Finalement, l’UE entame les négociations avant d’avoir obtenu de la Grande-Bretagne le paiement de la facture du Brexit

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Conférence de presse commune de David Davis, secrétaire d’État britannique à la Sortie de l’UE et Michel Barnier, négociateur en chef européen en charge du Brexit, le 20 juillet à Bruxelles.


 
S’agissait-il uniquement de faire peur aux électeurs britanniques pour les inciter à se choisir une majorité moins favorable à un Brexit « dur » ou même prête à remettre en cause la sortie de l’UE ? C’est en tout cas ce que pensait l’éditorialiste du Telegraph Allister Heath début mai. Or maintenant que les élections sont passées et que Theresa May a son nouveau gouvernement bien en place, même si c’est avec une majorité réduite, Bruxelles s’engage de fait dans les négociations commerciales sur le Brexit. Pourtant, l’UE n’a toujours pas obtenu d’engagement de la Grande-Bretagne quant aux sommes qui devront être encore versées par Londres pendant et après le Brexit. En février, le négociateur de l’UE Michel Barnier, Commissaire européen au marché intérieur et aux services, disait vouloir bloquer toute négociation commerciale tant que le gouvernement de Theresa May n’aurait pas accepté une facture de 60 milliards d’euros. Début mai, c’est-à-dire à un mois des élections du 8 juin, M. Barnier annonçait même une hausse du tarif du Brexit avec un devis porté à 100 milliards d’euros !
 

Les négociations commerciales entre l’UE et la Grande-Bretagne ont démarré cette semaine malgré l’absence d’accord sur la facture du Brexit

 
S’il fustige encore l’absence de réponse claire à cette exigence de la part de David Davis, le négociateur britannique, Michel Barnier comptait bien discuter dès cette semaine des quotas d’importation selon plusieurs sources du site Politico. Même s’il ne s’agit pas encore de la négociation d’un traité commercial global, ces discussions sont déjà une concession de Bruxelles par rapport aux menaces pré-électorales. En l’occurrence, il s’agit de convenir de la manière dont seront ajustées les quantités de certaines marchandises pouvant être importées dans l’UE depuis des pays tiers après la sortie du Royaume-Uni. Ainsi, par exemple, la Nouvelle-Zélande peut exporter 230.000 tonnes de viande de mouton et de chèvre chaque année dans l’UE, sachant que nos voisins britanniques consomment environ 40 % de ce quota. S’ils quittent notre bloc commercial en 2019, il faudra donc avoir ajusté les quantités pouvant être importées respectivement dans l’UE et au Royaume-Uni. Cette histoire de quotas est complexe à gérer et c’est une première au sein de l’OMC.
 
Le round de discussions autour de cette question et aussi d’autres questions comme celle de la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord (que les Britanniques souhaiteraient laisser libre de contrôles) a démarré lundi et devait prendre fin aujourd’hui. Le bluff de Michel Barnier sur la facture du Brexit a-t-il réellement influencé les électeurs britanniques ? C’est difficile à dire, mais la position du gouvernement de Theresa May est effectivement fragilisée par la nécessité de réunir une majorité suffisante pour chaque vote, sachant qu’une partie des Tories (notamment les élus d’Écosse) et les unionistes nord-irlandais indispensables à cette majorité ne sont pas favorables au Brexit dur qui était annoncé au printemps par le premier ministre.
 

Olivier Bault