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DRAME HISTORIQUE
Les Gardiennes ♥♥♥♥


 
Les Gardiennes sont ces femmes qui « gardaient » la Terre, et la travaillent, en l’absence des hommes partis au front durant la guerre de 1914-1918. Le film tire son nom d’un roman oublié des années 1920, reflet de son époque. L’esprit du roman, du moins tel qu’il a été rendu dans le film, se situe sur la ligne de crête entre deux excès, autour de cette guerre omniprésente, évitant à la fois le discours cocardier chauvin « antiboche » peu sophistiqué et l’esprit de révolte antimilitariste et antipatriotique que pouvaient susciter les horreurs de la guerre. Celui-ci, légèrement anachronique puisque guère diffusé avant 1919, est typique de la gauche internationaliste des années 1920. Mais il est tenu dans le film par un personnage lâche et peu positif. La guerre des tranchées a certainement été une horrible et traumatisante expérience pour ceux qui l’ont faite. Le réalisateur Xavier Beauvais (Des hommes et des dieux) a réussi, de justesse parfois, mais enfin il y a réussi, à éviter la vulgate des militants d’extrême-gauche sans-patrie sur le sujet, qui est pourtant la norme dans le cinéma français actuel – au cœur du récent Au-revoir là-haut par exemple.
 
L’une de ces Gardiennes est incarnée par une mère de famille âgée, qui se retrouve à la tête d’une grande ferme. C’est elle qui en tient précisément les comptes, qui cultive la Terre, au sens propre, elle qui entend garder ses champs, ses bêtes, ses projets. Elle veillera à la répartition des terres présentes et à venir entre ses deux fils et son gendre, tous au front. Elle est la figure de la gardienne consciencieuse, au contraire de sa fille, capable d’oublier ses devoirs en l’absence d’un mari imposé par sa mère, et qu’elle n’aime absolument pas. Cette nouvelle organisation sera bouleversée par l’arrivée d’une ouvrière agricole, ancienne pupille de l’assistance publique, embauchée d’abord pour une saison des récoltes, puis à l’année. Rude à la tâche, elle affronte la vie avec énergie, optimisme et bienveillance souriante. De façon prévisible, elle sera confrontée à des déceptions, sur tous les plans.
 
Les Gardiennes intéresse par son contexte général fort bien rendu, celui de la France rurale profonde de cette époque. La majorité des acteurs – et au premier plan Nathalie Baye et Laura Smet – ont trouvé le ton juste, convaincant. Le drame se met en place lentement, mais finit par éclater autour du personnage – le plus attachant – de l’ouvrière agricole courageuse. Malgré une faiblesse humaine à un moment – une grande naïveté devant l’amour humain, ou ce qu’elle prend à tort pour tel –, elle saura accueillir la vie et fera toujours face aux difficultés avec l’aide de Dieu et la prière quotidienne. Elle en devient d’autant plus émouvante. Les Gardiennes laissent donc une excellente impression de film parfaitement réussi, plaisir bien trop rare.
 

Hector JOVIEN

 
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