Parachristo : mise en garde de l’Eglise anglicane contre des infiltrations sectaires de Corée du Sud

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Man-Hee Lee


 
Des centaines d’églises britanniques anglicanes, dont certaines de tout premier plan, ont reçu une mise en garde officielle de la part de l’Eglise d’Angleterre sur des tentatives d’infiltration sectaire venues d’un groupe de Corée du Sud et agissant sous le nom de Parachristo.
 
Officiellement enregistré comme association caritative, le groupe organise des cours d’étude de la Bible et propose notamment des cours de développement personnel. Présent dans de nombreuses paroisses anglicanes, Parachristo est lié au groupe Shinchonji, selon cette mise en garde : il s’agit d’une secte connue en anglais comme « l’Eglise du nouveau ciel et de la nouvelle terre » dont le fondateur Man-Hee Lee se présente comme « l’avocat de Dieu », seul capable d’interpréter les métaphores de la Bible et à ce titre seul rédempteur.
 

L’Eglise anglicane met en garde contre le culte « Parachristo »

 
La secte, adepte du « contrôle et de la tromperie » comme l’annonce la mise en garde adressée aux quelque 500 paroisses de Londres, recruterait ses membres en se rendant dans les rassemblements évangéliques : ceux-ci s’éloigneraient alors peu à peu de leurs familles et leurs proches, en mentant sur la réalité de leur vie pour dissimuler le fait qu’ils passent beaucoup de temps avec « Parachristo ». Nombre d’entre eux abandonnent leurs études ou leur emploi. Beaucoup font des voyages vers la Corée du Sud et la Suisse.
 
On connaît ainsi le cas d’un Britannique qui passe le plus clair de son temps avec la secte, dormant dans des abris, alors qu’il a annoncé à ses proches qu’il poursuivait une carrière de haut vol dans la City de Londres.
 
Parachristo a pour but officiellement affiché de promouvoir l’avancement du christianisme à travers des cours d’études bibliques, en vue de « renforcer l’engagement des membres de la religion » et pour « illuminer » les autres. Le cours de trois mois s’adresse en priorité à des pratiquants anglicans et les responsables prennent soin de ne rien dire de leurs liens avec Schinchonji (SCJ), silence dont les responsables nient vigoureusement qu’elle puisse constituer une tromperie.
 

Infiltrations sectaires depuis la Corée du Sud : plusieurs paroisses anglicanes sonnent l’alerte

 
Comme bien des sectes, Parachisto recrute en exploitant les liens d’amitié au nom desquels les prospects sont invités à venir participer aux réunions d’études bibliques. Au fur et à mesure, on les encourage à couper les liens qui les unissent à leurs propres famille et amis.
 
Interrogés par le Sunday Telegraph, les responsables ont répondu en envoyant un questionnaire aux réponses rédigées par un avocat, reconnaissant les liens de Parachristo avec l’Eglise du nouveau ciel et de la nouvelle terre comme avec SCJ, mais qualifiant les accusations de comportement sectaire de « calomnies émotives et sans fondement ».
 
L’une des paroisses anglicanes où le groupe a beaucoup recruté se trouve être Holy Trinity Brompton (HTB), berceau spirituel de l’archevêque de Cantorbéry Justin Welby qui y participait, avant de devenir « évêque » anglican, au culte qui rassemble semaine après semaine quelque 4.000 personnes attirées par la coloration charismatique des cérémonies.
 

Du parcours Alpha à la secte sud-coréenne

 
Le responsable de HTB, le révérend Nicky Gumbel, a doublé la mise en garde du diocèse anglican de Londres d’un communiqué ferme accusant Parachristo d’être « une secte qui recrute à HTB et dans d’autres églises ».
 
Tout cela ne manque pas de sel. La paroisse Holy Trinity Brompton est précisément le milieu de création des fameux « parcours Alpha », itinéraire de découverte de la foi chrétienne non confessionnelle proposée à des adolescents et des adultes pour leur faire découvrir la foi en les faisant réfléchir et partager autour de leurs grandes questions existentielles. Ces parcours fondés sur la rencontre amicale et l’absence de prière formelle, histoire de pas affoler les participants, ont beaucoup essaimé : on compte notamment de nombreux « parcours Alpha » en France dans des paroisses catholiques.
 
Dès 1998, le journal britannique The Indepedent notait que les parcours Alpha correspondaient eux-mêmes à un fonctionnement étrange, lié à la spiritualité évangélique et charismatique, à telle enseigne que les participants étaient supposés terminer leur parcours dans une cérémonie d’effusion de l’Esprit et notamment la « bénédiction de Toronto » qui donne lieu à des phénomènes de glossolalie, d’hystérie et de mouvements incontrôlés de la part de ceux qui se font imposer les mains. Les parcours Alpha ont été fondés vers 1978 et ne semblent pas contrôler leurs participants comme peuvent l’être les adeptes de Parachristo. Mais le mode opératoire, fortement éloigné de la spiritualité catholique, pose de multiples questions.
 
L’arrivée d’un nouveau « joueur » sur la scène pose la question : est-on en présence d’un phénomène qu’on pourrait résumer en quelques mots – « d’une secte l’autre »?
 

Anne Dolhein