Etats-Unis Russie Chine :
les incroyables sautes du baromètre Trump

Etats Unis Russie Chine Trump

Le président américain Donald Trump, lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, le 12 avril 2017, à Washington.


 
Après avoir annoncé, mercredi, que les relations entre les Etats-Unis et la Russie étaient à leur plus bas historique, Donald Trump a tweeté jeudi : « Les choses finiront par s’arranger au mieux entre les Etats-Unis et la Russie. Au bon moment, chacun reviendra à la raison et il y aura une paix durable ». Dans le même temps, le nouveau président américain promettait à la Chine d’apaiser les relations commerciales en échange d’un soutien face à la Corée du Nord, dont la Chine demeure l’alliée fidèle. Les signaux envoyés par la Maison Blanche sont totalement imprévisibles. Les sautes du baromètre Trump sont celle d’un chef d’Etat qui souffle la pluie et le beau temps.
 
Qu’est-ce qui change ? Cela n’est pas très clair non plus. Trump assure non seulement que Bashar el-Assad est responsable de l’attaque au gaz sarin en Syrie qui a déclenché des frappes américaines sur une base de l’armée loyale au président syrien, mais que la Russie était parfaitement au courant avant qu’elle ne se produise – on parle d’enregistrements obtenus grâce aux écoutes de l’aviation syrienne par les Etats-Unis. Bashar el-Assad crie au montage – peut-être même à une mise en scène de a à z. Et la Russie continue d’opposer son veto à une résolution du Conseil de sécurité contre la Syrie.
 

Entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine : la montagne russe Trump

 
On ne peut pas ne pas noter cependant que Trump, bien plus que ses prédécesseurs, se pose en gendarme du monde – il a même promis que celui-ci sera bien meilleur quand il en aura fini. C’est le scénario qu’il annonce, par tweet interposé une nouvelle fois, pour la Corée du Nord : « Ma confiance est grande de voir la Chine s’occuper dûment de la Corée du Nord. Si elle n’arrive pas à le faire, ce sont les Etats-Unis, avec leurs alliés, qui s’en chargeront. USA ! »
 
Et c’est sans la moindre hésitation qu’après avoir considérablement affaibli l’aviation syrienne par l’envoi de 59 Tomahawk que Trump a largué en Afghanistan, jeudi, la plus puissante bombe non nucléaire jamais utilisée dans des combats contre des djihadistes ayant fait allégeance à l’Etat islamique – groupe dont la taille ne dépasserait pas les 1.000 personnes. La GBU43/B est un engin de 9 tonnes qui coûte 15 millions d’euros à l’unité. Les fabricants d’armes ont en tout cas de quoi se frotter les mains… Le résultat de cette coûteuse opération ? 36 combattants de l’Etat islamique tués, selon le Pentagone, dans une zone désertique où le risque de faire des victimes civiles était affiché comme nul par les Etats-Unis.
 

Le baromètre Trump, totalement imprévisible

 
Le monde va-t-il s’embraser pour quelques images de victimes, réelles ou supposées, d’une attaque, réelle ou supposée, au sarin, dont l’auteur n’a pas été identifié avec certitude ? Tout semble possible ; The New American note ainsi que toutes les analyses des faits sont possibles. L’américaine comme la russe. C’est ce que rappelle le site :
 
« Nous pouvons facilement avoir des soupçons sur chacune de ces sources. Poutine a été un officier de renseignement du KGB pendant 16 ans, atteignant le rang de colonel avant de se retirer en 1991 pour faire son entrée en politique à Saint-Pétersbourg. Pendant la Guerre froide, le KGB, l’agence de renseignement de la vieille Union soviétique, est devenu expert dans l’assemblage de la désinformation – les mensonges officiels et la propagande diffusée par le régime communiste de l’Union soviétique.
 
« Puisque Poutine a été un agent professionnel du renseignement au service d’un régime construit sur le mensonge, il doit être un adepte de la promotion de mensonges – n’est-ce pas ?
 
« C’est vrai, mais les antécédents du gouvernement américain dans l’utilisation de propagande mensongère en vue de justifier des attaques interventionnistes contre des dictateurs proches-orientaux supposément mauvais rendent également suspectes les motivations de notre gouvernement vis-à-vis d’Assad (qui ressemble à Saddam Hussein de bien des manières) ».
 

Approuver Trump par esprit de système ?

 
Et cette propagande a été dénoncée par Donald Trump lui-même au cours de sa campagne. En février 2016, il accusait carrément l’administration Bush d’avoir « menti » à propos des les armes de destruction massive que celle-ci attribuait au chef de l’État irakien pour mieux entrer en guerre contre lui.
 
Il semble que Trump ait oublié d’être prudent dans la situation actuelle alors même qu’il reconnaissait que Bush avait pu être trompé par ses services. Les images d’enfants tués ont beaucoup joué. Pendant ce temps-là, le massacre de l’avortement continue. Apparemment, on ne réagit plus qu’aux tripes, et de manière sélective qui plus est.
 
Cette confusion aura eu comme effet évident, sinon le plus important, de multiplier les théories du complot – à moins de simplement avouer l’incompréhension. Mais les inconditionnels félicitent Trump de prendre enfin les choses en mains. Les mêmes qui dénonçaient toutes les interventions américaines comme des ingérences.
 

Anne Dolhein