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Tuerie de Parkland aux États-Unis : le débat sur les armes et les « fake news » empêchent de poser les vraies questions

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La petite ville de Parkland venait pourtant d’obtenir la 15ème place dans « The Safest Cities Survey », le classement des villes les plus sûres… Mais un Nikolas Cruz peut frapper n’importe où, n’importe quand – malheureusement. La faute aux armes ? L’éternel débat recommence, mais n’a pas sa place. La faute à l’extrême droite ? Une « fake news » reconnue comme telle aux États-Unis que la presse française continue de colporter. Selon le procureur général Jeff Sessions, il y avait des signes. Trump veut donc plus de « surveillance » – ça risque d’être compliqué.
 

17 morts et une quinzaine de blessés à Parkland

 
Jeudi, Nikolas Cruz, 19 ans, comparaissait devant un tribunal de Floride et se voyait inculpé par le juge de 17 meurtres avec préméditation, commis au moyen d’un fusil semi-automatique AR-15 dans son ancien lycée de Parkland la veille.
 
Il était entré dans le bâtiment peu avant la fin des cours mercredi après-midi, portant un masque à gaz et armé de grenades fumigènes et d’armes à feu. Pour faire sortir les étudiants, il déclencha le système d’alarme incendie et se mit à tirer à bout portant : quinze lycéens ont été tués, et deux enseignants. Il n’a été retrouvé que deux heures plus tard, alors qu’il quittait le bâtiment et se fondait délibérément dans la foule.
 
Depuis le début de l’année, c’est la 6ème fusillade en terrain scolaire, entraînant des blessures ou la mort. Et la tuerie la plus meurtrière depuis l’attaque d’une école primaire à Newtown, dans le Connecticut, il y a cinq ans.
 

« Autant de signes que le tireur de Floride était mentalement dérangé » et sus à la « fake news »

 
Évidemment, une seule cible dans les gros media : le danger des armes et leur prolifération. La question pour d’autres est : comment n’a-t-on rien vu venir ?
 
En effet, les indices sur l’instabilité mentale de Nikolas Cruz, qui venait en plus de perdre sa mère adoptive, étaient nombreux. De ses posts sur les réseaux sociaux montrant ses tueries d’animaux à ce comportement si erratique au lycée qui finit par l’expulser l’année dernière pour « raisons disciplinaires »… Beaucoup des enseignants de l’école savaient que Cruz était un problème et un danger – ses camarades faisaient même des blagues sur son profil de « futur tireur de Parkland »… !
 
Pire, le FBI avait été prévenu en septembre dernier d’un commentaire posté sur YouTube disant : « Mon métier sera d’aller tirer dans les écoles » ! Mais il n’avait pas réussi à déterminer la véritable identité de l’auteur – ou peut-être pas pris le temps de le faire. Le procureur général Jeff Sessions l’a déclaré lui-même jeudi à Breitbart News : pour Parkland et pour d’autres de ces horribles fusillades, il y a eu des signes qui auraient pu, auraient dû être vus, en particulier par les forces locales de l’ordre – ces drames auraient pu être évités.
 
Et sus à la polémique du « nationaliste blanc » que la presse française s’est empressée de reprendre en gros titres : il s’est avéré que c’est apriori une fausse piste, la quasi-totalité des gros media américains en doute aujourd’hui. Un dénommé Jordan Jereb, chef d’une milice nationaliste blanche a voulu, semble-t-il se faire mousser, en déclarant que Cruz était un membre de son groupe… Les sources locales d’application de la loi n’ont trouvé aucun lien entre les deux.
 

Le débat sur la sécurité des écoles de Floride « sans armes »… seuls les hors-la-loi ont donc des armes

 
Comment, alors, Nikolas Cruz a-t-il pu acheter librement son AR-15, alors qu’il était instable et connu comme tel ? C’est la loi fédérale qui le permet. À l’heure actuelle, il n’y a aucune vérification des antécédents sur l’état mental d’une personne avant d’acheter une arme à feu. Un règlement de l’ère Obama avait voulu légiférer sur le sujet mais a été bloqué par… Trump et le Congrès – la préservation de l’intégrité du second amendement (« le droit du peuple à garder et à porter des armes ») n’était pas garantie. Trump a préféré parler, hier, de « signalement » de ce type de personne par les citoyens, « pour rendre cette nation plus sûre ». Après, les risques d’une politique de dénonciation sont aussi compliqués…qui est fou et ne l’est pas ?
 
La National Rifle Association (NRA) appelle, elle, à plus de rigueur dans le respect des mesures de sécurité, et dans l’application des lois sur la criminalité armée : Trump s’est d’ailleurs vanté que les poursuites fédérales sur les armes à feu avaient augmenté de 23 % sous sa surveillance.
 
Il faut peut-être aussi se poser la question de ces zones « sans armes à feu » dont font partie les écoles, en Floride. Pour TheNewAmerican, le fait qu’il ne puisse y avoir aucun adulte armé garantit le « succès » de ces tueries. Les policiers présents sur le parking de l’école n’ont pas réussi à empêcher ces 17 morts – une seule personne armée à l’intérieur de l’édifice aurait peut-être pu écourter le massacre.
 

De ces tueries qui n’ont lieu qu’aux États-Unis

 
Une chose est sûre, ce n’est pas en désarmant tout le monde que le nombre de décès par balle baissera. Le cas de Chicago prouve l’inverse : alors que les lois sur les armes à feu sont parmi les plus strictes aux États-Unis, les crimes liés aux armes à feu sont en train de monter en flèche. A l’inverse, le cas suisse est exemplaire : alors qu’un citoyen suisse sur deux possède une arme à feu (ce qui place le pays juste derrière les États-Unis et le Yémen), les armes à feu ne sont impliquées que dans 18 % des homicides, d’après les chiffres de 2015 de l’Office fédéral de la statistique (OFS) et le pays échappe aux tueries de masse.
 
Ainsi ce n’est pas le libéralisme en la matière qui permet et suscite la criminalité, en dépit de toutes les allégations du clan démocrate. Et son appel à instaurer le contrôle des armes à feu a peu à voir avec la sécurité publique, mais vise surtout « le contrôle des gens » comme disait l’animateur Tucker Carlson sur Fox News Channel : « Les progressistes sont toujours en charge de la plupart des grandes institutions de ce pays et méprisent l’autonomie d’une population armée. Ils veulent une punition collective pour les péchés de quelques-uns. »
 
On aura beau se protéger par tous les moyens, ces gens arriveront toujours à leur fins.
 
Il serait intéressant de s’interroger aussi sur les profils de ces auteurs de massacres qui ne sont, souvent, ni des tueurs nés, ni des tueurs en série. S’il peut y avoir, parmi eux, de vrais fous, il y a aussi des gens rendus à une extrémité telle que la seule manière de manifester leur propre existence passe par la mort d’autrui. Le gouverneur Matt Bevin a blâmé à juste titre une culture qui délégitimise la vie, à travers la violence et la pornographie, et la drogue rajouterons-nous. La société moderne, largement déchristianisée, nourrit un individualisme exacerbé, sous couvert d’humanitarisme global, et un libéralisme tous azimuts qui nie le mal sous toutes ses formes en le protégeant partout.
 
Les éléments les plus faibles seront les plus atteints. Par un carnage gratuit, sursaut ultime et destructeur, graver son nom sur un panthéon médiatique – enfin.
 

Clémentine Jallais