« Nonhuman Rights Project » veut faire libérer deux chimpanzés, « personnes non humaines »

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Steven Wise, président de « Nonhuman Rights Project », en compagnie de Teko, un chimpanzé.


 
L’ONG persévère… Dans une énième plainte, « Nonhuman Rights Project » a demandé jeudi à la Cour suprême de New York de libérer des chimpanzés, au titre de leur statut de « personnes non humaines », en faisant valoir l’habeas corpus, c’est-à-dire la liberté fondamentale, dans les législations anglo-saxonnes, de ne pas être emprisonné sans jugement… Ce sont Tommy et Kiko qui servent cette fois d’alibi à cette volonté déclarée de nier peu à peu les frontières entre l’homme et l’animal : il faut les libérer – même malgré eux.
 
Un mouvement a été mis en branle et les occurrences se répètent, à intervalles de plus en plus réguliers. Il faut en prendre conscience, car les juges, un jour, trancheront en sa faveur.
 

Libérer Tommy et Kiko

 
C’est le président de « Nonhuman Rights Project » qui vint plaider, jeudi, à la Cour suprême de New-York – il en est aussi l’avocat. Steven Wise a soutenu que les deux chimpanzés (absents du procès) nommés Tommy et Kiko devaient être libérés de leurs cages pour partir vivre « parmi les leurs dans un univers aussi proche que possible de l’état sauvage », dans le « Sanctuaire pour la Sauvegarde des Chimpanzés », à Fort Pierce en Floride.
 
Un avis loin d’être partagé par les propriétaires de Tommy et Kiko, qui ne sont pas des cirques, ni des laboratoires mais des particuliers, déterminés à ne pas lâcher leurs animaux. Le propriétaire de Kiko, Carmen Presti, a déclaré qu’il avait sauvé le chimpanzé sourd, il y a 23 ans, d’une vie de bagne dans les foires – il avait joué dans le film « Tarzan à Manhattan » – et que sa santé déficiente nécessite des soins constants qui ne lui seraient pas donnés en Floride (c’est là où on voit l’objectif réel de l’ONG qui n’est pas forcément le bien-être des animaux…)
 
Un groupe de cinq juges doit rendre prochainement sa décision.
 

Reconnaître la « personnalité juridique » des chimpanzés

 
Les noms de Tommy et Kiko ont déjà été prononcés devant un tribunal, tout comme ceux de Hercules et Leo, « utilisés » dans un établissement de recherche en Louisiane…. « Nonhuman Rights Project » tente, en effet, depuis 2007, d’imposer par la justice la reconnaissance des droits des chimpanzés, en tant que « personnes non humaines ».
Fin 2013, la justice américaine avait déjà refusé de faire valoir l’ordonnance d’habeas corpus pour ces quatre chimpanzés, au motif qu’il ne saurait bénéficier aux animaux. Et en décembre 2014, une cour d’appel new-yorkaise avait confirmé que les primates ne pouvaient pas bénéficier des mêmes droits que les humains, que n’ayant ni « devoirs », ni « responsabilités » ils n’étaient pas légalement des personnes.
 
Cependant la juge Barbara Jaffe, en avril 2015, a émis un avis moins clair en accordant aux chimpanzés le droit à être « entendus » devant un tribunal pour contester leur « détention »… Devant le tollé soulevé, elle a tenu à clarifier quelques heures après son ordonnance que les deux chimpanzés n’étaient pas pour autant reconnus sous le statut de personne morale ! L’audience du 27 mai acheva de décevoir les espoirs de « Nonhuman Rights Project » : la juge expliqua qu’elle était liée par une décision précédente et que « les tribunaux [étaient] lents à embrasser le changement »
 

Rituel funéraire chez une femelle chimpanzé !

 
Le « changement » ? C’est bien le mot, même si apparemment Barbara Jaffe aurait bien pris fait et cause pour les chimpanzés : on veut changer la nature du fossé qui sépare l’homme de l’animal.
 
Pas un mois sans une nouvelle étude tendant à rapprocher l’homme du singe et plus précisément du chimpanzé, le primate avec lequel il partage 98% de son ADN… (mais comme le rappelait très justement la préhistorienne Brigitte Senut, nous partageons aussi « 35 % de notre génome avec certaines fleurs »… ces pourcentages ne signifient pas grand-chose)
 
De nouvelles études nous apprennent que les chimpanzés savent utiliser des lances pour chasser, qu’ils se reconnaissent dans un miroir et rigolent aux blagues des autres. Qu’ils sont capables d’apprendre des langues et même de cuisiner. Et qu’ils boivent et aiment l’alcool… des hommes, quoi.
 
La toute dernière en date, citée par le Telegraph, rapporte qu’une femelle chimpanzé a été filmée, en Zambie, en train de nettoyer le cadavre de son fils (« adoptif »)… à coup sûr un rituel de rite funéraire pré-hominidé ! Très exactement, elle a curé, le temps d’une minute, les dents de ce chimpanzé étendu sur le sol… L’essai est symbolique, car le rituel funéraire est fondamentalement associé à l’Homme.
 

Des « personnes non humaines »

 
Et c’est ce que veulent les défenseurs de « Nonhuman Rights Project » et de tous ces groupes du même acabit : casser la spécificité humaine. D’abord en obtenant le droit de la liberté corporelle, via le fameux habeas corpus, ensuite tout le reste, on ne sait pas encore jusqu’où…
 
Jeudi, les juges en ont profité pour poser des questions à l’avocat : « Pourquoi persistez-vous à intenter des poursuites et à contester tant de décisions judiciaires ? »
 
La réponse, il faut la lire sur le site de l’ONG. Leur objectif est de « modifier la loi actuelle pour que le statut de certains animaux passe de ‘chose’ – statut qui leur retire tout droit légal – à ‘personnes’ ». Que le terme « personne » ne soit plus réservé à l’humain seul… « Nous affirmons que les chimpanzés sont autonomes et ont conscience d’eux-mêmes. Les maintenir en captivité équivaut à de l’esclavage. Obtenir un statut juridique permettrait que leurs intérêts fondamentaux soient protégés par les droits humains », explique Steven Wise…
 
et que soit niée progressivement, savamment, la différence de nature entre l’homme et l’animal. Rien que le leitmotiv de l’ONG, présenté sur le site, laisse songeur : « We work for the recognition and protection of fundamental rights for nonhuman animals ». Il y a la Terre et ses habitants, les animaux : parmi eux sont les humains et ceux qui ne le sont pas – mais tous sont des animaux, plus ou moins élaborés. « Les raisons pour lesquelles les humains devraient avoir des droits sont les raisons pour lesquelles les non humains devraient également avoir des droits ».
 

Le combat de demain a déjà commencé

 
Conséquence immédiate : l’homme n’en sera que plus rabaissé… dans ce grand tout de la Nature triomphante qu’on veut rendre, en définitive, comme Dieu – le péché de Lucifer recommencé.
 
Et Steve Wise, comme tous les autres, sait que « Ce n’est qu’une question de temps » – il est optimiste. « La cour a ignoré le fait que la loi est censée évoluer à la lumière des découvertes scientifiques, des nouvelles expériences et de l’évolution de la conception du bien et du mal »… Mais « Le combat (…) ne fait que commencer ; nous allons gagner, à la fin ». Un jour, le gouvernement des juges, qui prévaut outre Atlantique et ailleurs, tranchera, comme il l’a fait il y a quelques mois en Argentine pour une affaire exactement semblable.
 
Et après, ce sera la porte ouverte aux plaintes pour les gorilles, les baleines, les éléphants et tutti quanti. Nous y arrivons quasiment déjà pour les robots…
 

Clémentine Jallais