« Les famines sont des catastrophes politiques causées par l’homme »

Famines politique causées homme

Au Soudan du Sud, un humanitaire mesure le bras de ce jeune garçon afin de savoir s’il souffre de malnutrition.


 
Lundi, l’ONU a déclaré l’état de famine dans le Sud-Soudan, et trois autres régions sont placées en état de danger imminent, à savoir le nord-est du Nigeria, la Somalie et le Yémen. Vingt millions de personnes pourraient être décimées par la faim dans les six prochains mois. En cause, la sécheresse qui ravage la corne de l’Afrique, mais aussi la guerre qui sévit au Yémen.
 
On crie aussitôt au manque d’aide internationale – mais aussi à la surpopulation… Pourtant, le premier fautif est encore et toujours l’homme, et plus particulièrement l’appareil politique à la tête de ces régions victimes en butte à l’anarchie et à la violence. Un article de Philip Collins, dans le Times, titre à ce sujet, « les famines sont causées par les politiciens, pas par Dieu » et rappelle à juste titre quelques contre-vérités – parmi d’autres moins vraies.
 

Quatre famines à venir en Afrique et au Yémen

 
En 2000, dans le cadre de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD),
 
l’ONU s’était donné comme objectif de réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de la population qui souffre de la faim. Et elle s’en approche : entre 1990 et 2014, la part des sous-alimentés est passée de 18,7 % à 11,3 % de la population mondiale, et de 23,4 % à 13,5 % dans les pays en développement.
 
Néanmoins, la famine est toujours là, qui rôde et frappe, en majorité dans les pays africains.
 
Et lundi, c’est l’économiste en chef du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’Organisation des Nations unies (ONU), Arif Husain, qui a lancé l’alerte sur le risque grave que couraient ces trois régions et l’urgence absolue du Soudan-Sud. Cela faisait cinq années que cela n’était pas arrivé.
 

Sécheresse, oui : mais les famines sont surtout causées par les guerres civiles et l’indigence politique…

 
« C’est le climat ! » Certes, le phénomène El-Nino, totalement naturel, a anéanti le secteur agricole sur le continent africain, affectant le régime des vents et installant une sécheresse aux effets dévastateurs, en particulier en Somalie.
 
Mais d’autres éléments, bien plus humains, ont généré ces famines.
 
Au Yémen, ce n’est pas le climat, c’est la guerre, qui fait que, bien qu’il y ait de la nourriture sur les étals, le peuple qui ne gagne plus sa vie, ne peut plus se la procurer… En Afrique aussi, les combats dans le nord-est du Nigeria et au Soudan du Sud ont dévasté plusieurs régions et fait monter les prix.
 
La dernière grande famine qu’avait connue la Somalie était celle de 2010-2012, où 260.000 Somaliens avaient perdu la vie : si la grave sécheresse qui frappait alors l’ensemble de la Corne de l’Afrique était responsable de la mauvaise récolte, c’est la guerre civile et le chaos sévissant depuis la chute du président Siad Barre en 1991, qui avaient condamné les habitants, le prix des denrées alimentaires s’envolant. Aujourd’hui, la récolte est mauvaise depuis quatre ans consécutifs et le pays est toujours en proie au chaos et à la violence, les shebab islamistes semant la terreur et instaurant l’anarchie : la famine revient, inexorable.
 
Au Nigéria, c’est le déplacement par millions de réfugiés qui ont fui Boko Haram, qui provoque l’indigence. Au Soudan du Sud, c’est aussi la guerre civile qui ravage le pays, indépendant depuis 2011 : 2,3 millions de personnes ont été déplacées, 40 % de la population ont un besoin urgent de nourriture dont le taux d’inflation annuel est de 800 %… Qu’a fait le gouvernement Kiir contre les régions rebelles ? Il a bloqué l’arrivée de l’aide humanitaire en nourriture…
 

Le communisme : le système le plus producteur de famines

 
L’article du Times l’assène : la famine peut être enrayée, la faute est toujours celle du gouvernement. Même en cas de catastrophe naturelle, la sécurité alimentaire est toujours du ressort du régime politique, de l’autorité en place.
 
Faut-il rappeler que certains systèmes en ont même fait, malheureusement, une arme : la cause majeure des plus grandes famines du XX e siècle fut le régime communiste, ses folies de transformation agrico-sociale et son totalitarisme aveugle : 9 millions de morts en URSS en 1921-1922 ; 7 à 8 millions de morts en Ukraine en 1932-1934 ; et plus de 30 millions de morts en Chine, entre 1958 et 1962…
 
Philip Collins préconise la responsabilité et voit dans le « capitalisme démocratique » le sauveur potentiel – mais l’Afrique n’est pas l’Europe.
 

Plus d’hommes, moins de famines – partisans de la décroissance, passez votre chemin

 
Le journaliste fait aussi cette remarque intéressante : à savoir qu’il vaut mieux donner directement aux affamés de l’argent que de distribuer les denrées à leurs gouvernements ou aux organisations en place. C’est ce que préconisait, dans une conférence à Oxford mercredi, le Président de l’« International Rescue Committee », le britannique David Miliband : opérer des transferts d’argent, pour que les gens se nourrissent directement, seuls. Parce qu’ainsi, ils se nourrissent mieux et gaspillent moins !
 
L’ONG « Save the Children » en a fait l’expérience probante. Le nouveau pouvoir d’achat donné aux agriculteurs les incite à produire et les nourrit à leur tour : « un marché rudimentaire est créé ».
 
Les individus et les familles sauraient mieux dépenser leur argent que les gouvernements ? On l’aurait parié…
 
Quant aux partisans de la décroissance qui se saisissent du moindre commencement de début de famine pour crier à la surpopulation et à la réduction impérative de l’effectif mondial, on pourra leur rappeler qu’en proportion du nombre d’habitants sur cette Terre, les famines n’ont jamais aussi peu tué. Si ces tristes épisodes étaient récurrents dans les siècles passés, ils ont diminué au fur et à mesure que la population mondiale augmentait, en raison du progrès de l’agriculture et des échanges – une politique, oui, mortelle, négligente ou même absente, peut les générer, qu’une cause naturelle soit là ou pas.
 

Clémentine Jallais