Paris Paillettes, Paris Poubelle : pour chasser les rats au pied de la tour Eiffel en grève, Hidalgo va fermer le champ de Mars

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Le 9 décembre à Paris pendant une campagne de dératisation


 
Le symbole de Paris, ses lumières, ses paillettes, la Tour Eiffel, vient de subir une grève sibylline. En même temps les rats prolifèrent dans la capitale transformée en poubelle au point qu’Anne Hidalgo veut fermer plusieurs espaces verts, dont le champ de Mars, pour les soustraire à la vue du public. Le socialisme est une terre de contrastes.
 
Côté paillettes, restaurants chics et France d’en Haut, la Tour Eiffel vient de subir une grève pas très compréhensible, comme tous les ans depuis 2013. Il n’y a pas de revendications salariales mais les syndicats déploraient « l’infécondité du dialogue social avec la direction et l’absence délibérée de transparence sur les décisions stratégiques ». Nous n’en saurons pas plus ni vous ni moi, les parties étant finalement tombées d’accord puisque le service a repris. Les décisions stratégiques demeurent inconnues au profane, même si l’on sait la « demoiselle de fer » très attachée aux exigences bobo-citoyennes, que ce soient les causes humanitaires ou l’écologie : ainsi au titre du développement durable la tour Eiffel s’est-elle munie de deux éoliennes qui produisent 10 mégawatts/heure par an quand elle en consomme 6.700, soit l’équivalent d’une ville de trois mille habitants.
 

Les rats sont entrés dans Paris Poubelle

 
Pendant ce temps-là, côté France d’en bas, trottoirs couverts de crottes de chiens, papiers gras, canettes non ramassées et proliférations de campements, Paris Poubelle a fini par produire ce qu’appelle tout tas d’immondices, des nettoyeurs, en l’espèce des rats. Les rats sont entrés dans Paris, plus réels et inquiétants que les loups de la chanson. Ou plutôt ils ne sont pas rentrés, mais sortis de leurs habituelles demeures pour profiter du surcroit de nourriture que leur procure un laisser aller général. Les enquêtes des journaux les mieux pensants dressent le tableau d’une ville où la saleté s’étend, de sorte que, depuis 2010, la mairie de Paris a supprimé le « baromètre » annuel où les habitants donnaient leur sentiment sur le niveau de propreté de leur ville. Les beaux quartiers ne sont pas épargnés. Toute poubelle est la proie d’animaux non identifiés et éventrée. Et un « torrent » d’urine dévalait de Montmartre « tous les soirs » à l’été 2015 selon les reporters du Point, parce que les touristes s’y déchargent en plein air de la bière achetée illégalement pour parer à la hausse des prix.
 

Les paillettes du tourisme forcent Anne Hidalgo à agir

 
A cela s’ajoutent, avec la pauvreté qui s’installe, les dortoirs à la belle étoile des clochards, leur nourriture, leurs déjections, et bien sûr les campements de migrants, clandestins ou non, qui s’agrègent au centres officiels, au point que, par exemple, le chemin de fer de ceinture désaffecté tend à devenir un grand bidonville circulaire, une « ceinture de la honte », sans compter les campements sauvages qui migrent dans Paris au gré des descentes de police et des lubies de la mairie socialiste et du gouvernement. Tout cela rebute le touriste, avec le vol et l’insécurité qui deviennent endémiques (l’attaque d’un bus de Chinois cet été fut emblématique), au point que des instituts se spécialisent dans le suivi psychologique des voyageurs déçus par les sentines dont est pleine la ville lumière derrière son décor de paillettes. C’est pourquoi Anne Hidalgo s’est enfin décidée à agir.
 

Les rats grouillent au champ de Mars sous la Tour Eiffel 

 
Avec plus de brutalité que de discernement, à son habitude. Elle va semer les espaces verts de Paris d’appâts pour lutter contre « l’augmentation de la présence des rats » qui pose, de l’avis même de la mairie « un problème sanitaire ». Mais comme selon Georges Salines, chef du service de santé de la mairie, « les nourrisseurs compulsifs de pigeons » donnent aussi du pain, dommage collatéral, aux rats, il faut selon lui fermer ces espaces verts piégés pour  que « les rats aient faim » et qu’ils mordent à l’appât. Et comme ils grouillent au pied de la Tour Eiffel, on ferme une partie du Champ de Mars. C’est pour la bonne cause. Il s’agit d’en finir, toujours selon l’excellent Georges Salines, contre « une nuisance visuelle » qui ternit l’image de Paris. Quant à ceux qui craignent d’attraper des maladies (c’est par les rats que se transmettent la peste et le typhus), Salines les rassure : « Lorsqu’on garde ses distances par rapport aux rats, on ne risque rien. » Gardons nos distances, donc.
 

Grève de la pensée, génocide des rats et droit du vivant

 
D’ailleurs, interrogé par les médias bien pensants, un certain Pierre Falgayrac, bombardé « expert de la lutte contre les nuisibles », relativise encore la chose : « Les rats n’ont pas plus de bactéries et de virus que nos chiens, chats et perroquets ». Sans doute, mais ils sont suivis par des vétérinaires et ne passent pas leurs nuits dans les ordures ni les égouts. Mais peut-être la cause des rats tend elle à devenir sacrée, car les désigner comme un danger reviendrait à stigmatiser d’une part l’action de la municipalité socialiste, et de l’autre l’incidence des campements de migrants, ce qui s’apparente à la frilosité égoïste et non citoyenne, si ce n’est à l’incitation à la haine raciale. Une pétition en ligne circule d’ailleurs à ce propos, elle a recueilli vingt mille signatures. Josette Benchetrit, qui l’a lancée, déplore qu’on « tue sans pitié tous ces malheureux » et déplore sans rire un « génocide des rats ». Elle ne va pas assez loin. Il faut aussi dénoncer les assassins qui ont exterminé le virus de la grippe espagnole. Quand le droit du vivant préparé par l’ONU sera vraiment entré dans les faits, l’humanité ne sera plus, enfin, qu’une variable d’ajustement de la vie sur Gaïa.
 

Pauline Mille