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Le niveau de lecture des petits Anglais fait un bond spectaculaire en avant grâce aux méthodes phoniques

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Le b-a-ba, on n’a jamais rien trouvé de mieux pour apprendre à lire : cela va sans dire mais cela va encore mieux en le prouvant, ce que viennent de faire les petits Britanniques en faisant progresser de manière spectaculaire le niveau de lecture en Angleterre. Après avoir sombré à la 15e place au classement international PIRLS en 2006, les enfants d’outre-Manche ont remonté à la huitième place sur 50 aux épreuves du PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study). Ce sont les méthodes « phoniques » imposées dans les programmes du primaire qui sont créditées de ce bon résultat – une réforme pourtant « controversées » en son temps.
 
Le niveau des 9-10 ans est ainsi le meilleur depuis une génération : on n’avait pas vu cela depuis 2003.
 

Le bond spectaculaire des Anglais : les méthodes phoniques font reculer l’illettrisme

 
C’est en 2010 que le parti conservateur a obligé les écoles mettant en œuvre les programmes nationaux d’utiliser ce que les Britanniques appelle l’apprentissage « phonique » qui enseigne d’abord les sons pris individuellement avant de passer aux mots. Les réformes ont également imposé un « dépistage phonique » pour les enfants de six ans, au grand dam des syndicats d’enseignants : ce test consiste en la lecture de 40 mots à voix haute, dont la moitié composée de pseudo-mots, ceci afin de vérifier que les enfants décodent bien plutôt que de reconnaître les mots à leur forme comme c’est le cas avec les méthodes globales ou semi-globales.
 
Ces méthodes qui ne partent pas de la lettre mais de la syllabe ou du mot entier obligent à utiliser la mémoire visuelle plutôt que la mémoire analytique et désavantagent bien évidemment les enfants dont la vision n’est pas le principal mode de perception ; elles mettent en place également pour tous une lecture non consciente et des difficultés de mémorisation.
 
Le ministre des écoles, Nick Gibb, s’est réjoui des bons résultats des dernières évaluations PIRLS, réalisées tous les cinq ans, en soulignant qu’avant l’arrivée des conservateurs au pouvoir en 2010, l’Angleterre ne cessait de chuter dans les classements : « Nous savions que quelque chose n’allait pas dans la manière dont nos écoles primaires enseignent la lecture. »
 
Dans une tribune qu’il vient de publier dans le Telegraph de Londres, le ministre souligne combien l’opposition aux réformes a été vive, émanant de « plusieurs lobbies : ceux qui s’opposent aux tests, les professeurs d’éducation qui ont fait carrière sur l’approche globale, et les syndicats d’enseignants ». Et il attire également l’attention sur le fait que c’est le groupe de ceux qui lisaient le moins bien qui fait les meilleurs progrès : si tous ont des résultats meilleurs, les gains sont les plus rapides chez eux.
 

Le niveau de lecture des petits Anglais connaît une progression rapide

 
Les enfants qui ont participé aux évaluations PIRLS cette année sont les premiers à avoir subi les tests phoniques. Pour leur première mise en œuvre, 58 % des enfants de six ans ont seulement les avaient réussis. Cette année, ce sont 81 % des enfants de six ans qui ont obtenu une note satisfaisante, et 92 % d’entre eux lors d’un test similaire à l’âge de sept ans.
 
Par ailleurs, les statistiques officielles du département de l’éducation britannique montrent que 147.000 enfants de six ans supplémentaires sont devenus de bons lecteurs en 2016 par rapport à 2011.
 
La méthode phonique en Angleterre n’est pas en tout point comparable à une méthode alphabétique pure ; elle passe notamment par l’identification des sons au milieu du mot, hors compréhension et donc hors lecture consciente. Ce sont des activités qui peuvent avoir des effets négatifs comme l’a montré Elisabeth Nuyts. Par ailleurs, si la méthode phonique marque une heureuse rupture par rapport à la méthode globale britannique dite « look and say », il n’est pas certain qu’elle soit absolument progressive, ni qu’elle évite les écueils de la lecture silencieuse précoce, ni qu’elle évite un certain nombre d’exercices supplémentaires qui favorisent la lecture non consciente.
 

Les méthodes phoniques, c’est toujours mieux que les globales

 
Le test phonique, qui a recours au « non mots » ou aux mots absurdes en fait partie. L’utiliser pour vérifier la lecture de chaque lettre peut s’envisager lorsque c’est uniquement à cette fin…
 
Ce qui est clair, cependant, c’est que la méthode aujourd’hui la plus répandue en Angleterre est meilleure que les précédentes en ce qu’elle repose principalement sur l’identification des lettres et l’intégration des sons qu’elles représentent – et cela se voit aux résultats. Il y a là matière à réflexion pour tout enseignant français qui se respecte, et surtout, qui respecte les enfants qui lui sont confiés. Et plus encore que les enseignants, qui après tout font souvent ce qu’on leur apprend à faire, ce sont les responsables des programmes et des méthodes qui feraient bien d’y prêter attention : oui, il est possible d’améliorer rapidement le niveau de lecture de toute une classe d’âge.
 
La question est de savoir si c’est ce qu’ils veulent. L’expérience – alors que toutes les données de la question sont connues de tout – prouve hélas que non.
 

Jeanne Smits