célébrations, de nombreux nouveaux moments de chant ayant été ajoutés, mais les critiques autour de l’introduction de cantiques modernes sont loin de s’être éteintes.
 
Le nouveau livre de prières se distingue aussi par son insistance sur la diversité, notamment par le biais de la présentation de multiples options permettant à chacun d’y faire son marché. Pour Mikaël Löwegren, commissaire à Småland Ljungby, le résultat est à la fois « anti-œcuménique et anti-scientifique », éloignant des églises locales les unes des autres mais aussi l’Eglise de Suède des autres confessions chrétiennes.
 
« Il y a tellement d’alternatives et de variantes optionnelles qu’il sera difficile de prétendre que c’est le même culte qui sera célébré dans les différentes paroisses. (…) L’Eglise suédoise a cessé d’exister en tant que communauté spirituelle cohérente », a-t-il déclaré.
 
Mais il faut bien dire que cela participe d’une tendance plus large. Sous la houlette du pape François, la créativité liturgique et la démultiplication des vernaculaires n’est-elle pas promue de la même manière dans l’Eglise catholique ? Quant au rapprochement de l’Eglise de Suède avec le Vatican, il s’est accentué avec les célébrations du cinq centenaire de Luther par le pape François lui-même…
 

Jeanne Smits