A la London Fashion week, la mode est cosmopolite, « genrée » et durable

London Fashion week mode

KTZ printemps-été 2018, London Fashion week men, juin 2017.


 
Vous vouliez y aller ?! Comme c’est dommage… La London Fashion week avait pris ses quartiers dans la capitale britannique entre le 8 et le 12 juin. Pas moins de quatre-vingt créateurs y ont présenté les tendances masculines du printemps-été 2018. Si les grands noms internationaux alias Burberry ou Tom Ford, n’étaient pas présents, la scène londonienne a donné la part belle aux créations de jeunes stylistes.
 
Pour un résultat décapant, très dans le vent, tutoyant la folie du genre, renversant les codes et prônant l’écolo attitude – comme un flash bien senti sur l’évolution sociétale du monde occidental.
 

London Fashion week

 
Déjà, cette semaine de la mode masculine était annoncée sous le signe de l’Art. Le 8 juin, les étudiants du Royal College of Art avaient offert, pour le lancement, une brillante représentation où l’on avait pu, entre autres, admirer des « pulls » en coquillettes directement collées sur la peau des mannequins dont les cheveux étaient recouverts de nouilles…
 
La suite n’a pas déçu. Les journalistes n’avaient plus assez de mots dans leur besace : « excentrique » fut celui qui revint le plus souvent. Le peu qui restait de style classique fut surdimensionné, exagéré, détourné ; la mode « streetwear », issue de la banlieue, envahit ; quant au créatif le plus « modeux », il a célébré une féminisation outrancière de l’homme, doublée d’un cosmopolitisme et d’un écologisme à tout crin. Que de bons ingrédients du mondialisme ambiant.
 
Évidemment, les pièces de ces collections n’ont pas vraiment pour objectif d’être portées dans la réalité. Elles sont là pour témoigner du sens du vent… comme une vitrine du prêt-à-penser. Le vêtement est symbole. Il n’a plus pour objectif de mettre en valeur le corps qu’il recouvre – quand il le recouvre. Il se sert du corps pour diffuser l’intention bien précise de son créateur, et celle-là seule – une mode conceptuelle à l’instar de l’art contemporain d’aujourd’hui.
 

Ras les frontières du genre

 
Excentrique ? Oui, il y a eu ces Chinois transformés en étendoirs à linge (sûrement pour gravir un échelon supplémentaire dans le partage des tâches à la maison). Ces figures étranges portant aux
 
bras des dérouleurs de papier toilette. Ou encore ce pauvre mannequin condamné à promener des bouteilles de plastique écrasées enroulées autour de ses jambes. On est presque blasé, et c’est sans doute le moins grave.
 
Mais surtout, on a brouillé l’Homme – ras les frontières du genre. Le masculin doit être pour tous – il doit pouvoir se choisir. Figures androgynes et asexuées, drag queens aux poils sous les bras, mannequins virils aux pectoraux saillants…
 
Et peut-être que le mieux, c’est l’entre-deux. Le défilé de la collection de Charles Jeffrey (25 ans) est à ce titre, emblématique. Qualifiée d’« euphorique » et de « débauchée », sous le signe du rose à tout crin, aficionado de la culture gay, elle a aussi habillé des hommes non grimés, en Rangers, avec des crinolines et des tutus… A d’autres, elle a fait mettre des sandales compensées « girly », par-dessus leurs chaussettes à carreaux. Quant à ceux qui conservaient encore une veste toute masculine, ils ont affiché leur vernis à ongles et leurs bagues aux doigts.
 
 

London Fashion week mode

Charles Jeffrey Loverboy printemps-été 2018, London Fashion week men, juin 2017.


 
En bref, une totale « réflexion sur l’expression de soi, l’hédonisme et le droit à la liberté », comme a écrit un journaliste.
 

La mode de Vivienne Westwood : « motherfucker »

 
Et surtout, tout le monde dans le même panier surtout : la mode doit être multiculturelle. Le jeune Edward Crutchley, écossais, a fait appel à des mannequins de tous les continents, noirs, blancs, latinos ou asiatiques, les habillant comme à la cour des Tudor, mais façon « rave party ». Lui aussi a travesti ses modèles avec des kimonos de geishas ou des chemises de nuit à fleurs… « une proposition enthousiasmante sur le pouvoir qu’a la mode de détruire des frontières vieilles de plusieurs siècles, des codes vestimentaires et des points de vue moralisateurs », selon les mot d’un contributeur de fashionnetwork.com..
 
 

London Fashion week mode

Backstage du jeune Edward Crutchley avec sa collection printemps-été 2018, London Fashion week men, juin 2017.


 
Et puis, ne pas oublier aussi la palme écolo qui revient à la créatrice, ancienne égérie du monde punk, Vivienne Westwood. Piochant dans les matériaux recyclés, elle a notamment présenté des sandales fabriquées avec des bouteilles de plastique (« le plus gros pollueur du monde »).
 
En fait, c’est toute sa collection qui est porteuse d’idéologie. Chaque pièce était rehaussée d’enseignes de cartes à jouer symbolisant l’amour (cœur), la cupidité (carreau), la guerre (trèfle) et la pollution (pique) : les clefs pour comprendre et « sauver le monde » pour reprendre ses mots. Elle-même arborait un T-shirt où était dessiné un pieu pénétrant de force à l’intérieur d’un cœur, souligné de la mention « Motherfucker », censé représenter le « viol » du monde. « Nous violons le monde, nous violons la Terre, nous sommes des salauds », a-t-elle encore ajouté… Sans commentaire.
 
 
London Fashion week mode

Vivienne Westwood printemps-été 2018, London Fashion week men, juin 2017.


 
Ainsi, malgré les attentats, malgré les morts, l’esprit festif doit demeurer, nous dit-on. Festif ? Plutôt gauchiste, mondialiste, écologiste et transgenre. C’est là, la Fête du monde moderne, l’avenir de la société nouvelle : danser sur les décombres fumants de l’ancien monde.
 

Clémentine Jallais