Le million et demi de saints du génocide arménien

Million saints genocide armenien
 
Jeudi soir près d’Erevan, la capitale de l’Arménie, à Etchmiadzine, dans l’une des plus anciennes cathédrales du monde, le catholicos de l’Eglise apostolique arménienne Karékine II, assisté du catholikos de la Grande Maison de Cilicie Aram Ier, chef de la diaspora apostolique arménienne, a présidé une messe de canonisation d’une ampleur exceptionnelle : celle du million et demi de martyrs arméniens des massacres perpétrés de 1915 à 1917, des saints tués lors du génocide dont on fête le centenaire.
 
Ces Arméniens ont été déportés, tués, torturés, mais ils sont restés fidèles au Christ, a déclaré Karékine II, lors de la cérémonie qui fait que, désormais, ils sont reconnus comme saints par l’Eglise arménienne. L’office a fini à 19 h 15, un choix symbolique en mémoire de 1915, l’année où le génocide a commencé. Juste après, les cloches ont sonné dans toutes les églises du pays, ainsi que dans plusieurs églises à travers le monde comme à Paris, Madrid, Berlin, et Venise.
Le Saint-Siège était représenté à cette cérémonie par le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens, et qui se déroulait quelques jours après la messe pour l’Arménie célébrée par le pape François en la basilique Saint-Pierre, le 12 avril dernier.
 

Un million et demi de saints canonisés !

 
Le message est fort, qui fait des victimes, des martyrs, des saints officiellement reconnus. Un million et demi de saints ! « Soyez heureuse, nation arménienne », lance Aram Ier. « C’est le Christ qui a endossé vos souffrances. »
 
Le message officiel est très clair : il est celui de la sainteté dont la mémoire gardera le souvenir chaque 24 avril : « Nous, Karékine II, Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens, et Aram Ier, Catholicos de la Grande Maison de Cilicie, (…) nous plaçons parmi les saints les victimes du Génocide des Arméniens et proclamons le 24 avril jour du souvenir des saints martyrs tombés lors du Génocide des Arméniens au nom de la foi et pour la patrie. »
 
Ce 24 avril précisément, c’est un hommage plus politique qui aura été rendu : « La reconnaissance du génocide n’est pas l’hommage rendu par le monde au peuple arménien et à nos martyrs, la reconnaissance du génocide est un triomphe de la conscience humaine et de la justice sur l’intolérance et la haine », a déclaré dans son discours le président arménien, Serge Sarkissian.
 

Mémoire du génocide arménien

 
Plusieurs dizaines de délégations ont assisté à la cérémonie organisée à Erevan, au mémorial du génocide dressé sur une colline. François Hollande, qui avait fait, comme beaucoup d’autres responsables politiques, le déplacement, a souhaité dans un discours que cette commémoration ouvre la voie à l’apaisement et la réconciliation : « Commémorer un génocide n’est pas rouvrir un procès. C’est reconnaître une tragédie qui, par son ampleur, a frappé l’humanité tout entière. (…) Le centenaire du génocide arménien, c’est un appel à la paix et à la réconciliation. »
 
Pour l’heure, Ankara est demeurée sourde à tout appel…
 

François le Luc