Les embryons génétiquement modifiés n’aideront pas les couples infertiles, affirme un spécialiste britannique

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Le Dr Kathy Niakan, aux bonnes intentions qui en occultent d’autres.


 
Alors qu’une chercheuse du Francis Crick Institute de Londres, le Dr Kathy Niakan, a demandé le droit de modifier génétiquement des embryons en vue d’aider des couples infertiles à pouvoir mener une grossesse à terme, le spécialiste Dr Peter Saunders du Christian Medical Institute britannique, dénonce le projet comme dépourvu de tout fondement scientifique. La recherche portera sur le rôle des gènes dans le développement embryonnaire, grâce à la technique CRISPR-Cas9 qui permet de les « éditer » individuellement, et entraînera entre 80 et 150 destructions d’embryons.
 
Le Dr Peter Saunders estime que le caractère controversé de la recherche ne s’arrête pas là. Il souligne sur son blog que la modification génétique sur des individus adultes pour les guérir de certaines maladies génétiques représente un « énorme espoir », citant le cas de Layla Richards sauvée d’une leucémie mortelle grâce à la technique. Il n’en va pas de même pour la modification génétique des embryons, dit-il, que seule la Chine a tentée à ce jour sans succès : elle suscite de graves critiques à travers le monde.
 

Les couples infertiles utilisés pour justifier les embryons transgéniques

 
« La critique internationale porte surtout sur l’inquiétude liée à la sécurité et aux conséquences imprévisibles : introduire des modifications génétiques dans un embryon âgé d’un jour voudra dire que la modification sera exprimée dans chacune des cellules de l’être humain qui se développe, y compris les cellules reproductrices – spermatozoïdes et ovules – et sera ainsi transmise aux générations futures », souligne-t-il.
 
Saunders n’exclut pas que l’on puisse un jour, grâce à la très grande précision de la technique, soigner, voire prévenir certaines maladies génétiques à travers la correction de défauts au stade embryonnaire ou fœtal – « mais il est encore beaucoup trop tôt », dit-il.
 
Il serait plus pertinent de mener ce type de recherches sur des embryons d’animaux, ajoute-t-il – une idée récusée par Kathy Niakan au motif que les gènes humains seraient assez différents pour justifier l’utilisation destructrice de tout petits d’homme.
 

Justifier les transgressions éthiques, c’est tout un art selon le spécialiste britannique Peter Saunders

 
Saunders l’accuse d’utiliser le procédé désormais classique pour justifier des transgressions éthiques : l’invocation de leur intérêt thérapeutique et la promesse de guérir des affections qui causent de grandes souffrances – ici la stérilité liée à l’impossibilité d’implantation d’embryons en raison (pense-t-on) d’un défaut génétique, qui serait corrigée de manière à rendre plus efficace la fécondation in vitro. Rien ne prouve cependant que tel ou tel gène soit en cause, souligne Peter Saunders.
 
En réalité, les fausses couches à répétition et les défauts d’implantation de l’embryon, lorsqu’ils ne sont pas liés à une affection propre à la mère, sont le plus souvent liés à des anomalies chromosomiques que la technique CRISPR-cas9 ne peut corriger, puisqu’elle ne fonctionne que pour l’édition d’un seul gène.
 

Les embryons génétiquement modifiés : un danger et un leurre

 
Peter Saunders souligne que cette réalité n’a pas été mise en évidence par ceux qui la connaissent – à commencer par les scientifiques qui réclament une licence pour mener leurs recherches et les responsables du Francis Crick Institute : « De fait, les chercheurs tels Niakin (…), qui le savent forcément, semblent s’être donné du mal pour alimenter l’erreur selon laquelle l’édition des gènes viendra en aide à l’infertilité. »
 
Mais les « folles promesses » d’intérêt thérapeutique accompagnent toujours les demandes d’approbation pour les recherches les plus controversées, liées avant tout à la « curiosité scientifique ».
 
Celle-ci ne justifie pas tout, à moins que l’on admette la mise à mort d’êtres humains pour la satisfaire. Et qu’on veuille justifier le grand retour des expérimentations humaines… A vrai dire, elles sont déjà à l’ordre du jour.
 

Anne Dolhein