Le JT du 28 février 2014
RITV Vidéo


Au sommaire :

  • Shebab : la révolution internet
  • Duo d’art contemporain
  • La Crimée convoitée
  • Economie U.S. : ça dépend, si y a du vent

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Shebab : la révolution internet

Les rebelles islamistes de Somalie ont tout compris : ils viennent d’interdire l’usage du web dans les zones dont ils ont la maîtrise, pour empêcher le processus de diffusion des idées et des affects occidentaux. Au profit de la charia qu’ils imposent. A la révolution internet qui propage les révolutions, les Shebab opposent leur propre révolution, par le silence.

Journalistes, étudiants, hommes d’affaire, tous les vecteurs classiques de l’idéologie humaniste se trouvent visés et réagissent. Plus qu’une classique prohibition de l’alcool ou de la licence visible, le ciblage sur le cinéma, les matches de foot et internet montre chez les Shebab une analyse en profondeur des véritables moyens de la propagande occidentale.

Un changement de mentalité global

Ils ont observé de la Tunisie à l’Ukraine, en passant par toute une série de printemps et de révolutions diverses, le cheminement qui mène à la déstabilisation des pouvoirs en place et à la progression occidentale. La révolution internet a induit un changement des mentalités qui se diffuse à une vitesse jamais vue. Les réseaux sociaux transforment les révoltes individuelles en révolutions organisées. Le foot, le cinéma habituent les populations à une communication commune, des rythmes communs, des idoles communes, des centres d’intérêt communs, des comportements communs, à travers la planète. Pour contrer cette stratégie, l’interdiction est un acte simple : dans le silence ainsi provoqué le contre-jeu des Shebab consiste maintenant à imposer l’islam par la répétition et coercition. Mais là on revient dans le classique.
 
 

Duo d’art contemporain

La société de vente aux enchères Bonhams, l’une des plus anciennes d’Angleterre puisqu’elle fut fondée en 1793, met en vente deux phares de l’art contemporain, Damien Hirst et Banksy. Ce duo étrange tant les deux plasticiens sont opposés est le signe d’un système qui récupère tout et mélange tout à son profit.

Damien Hirst fut le pape des young british artists dans les années 90, il a décroché à trente ans le Turner Prize en 1995. Dans la vieille lignée de Marcel Duchamp, il a commencé par des objets extraits de « la vie réelle », tables, mégots. On se souvient qu’en 2001 à l’Eyestorm Gallery à Londres une femme de ménage lucide avait jeté à la poubelle une œuvre capitale composée de bouteilles de bière, tasses à café et cendriers pleins. Depuis, il a « densifié son propos » avec des monochromes et d’autres impostures lucratives, jusqu’à vendre en 2007 une réplique de crâne d’homme en platine incrustée de diamants pour cent millions de dollars. Les détenteurs de ses stocks maintiennent depuis la cote.

La récupération des contraires

Banksy c’est autre chose, un grapheur des rues solitaires dont le visage reste inconnu pour mieux entretenir sa notoriété, et sa cote, elle aussi respectable. Mais à l’imposture il allie aussi un humour proprement subversif. En 2013 il s’est assis à Central Park dans le cadre d’une exposition en plein air intitulée Mieux dehors que dedans pour vendre lui-même des œuvres mineures pour quelques dizaines de dollars : huit exactement pour un total de quatre cent vingt dollars, alors qu’on les estime à 160.000 pièce. Une manière de déconsidérer un marché spéculatif qui n’a d’autre réalité que l’intérêt financier et l’adoration obligatoire de l’art conceptuel. Mais le principe de ce marché est précisément de tout récupérer, même ses pires adversaires, pour produire toujours plus d’argent et plus de confusion. Au fond, le duo Banksy Damien Hirst, c’est une affiche rêvée.