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Interdiction des naissances de dauphins en captivité : le Conseil d’Etat fait la révolution du droit animal

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Les associations qui militent pour le droit animal triomphent : en confirmant l’arrêté d’interdiction des naissances de dauphins en captivité, le Conseil d’Etat fait un grand pas vers une révolution juridique et morale qui dépasse de loin le prétexte d’actualité choisi.
 
L’affaire n’est pas tranchée cependant. Trois parcs marins français, le Marineland d’Antibes, le parc Astérix, et Planète sauvage de Port-Saint-Père, continuent la bataille contre l’arrêté du 6 mai 2017, signé Ségolène Royal et décidant l’interdiction de la reproduction de dauphins en captivité : le jugement définitif tombera à l’automne. Mais le Conseil d’Etat a pris une décision de principe qui satisfait les associations écologistes créées pour exploiter l’image positive qu’ont les cétacés dans le public occidental.
 

Interdiction des naissances ou interdiction de la captivité ?

 
Ces associations entretiennent une grande confusion. Elles font valoir à juste titre l’exiguïté de certains bassins où sont retenus dauphins, marsouins et orques, le rythme de « travail » excessif des bêtes employées dans des spectacles de sauts aquatiques, la mauvaise qualité de l’eau, les blessures et la mort prématurée de cétacés dans certains parcs. Mais elles ne demandent pas à ces parcs d’y remédier : ce qu’elles souhaitent en réalité est la fermeture de tous. Et elles se livrent pour cela à une propagande tous azimuts qui n’exclut ni la confusion ni les contradictions. On s’en aperçoit dès qu’on se penche sur leur littérature.
 
Le site Dolphin Connexion par exemple, énumère « 10 bonnes raisons de ne pas se rendre dans un delphinarium ». L’une d’elle est qu’il entraîne la capture de dauphins en mer, ce qui occasionne morts, blessures, traumatismes chez les groupes attaqués. Peut-être est-ce vrai, mais alors, cela milite expressément pour le maintien de la reproduction en captivité : chaque naissance de dauphin dans un parc devrait être salué comme une victoire par les mêmes qui dénoncent « les massacres qui se déroulent au Japon ».
 

Les dauphins inégaux avant l’interdiction du Conseil d’Etat

 
Mais pour Dolphin Connexion, il s’agit de jouer sur la compassion naturelle du public pour la souffrance des animaux supérieurs, en suscitant une réaction anthropomorphique. Concernant le dauphin, celle-ci remonte à la mythologie grecque : il fut l’animal favori de Poseidon et l’une des incarnation de Phoebos, on disait qu’il guidait les navires égarés et sauvait les naufragés. L’anthropomorphisme se lit dans le vocabulaire d’une autre association, le Réseau cétacés. Il nomme les parcs marins « prisons ».
 
Il existe 2.000 cétacés en captivité dans le monde, dont sans doute les trois quarts de dauphins. Or on ne saurait comparer le sort de ceux qui vivent au Moorea Dolphin Center, dans un petit lagon fermé, ou les marsouins du Fjord and Baelt Center danois, aux malheureux grands dauphins confinés dans les piscines vétustes du Boudewijn Seapark en Flandre. Mais l’objectif des associations n’est pas d’améliorer les conditions de captivité, il est de supprimer la captivité. Deux associations proches d’Antibes, C’est Assez et Sans voix Paca ont d’ailleurs appelé dans un communiqué commun à une manifestation « anti-captivité ».
 

Pour promouvoir le droit animal, assimiler dauphins et hommes

 
C’est dans cet esprit que les ONG écologistes ont entrepris d’assimiler les dauphins, et avec eux l’ensemble des cétacés, à l’homme. Le topo de Réseau Cétacé ne fait pas mystère de cette intention. En voici un extrait : « Comme nous, ils respirent de l’air grâce à leur évent, ils allaitent leurs bébés et ont un squelette similaire au nôtre (colonne vertébrale et cage thoracique). Ils ne parlent pas mais communiquent entre eux grâce à un véritable langage corporel et sonore très subtil. Ils ont d’ailleurs un prénom « sifflé » par lequel ils s’appellent. (…)
 
« Ils vivent au sein de structures sociales et familiales très évoluées. (…) Leur cerveau, aussi grand que le nôtre, est tout aussi complexe tant sur le plan intellectuel qu’émotionnel. Les connaissances scientifiques actuelles nous permettent d’affirmer que les dauphins sont des êtres éminemment intelligents, conscients d’eux-mêmes, dotés de culture (sculpture de bulles, jeux avec des règles, culte des morts, éducation des petits, entraide, regroupements, flirts…) ». Rien de nouveau sous le soleil : Aulu-Gelle notait déjà que « Les dauphins sont voluptueux et enclins à l’amour ».
 

L’avancée historique du Conseil d’Etat : une révolution du droit

 
L’habituelle sensiblerie écologiste, héritée des associations mères anglo-saxonnes, conjuguée à un anthropomorphisme décidé et à une exploitation sans complexe de l’autorité de la « science », est mise au service d’un objectif moral, politique et juridique : l’assimilation progressive de l’animal à l’homme dans le droit. Parmi les associations d’inspiration maçonnique qui ont salué « l’avancée historique » du Conseil d’Etat, on trouve par exemple la Fondation droit animal éthique et science. Fondée en 1977, déclarée d’utilité publique en 1985, elle se donne pour objectif de « motiver et susciter la réflexion philosophique de l’Ethique, laquelle justifie à son tour l’instauration d’un droit animal moderne ». En pratique, elle souhaite « faire reconnaître dans le code civil et le code de l’environnement la nature d’être sensible à tout animal, vertébré ou invertébré apte à sentir la douleur, comme à éprouver des émotions ». Vous avez bien lu : « invertébré » compris. Le reste étant volontairement extensif et flou : une découverte de demain nous apprendra peut-être que le moustique « ressent la douleur » ou « éprouve des émotions ».
 

Naissance du droit animal ou mort de l’homme ?

 
Mais les idéologues du droit animal ne sont pas de doux rêveurs. Ce sont des lobbyistes actifs qui veillent « à faire évoluer en France et dans la Communauté européenne la transposition dans le Droit de quatre droits « éthiques » fondamentaux :
 
« Le droit pour toute espèce de ne pas disparaître par la faute de l’homme.
 
« Le droit pour tous les animaux aptes à éprouver des émotions ou à ressentir la douleur de ne pas subir par la faute de l’homme de souffrances évitables.
 
« Le droit pour tout animal de ne pas être tué ou atteint dans son intégrité physique par l’homme, sans nécessité pour la vie, l’alimentation et la santé des hommes et des animaux.
 
« Le droit pour tous les animaux tenus sous la dépendance de l’homme à un bien-être conforme à leurs impératifs biologiques et comportementaux spécifiques ».
 

Le Conseil d’Etat supprime toutes les frontières du règne animal

 
On a bien compris qu’avec de tels « droits éthiques » transcrits dans le droit positif, ce ne sont plus seulement les maltraitances de chats, les zoos, la corrida, la chasse, la pêche, l’abattage halal, qui seront frappés d’interdiction, mais aussi l’alimentation carnée, le poisson, et même le lait et le fromage, car la traite peut à tout moment, si la vache a un bon avocat, être considérée comme une atteinte à son intégrité physique.
 
Le Conseil d’Etat vient donc d’opérer une révolution planétaire, qui participe à la grande révolution maçonnique arc-en-ciel, id est la suppression de toutes les frontières : ici, c’est celle de l’espèce, du genre, de la famille, de l’ordre, de la classe, et même de l’embranchement. Il s’agit de faire sauter la barrière entre l’homme et l’animal, quel qu’il soit.
 

ONG, Conseil d’Etat, une préférence nauséabonde pour les mammifères

 
Qu’il me soit permis toutefois de tenir notre haute juridiction administrative et les ONG qui s’appliquent à tirer les dauphins de captivité pour, sinon racistes ni spécistes, du moins classistes : en effet, l’élevage du poulet en batterie est infiniment plus répandu et plus terrible, pour l’animal et pour les humains, que les aquariums des dauphins. Or on ne le condamne pas. Je ne puis imaginer que cela soit pour des raisons bassement pécuniaires. J’en déduis que nos grandes consciences férues du droit de l’animal s’intéressent d’abord, par proximité classiste, à la classe des mammifères, au détriment des malheureuses gallinacées, de la classe des aves et de l’ordre des Galliformes. On nage en pleine préférence mammifériale. C’en est presque nauséabond.
 

Pauline Mille