Le FMI réitère toute sa confiance à Christine Lagarde, condamnée par la justice républicaine française

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Comparution de Christine Lagarde à Paris, le 12 décembre


 
Le jugement de Salomon de la Cour de Justice de la République, qui a reconnu Christine Lagarde coupable de « négligence » dans l’arbitrage Tapie mais l’a dispensée de peine, n’a pas ébranlé le Fonds monétaire international que dirige l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy. Le conseil d’administration du FMI a renouvelé son entier soutien à sa directrice générale quelques heures seulement après qu’il eut pris connaissance de la décision de cette juridiction composée de douze parlementaires français et de trois magistrats du siège de la Cour de cassation. Créée en 1993, cette Cour de Justice juge les ministres pour les affaires touchant à leurs fonctions.
 
S’assoyant sur le jugement parisien, le conseil du FMI a exprimé son « profond respect et sa confiance » à Mme Lagarde et a manifesté « sa pleine confiance » dans ses capacités à poursuivre son mandat au poste le plus élevé de la finance internationale en cette période de grande incertitude, en particulier autour des crises grecque et italienne.
 

Christine Lagarde risquait un an de prison, la justice française l’a condamnée sans peine

 
Mme Lagarde était accusée de n’avoir pas fait obstacle à l’arbitrage rendu en 2008 autour de la vente d’Adidas, alors propriété de Bernard Tapie, par le Crédit Lyonnais. L’homme d’affaires accusait la banque française de l’avoir délibérément grugé. La commission arbitrale – justice de conciliation parfaitement légale – avait ordonné un dédommagement de 405 millions d’euros en faveur de Bernard Tapie.
 
Dans cette affaire politico-médiatique, Christine Lagarde risquait une peine de 15.000 euros d’amende et une année d’emprisonnement, et, si cette peine avait été prononcée, la fin de sa carrière au FMI.  Même si elle a été dispensée de peine en raison de sa bonne foi, celle qui a réaffirmé son innocence tout au long des débats s’est dite « insatisfaite » du jugement tout en renonçant à faire appel. « Il y a un moment où il faut dire stop, tourner la page, aller de l’avant,  continuer à travailler avec ceux qui vous font confiance », a-t-elle dit.
 
La « négligence » de Christine Lagarde, retenue par la Cour, « est une des causes fondamentales » de la décision d’attribuer à M. Tapie plus de 400 milllions d’euros, paiement qui a été jugé frauduleux par la suite. La juge Martine Ract-Madoux a estimé que l’Etat disposait alors de solides arguments pour attaquer l’arbitrage. Et que l’inaction de Mme Lagarde aurait même permis aux époux Tapie de se voir attribuer 45 millions d’euros de dommages et intérêts pour « souffrance morale », somme incluse dans l’arbitrage.
 

Le FMI redit sa confiance à Christine Lagarde, dispensée de peine parce qu’elle le dirige…

 
Comble de casuistique, malgré ses attendus sans pitié le jugement affirme que Mme Lagarde doit être épargnée de toute peine – ce qui signifie néanmoins qu’elle est jugée coupable – en raison de sa « réputation internationale » et du faire qu’au moment des faits, en tant que ministre des Finances, « elle était confrontée à la crise financière internationale ».
 
Me Patrick Maisonneuve, défenseur de Christine Lagarde, s’est estimé « assez déçu, car nous demandions un acquittement ». Mais il a ajouté être satisfait que la Cour ait décidé « un acquittement partiel (sur certains points du dossier) et qu’elle n’ait infligé aucune peine » à sa cliente. Cette dernière avait plaidé la bonne foi et plaidé que l’approbation de l’arbitrage par l’Etat mettait fin à un contentieux interminable et coûteux. Ravalant un sanglot, Christine Lagarde avait déclaré devant la Cour : « Ces cinq journées d’audience mettent fin à un supplice de cinq années pour mon compagnon, mes fils et mes frères qui sont tous là, dans cette salle. » Et de conclure : « Dans cette affaire, comme dans toutes les autres, j’ai agi en conscience avec la seule intention de defendre l’intérêt public ».
 

Matthieu Lenoir