Loi travail : gouvernement, gauche et capital poussent la France à la ruine

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La mobilisation contre la loi travail ne faiblit pas.


 
Partout en France, la mobilisation contre la loi El Khomry a été plus forte que le 9 mars. Les syndicats et la gauche refusent ce que le projet de réforme du travail du gouvernement pouvait avoir de bon, le grand capital exige le maintien de l’ouverture des frontières : la France court à la ruine.
 
Quand Myriam El Khomry, le ministre du travail (souvenez-vous, la dame qui ne savait pas ce qu’est un CDD), a présenté sa réforme, les gens sensés se sont demandé à quoi elle pourrait bien servir. Le temps de la voter et de la mettre en application, elle ne pouvait manifestement pas avoir d’effet positif sur le travail et l’emploi en France avant la présidentielle de 2017, donc venir en aide au président candidat François Hollande. D’autre part, certaines de ses dispositions, sur le temps de travail, le repos, les négociations salariales, les prud’hommes, ne pouvaient que rencontrer l’hostilité de la gauche et des syndicats. La chose paraissait si évidente que certains se sont demandés si la présentation de cette loi ne servait pas à préparer le terrain pour la « droite » après l’alternance, dans le cadre d’une alliance objective UMPS au service du grand capital, de façon à faire passer la pilule par lassitude auprès des forces de gauche.
 

La gauche unie contre la loi travail

 
Depuis hier il n’y a plus de mystère. Dans toute la France, des cortèges ont occupé les rues avec force pancartes et slogans contre la loi travail : les organisateurs revendiquent un million deux cent mille manifestants, la police en a compté moins de quatre cent mille, l’écart est habituel et le nombre élevé. C’est un soulagement pour la CGT et son patron, Philippe Martinez, qui a la tâche difficile de faire oublier Thierry Lepaon, l’homme à l’appartement de fonction entre les dents, celui qui faisait refaire sa salle de bain façon reine de Saba. Martinez a eu deux satisfactions. La première est que la CGT, l’ancienne courroie de transmission du parti communiste, demeure la plus grosse centrale syndicale dans le privé, malgré la chute de l’Union soviétique, la fin de l’aide financière de Moscou et la transformation du PCF en front de gauche. La deuxième est une amorce de retour de la gauche syndicale unie. Martinez a en effet emmené la manifestation parisienne en compagnie des patrons d’autres syndicats, FSU, FO, UNEF. De quoi faire la nique à la CFDT et à sa ligne dite « réformiste », qui préconise l’acceptation de la loi travail retravaillée.
 

Un gouvernement coincé sur sa gauche

 
Comme le 9 mars, l’UNEF et les étudiants ont été nombreux et actifs dans les manifestations. Slogans et banderoles ont fleuri, du genre « 1916, chair à canons, 2016, chair à patrons », ou « précarité à perpétuité ». Les fonctionnaires sont venus en masse parce que, disent-ils, « ce qui se passe dans le privé finit toujours par avoir des répercussions sur la fonction publique ». La loi travail a été l’occasion pour tout ce qui se sent une sensibilité de gauche de se rassembler pour manifester sa déception du gouvernement Valls en particulier et de François Hollande en général. « La déchéance de la nationalité, l’Etat d’urgence, la rhétorique à la George Bush sur le terrorisme, la réforme ultra libérale du travail, c’est trop », expliquait un homme de gauche en colère, assez représentatif de l’ensemble.
 
Dans ces conditions, la loi El Khomry passera-t-elle ? Rien n’est moins sûr. Les patrons de syndicats présents ont appelé à manifester « jusqu’à son retrait », et ils sont actuellement bien soutenus par la base. On entendait d’assez nombreuses voix demander une grève générale, « seule solution pour faire retirer le texte ». On voit mal comment Valls et Hollande, au plus bas dans les sondages, menacés sur leur gauche par des frondeurs et Martine Aubry revigorés par les manifestations, imposer la loi travail par la procédure du vote bloqué, le fameux article 49-3. Il leur reste le choix entre un retrait pur et simple, difficile à imaginer pour l’instant après celui de la réforme de la constitution, et un compromis qui viderait le texte définitif de son contenu.
 

Une loi conçue pour détourner la colère populaire et ranimer la gauche

 
Dès lors on comprend mieux cette loi travail, c’est un veau à deux têtes mort-né. Elle était profondément mal fichue. D’abord, elle portait la marque de fabrique des gouvernements de gauche socialiste, spécialement sous le quinquennat de François Hollande, elle était extrêmement compliquée, constituée de bric et de broc d’éléments hétérogènes, une véritable usine à gaz. Cette nébulosité était de nature à ôter toute efficacité aux dispositions éventuellement positives. Ensuite, elle ne comportait pas de décisions simples dans des domaines qui intéressent vraiment l’entreprise. Par exemple les trente-cinq heures. Enfin, elle agitait comme des muletas des propositions qui devaient nécessairement indisposer la gauche, sur le temps de repos et les prud’hommes par exemple. La conséquence logique de l’ensemble devait être un rejet houleux par une gauche réunie, et on peut se demander, à moins de prendre Hollande et Valls pour de parfaits imbéciles, ce qui serait excessif, si ce n’était pas aussi l’objectif visé.
 

Le gouvernement et le capital se fichent de la ruine de la France

 
L’objectif serait alors de ranimer une gauche moribonde pour dériver sur le social la colère du peuple qui se focalise aujourd’hui sur la submersion migratoire qu’il subit, afin de le détourner du réveil populiste qui a lieu en France comme dans le reste de l’Europe depuis le début de la crise des migrants renforcée par les agressions islamistes. Cela pour réussir ce qui a été manqué en France par les indignés mais qui a réussi en Espagne avec Podemos et en Grèce avec Syrisa, une captation de la colère nationale due à l’ouverture des frontières qu’impose le capital mondialiste, au profit de la gauche socialiste. Cet objectif politique est primordial pour la construction d’un socialisme européen et mondial.
 
Bien sûr, pendant ce temps-là, la France court à la ruine sans que personne ne s’occupe d’elle. Car il n’est pas possible de maintenir ce qu’on appelle les « acquis sociaux » tout en ouvrant les frontières : il faut choisir entre le fameux « modèle français » et le libre échange des biens et des personnes. Et pour demeurer compétitif, ou tout simplement vivant, dans un monde aux frontières ouvertes, il fallait donner sous une forme ou sous une autre des coups de canifs dans le droit du travail, afin de fournir un tout petit peu d’air aux entreprises. Que la loi El-Khomry fût bien maladroite et insuffisante à cet égard est évident : mais son rejet signifie que l’asphyxie de l’économie française va continuer, pour le plus grand bénéfice des pays en développement et donc la plus grande satisfaction de la gauche internationaliste. Un étouffement d’aucune importance : chacun des « partenaires » trouve son intérêt dans l’affaire. Le grand capital maintient les frontières ouvertes pour faire ses affaires, la ruine de la France ne gêne en rien les multinationales du CAC 40. Les syndicats maintiennent leur pouvoir. Le gouvernement requinque la gauche pour préparer demain le socialisme mondial. Il n’y a finalement que les Français sans travail et sans espoir qui seront lésés. Ce n’est pas grave. Ce n’est même rien, c’est un pays qui se noie.
 

Pauline Mille