Nominations : Trump contre la Fed, la banque centrale ; rencontres avec Mnuchin et Gary Cohn de Wall Street

Nominations Trump Fed Mnuchin Gary Cohn Wall Street

Steven Mnuchin


 
Les tractations vont bon train pour la constitution de l’équipe gouvernementale de Donald Trump, à moins de deux mois de son entrée en fonctions. Lundi, Trump a reçu l’ancien banquier John Allison, présenté par certains comme futur secrétaire au Trésor, à moins que le poste revienne à Steven Mnuchin, ancien de Goldman Sachs et acteur-clé de la campagne. Mardi, c’était au tour du président de Goldman Sachs, Gary Cohn, et de l’ancien gouverneur du Massachussetts, Mitt Romney, de rencontrer Trump. Tous deux pourraient se voir offrir des postes. D’ores et déjà Elaine Chao obtient les Transports, Tom Price la Santé.
 
La rencontre entre Trump et John Allison lundi a été passée sous silence. On ne sait s’il a été invité pour parler du poste de secrétaire au Trésor ou s’il était venu prodiguer ses conseils pour libérer l’économie. C’est en tous cas, estime le site The New American, « un souffle d’air frais après des décennies d’étatisme et d’hubris – cette prétention des politiciens et économistes à guider et stimuler, par leur seule politique monétaire, une économie de 20.000 milliards de dollars ».
 

La banque centrale, la Fed, a créé une bulle gigantesque

 
Allison a transformé une petite banque rurale de Caroline du Nord et un géant du secteur, la portant à de 4,5 à 250 milliards de dollars d’actifs. Très critique à propos d’une décision de la Cour suprême (Kelo v New London) permettant à l’autorité publique de saisir une propriété privée pour l’attribuer à un autre propriétaire dans le seul but du développement économique, il se pose en opposant résolu à la loi Dodd-Frank. Adoptée sous Obama, elle renforce le contrôle des banques et offre des garanties aux consommateurs. Mais Allison destine ses critiques les plus virulentes à la Réserve fédérale, estimant que « nous n’aurions pas connu une telle bulle financière si la Fed n’avait pas créé autant de monnaie ». Ces sommes gigantesques, dénonce-t-il, « ont atterri sur le marché immobilier par le biais de Freddie Mac et Fannie Mae, deux géants sponsorisés par le pouvoir fédéral ».
 
Ron Paul, ancien candidat aux primaires, a demandé cette semaine au président-élu non seulement de faire l’audit de la Banque centrale mais de supprimer ses pouvoirs pour assurer « le changement de politique monétaire, clé d’un renouveau ».
 

Trump confiera-t-il le trésor au fidèle financier Mnuchin ?

 
Sur les rangs pour le poste de secrétaire au Trésor, on trouve aussi Steven Mnuchin, écrit le New York Times. Très lié à Wall Street et à Hollywood mais sans expérience gouvernementale, il fut responsable du financement de la campagne de Donald Trump et sa nomination consacrerait un fidèle. Sa carrière a commencé chez Goldman Sachs, puis il a créé son propre fonds de capital-risque qui a financé des succès tels X-Men ou Avatar.
 
S’il était nommé à ce poste, Mnuchin, reçu mardi par Trump, serait un acteur-clé du changement avec une baisse massive de la pression fiscale, une modification profonde des accords commerciaux et le lancement d’un vaste programme d’infrastructures. Il pourrait faciliter aussi le rétablissement des sanctions contre Téhéran et La Havane. Reste qu’il est en net décalage avec les attaques contre la finance lancées durant la campagne par Donald Trump, qui avait accusé le PDG de Goldman Sachs de personnifier l’élite globaliste qui a « spolié notre classe ouvrière ».
 

Les nominations de Trump cherchent à séduire Wall Street

 
Mardi, Donald Trump a aussi déjeuné avec Mitt Romney, dont le nom a été cité comme possible secrétaire d’Etat (Affaires étrangères). Cette hypothèse semble diviser l’équipe de transition. Romney avait qualifié Trump « d’imposteur » et « d’escroc » durant les primaires.
 
M. Romney est réapparu, se répandant en compliments sur le nouvel élu, lequel avait grincé en privé que son ancien concurrent ne s’était jamais excusé. Romney dit avoir été impressionné par le discours de victoire de Trump, ses efforts pour la transition et ses nominations.
 

Gary Cohn de Goldman Sachs reçu par le président-élu

 
Parmi les nominations de mardi, Elaine L. Chao, mariée au sénateur Mitch McConnell, leader du groupe républicain à la Chambre, au poste de secrétaire aux Transports. Cette ancienne secrétaire au Travail de Georges W. Bush, familière des tractations au sommet, devra faire passer le plan de rénovation des infrastructures auprès d’un Congrès divisé et d’une lourde bureaucratie fédérale.
 
Trump a aussi nommé le représentant Tom Price, médecin, opposant virulent à l’Obamacare, comme secrétaire à la Santé, avec pour tâche de démanteler et remplacer « sans tarder » ce système très contesté. La charge échappe ainsi à l’ancien candidat aux primaires, le chirurgien noir Ben Carson.
 
Notons aussi que le président de Goldman Sachs, Gary Cohn, Démocrate affiché qui finança les campagnes d’Obama et de Clinton, mais aussi celle des Républicains, a été reçu par le président-élu, sans que l’on sache si c’était pour un conseil ou une nomination – un haut poste au Trésor ou au Budget. Enfin, mercredi, Donald Trump devait aussi annoncer la nomination de Wilbur Ross, investisseur milliardaire spécialiste des restructurations, au poste de secrétaire au Commerce.
 
Après une campagne contre les banques et la finance internationale, Trump veut ainsi amadouer Wall Street.
 

Matthieu Lenoir