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Marine Le Pen ne veut plus que son père parle au nom du Front national

Marine Le Pen ne veut plus que son père parle au nom du Front national
 
Invitée dimanche dans l’émission de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, Marine Le Pen, l’actuelle présidente du Front national, a multiplié les assurances de sa rupture avec son père.
 
Jean-Marie Le Pen, resté président d’honneur du mouvement qu’il a fondé, s’est rendue selon sa fille coupable de « provocations » : autant d’« actes de malveillance » dont les victimes sont le Front national et Marine Le Pen elle-même.
 
Désolant spectacle d’une mésentente familiale mais plus encore politique : avait-on besoin de cette estocade sur un grand média, de cette rupture à grande écoute, pour que le Front national définitivement « dédiabolisé » puisse poursuivre sa progression qui se fait dans l’exacte mesure où le pouvoir et les médias la tolèrent ?
 
Il faut croire que Marine Le Pen en ressentait le besoin puisqu’elle a multiplié les mots très durs à l’égard de son père : dédiaboliser le FN, c’est bien le désolidariser de Jean-Marie Le Pen. Celui qui a fixé la ligne du mouvement depuis sa fondation ne doit plus s’exprimer au nom du Front national : « S’il veut conserver sa liberté de parole, c’est évidemment son libre choix, mais dans ces conditions, il ne faut pas que cela engage le mouvement politique, a-t-elle précisé. Je pense qu’il ne doit plus pouvoir parler au nom du Front national », a-t-elle dit.
 

Jean-Marie Le Pen n’incarne plus la ligne du Front national, selon Marine

 
Et plus clairement encore : « Ses propos sont contraires à la ligne fixée ». La « ligne », et non la manière.
 
Une ligne que Louis Aliot, député européen et compagnon de Marine Le Pen, estime constituée chez Jean-Marie Le Pen par le choix d’avancer « par le scandale », tandis que celle de Marine consiste justement à l’éviter : « Nous, nous disons que par le scandale, nous n’avançons pas, nous faisons peur. » La manière, alors, et non véritablement la ligne…
 
Mais puisque les uns et les autres parlent de lignes incompatibles pour souhaiter que Jean-Marie Le Pen n’incarne plus le FN, c’est bien qu’il y a un désaccord plus fondamental.
 
Et ce désaccord porte sur ce que les médias ont depuis toujours reproché au fondateur du Front national : son refus de hurler avec les loups en condamnant Pétain, ses interrogations (réelles ou supposées) par rapport à la démocratie, l’affaire du « détail » exploitée avec beaucoup de mauvaise foi… On en pense ce que l’on veut, mais il est clair que Marine Le Pen veut rompre d’abord avec cela. Rompre, aussi, avec un certain nombre de valeurs portées par le Front national, exprimées jadis dans une défense bien plus nette du respect de la vie, de la liberté de l’enseignement, de la famille, des libertés économiques. Il est significatif que les élus du Front national et du Rassemblement Bleu Marine aient été absents lors des rares occasions où il était possible de voter pour la vie – en votant pour le déremboursement de l’» IVG », par exemple.
 

Comment le Front national de Marine Le Pen « punira »-t-il ce père qui parle forcément en son nom ?

 
Voici donc Jean-Marie Le Pen convoqué devant le bureau exécutif du parti qu’il a créé, et auquel il a donné un « logo » qui explique pour partie les succès de Marine. Qu’il soit exclu ou non, le résultat médiatique est d’ores et déjà connu : il a été publiquement désavoué et mis à l’écart.
 
Au nom de l’efficacité politique, diront certains. Au nom de la France, oseront les plus grandiloquents.
 
L’affaire n’aura pourtant prouvé qu’une chose : il y a des différences par rapport au politiquement correct que le FN selon Marine n’est plus prêt à assumer.
 
La question est de savoir : combien ?
 

Anne Dolhein