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Le pape François estime que l’heure est venue d’en finir avec l’arme nucléaire

pape François arme nucléaire
 
Lors de son voyage de retour depuis la Birmanie et le Bangladesh, le pape François a comme à son habitude répondu aux questions des journalistes dans l’avion, étant entendu que toutes porteraient sur le voyage lui-même. Il a mis fin en effet au dialogue lorsque les questions sur ce thème ont fini d’être posées, mais il y a eu une exception : le sujet de la dissuasion nucléaire. Après avoir déclaré le 10 novembre dernier que la simple possession de l’arme nucléaire pouvait désormais être condamnée dans la mesure où le monde ne semblait pas avoir d’intention d’en réduire le nombre, le pape a expliqué que ce qui a changé, c’est « l’irrationalité » à leur égard, alors que Jean-Paul II jugeait la dissuasion nucléaire moralement acceptable comme venait de le souligner Joshua McElwee du National Catholic Reporter (gauche), en posant sa question sur la « guerre des mots » entre Donald Trump et Kim Jong-un.
 

Le pape François « accepte » de parler de l’arme nucléaire dans une session de questions sur son voyage en Birmanie

 
« Ce qui a changé ? Ce qui a changé, c’est l’irrationalité. Me viennent à l’esprit l’encyclique Laudato si’, la sauvegarde du créé, de la création. Entre le temps où le pape saint Jean-Paul II a dit cela et aujourd’hui, tant d’années ont passé… combien ? Tu as la date ? »
 
Mc Elwee répond : « 1982. »
 
« 34 ans », reprend le pape. « Dans le nucléaire, en 34 ans, on est allé toujours plus loin, plus loin, plus loin. Aujourd’hui nous sommes à la limite. Cela peut se discuter, c’est mon opinion, mais c’est mon opinion très convaincue : j’en suis convaincu. Nous sommes à la limite de la licéité d’avoir et d’utiliser l’arme nucléaire. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, avec un arsenal nucléaire aussi sophistiqué, on risque la destruction de l’humanité, ou à tout le moins d’une grande partie de l’humanité. C’est pourquoi je fais le lien avec Laudato si’. Qu’est-ce qui a changé ? C’est cela. La croissance de l’armement nucléaire. Il a aussi changé… Elles (les armes) sont sophistiquées et aussi cruelles, puisqu’elles sont capables de détruire les personnes sans toucher aux structures… Nous sommes à la limite, et puisque nous sommes à la limite je me pose cette question – non sur le plan du magistère pontifical, mais c’est la question que se pose un pape : aujourd’hui est-il licite de maintenir les arsenaux nucléaires, tels qu’ils sont, ou bien aujourd’hui, pour sauver le créé, pour sauver l’humanité, n’est-il pas nécessaire de faire marche arrière ? Je reviens à une chose qu’a dite Guardini, pas moi. Il y a deux formes d’« inculture » : d’abord l’inculture que Dieu nous a donnée pour faire la culture, par le travail, par la recherche, et en allant de l’avant, faire la culture. Nous pensons aux sciences médicales, à tout ce progrès, à toute cette culture, à la mécanique, à tant de choses. Et l’homme à pour mission de cultiver à partir de l’inculture reçue. Nous arrivons à un point où l’homme a en main, avec cette culture, la capacité de faire une autre inculture : pensons à Hiroshima et Nagasaki. Et cela fait 60 ou 70 ans. La destruction. Et cela se produit alors même qu’on n’arrive pas à avoir un entier contrôle sur l’énergie atomique : pensez aux incidents de l’Ukraine. C’est pourquoi, pour revenir aux armes qui servent à vaincre en détruisant, je dis que nous sommes à la limite de la licéité. »
 

Le pape François voit l’arme nucléaire entre les mains de deux « irrationnels » : Kim Jong-un et Trump

 
Décryptons. Aujourd’hui, le risque d’escalade nucléaire est visible entre les Etats-Unis et la Corée du Nord. La gauche, mais aussi Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangères russes, accusent Donald Trump d’avoir fait volontairement de la provocation en ce sens et d’être à la racine de la crise, et ce malgré les essais nucléaires répétés de Kim Jong-un et l’organisation tyrannique et sur-militarisée de son Etat communiste. Ainsi la promesse de Trump de « détruire » le leadership nord-coréen en cas de guerre a été très vivement critiquée par la Russie. Une menace qui s’inscrit pourtant clairement dans la démarche de la dissuasion qui maintient sans doute un équilibre de la terreur mais qui évite de voir un pays affaibli et exposé aux menaces d’un autre.
 
Les propos du pape renvoient au fond dos à dos le président américain et Kim Jong-un, comme de « méchants » en possession de jouets trop dangereux, et soutiennent en creux la position russe. Position historiquement vérifiable : la Russie soviétique a toujours soutenu des campagnes de désarmement nucléaire à l’étranger, finançant notamment le mouvement Peace au Royaume-Uni. La Russie d’aujourd’hui s’affirme toujours partisane d’un désarmement nucléaire mondial… à terme, mais reste très fortement armée dans ce domaine.
 
Il est intéressant de voir comment le discours anti-nucléaire actuel vise principalement les Etats-Unis qui sont désignés à l’opinion publique mondiale comme des détenteurs « irrationnels » de cette arme de destruction massive qu’au demeurant, la Corée du Nord ne posséderait pas sans le blanc-seing, voire l’aide de la Chine communiste.
 

Anne Dolhein