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Le Kremlin refuse d’ouvrir les archives de la terreur stalinienne avant 2044

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Une personne brandit un portrait de Joseph Staline à Gori, en décembre 2013.


 
Le Kremlin vient de rejeter une pétition menée par des historiens et des familles de victimes de la terreur stalinienne, et qui demandaient que soient rendues publiques la totalité des archives des services secrets soviétiques. Dans la pratique, il y a vingt-cinq ans, le président Boris Eltsine avait signé un décret permettant l’accès à une grande partie des archives de l’époque stalinienne, sans toutefois que cela touche le cas particulier des services. Légalement donc, toute une partie de ces documents restera inaccessible jusqu’en 2044. Un siècle, le temps de l’oubli ?
 
Staline reparaît. Un peu effacé, l’ancien patron de l’URSS était censé avoir emporté avec lui dans les oubliettes de l’histoire les mauvais côtés du communisme : goulags, morts, etc. Une façon comme une autre, même si l’ancien dirigeant repose toujours sur la place Rouge, d’accuser le stalinisme et de blanchir le communisme.
 

Le Kremlin refuse d’ouvrir certaines archives avant 2044

 
L’actualité, cependant, le ressuscite. Des livres, un film (avec Depardieu…), etc. Et, du côté des historiens et des familles des victimes, une pétition pour demander que, vingt-quatre ans après la décision partielle du président Eltsine, l’ensemble des archives – donc y compris celles des services secrets soviétiques VTchK, GPOu, NKVD et KGB – soit enfin rendu accessible aux familles et aux chercheurs. A l’opposé donc d’une précédente décision, datant de mars 2014, qui prévoyait la conservation au secret de ces archives jusqu’en 2044.
 
Car le secret d’Etat est vivace. La Commission interministérielle pour la protection des secrets de l’Etat russe a en effet rendu mercredi une décision visant à maintenir secrètes une partie des documents datant de la période 1917-1991, malgré les plus de 60.000 signatures portées sur la pétition.
 
Les documents qui seront gardés secrets, précise la Commission, « contiennent des informations sur les méthodes d’espionnage et de contre-espionnage (…) qui sont encore d’actualité dans la mesure où leur publication est susceptible de porter atteinte à la sécurité de la Russie ».
 
On ne sait si les espions russes évoluent toujours comme aux temps des guerres mondiales et autre guerre froide, mais la question est posée.
 

Réhabiliter Staline, et oublier la terreur stalinienne

 
En attendant, la déception des familles de victimes, comme des historiens, est évidente. « L’accès à des documents importants de l’époque nous est interdit jusqu’en 2044. Ces textes nous permettraient d’expliquer le mécanisme des répressions et d’élucider le sort de plusieurs centaines de milliers de victimes des purges qui reste toujours inconnu », a déclaré l’historien Nikita Petrov, qui travaille sur les répressions en URSS, et a notamment publié sous la direction de Stéphane Courtois.
 
En pratique, on peut toujours se reporter au Livre noir du communisme, publié chez Robert Laffont en 1997, sous la direction de ce grand historien du communisme. Le lecteur y apprendra certainement plus de choses qu’en se rendant au tout nouveau centre Staline, ouvert tout récemment à Penza, dans le centre de la Russie, « pour laver le nom de Staline après des décennies de calomnies ».
 
D’après les historiens, ces calomnies seraient au nombre de quinze à vingt millions… Mais leurs familles devront donc attendre encore vingt-huit ans pour en apprendre davantage.
 

François le Luc