En visite à Varsovie, la commission des droits de la femme du Parlement européen critique la législation de la Pologne sur l’avortement

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Beata Szydło, Premier ministre du gouvernement conservateur polonais (PiS).


 
Cette semaine des représentantes de la commission des droits de la femme et de l’égalité des genres (FEMM) du Parlement européen étaient à Varsovie. Au terme de leur séjour, elles ont présenté mercredi leurs constats en critiquant les atteintes aux droits des femmes en Pologne, principalement à cause de la législation limitant l’accès à l’avortement. Outre des représentants du gouvernement et des parlementaires, elles n’ont cependant souhaité rencontrer que des ONG féministes, homosexualistes et partisanes de l’avortement légal, refusant de rencontrer les représentants d’organisations pro-vie même lorsqu’il s’agissait d’associations féminines.
 

La Pologne est un des pays de l’UE où les femmes sont le moins souvent victimes de violences

 
« Nous avons de nombreuses craintes par rapport à ce qui se passe en Pologne. Nous allons présenter au Parlement européen nos remarques sur la situation des femmes polonaises. Nous promettons de continuer la lutte en faveur des femmes partout en Europe », a expliqué mercredi en conférence de presse la présidente de la délégation de la commission FEMM, la Belge Maria Arena du Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen (S&D). Pourtant, l’enquête conduite par l’Union européenne dans les 28 Etats membres (publiée le 5 mars 2014) place la Pologne parmi les pays où les femmes sont le moins souvent victimes de violence physique ou sexuelle.
 

La délégation du Parlement européen considère l’avortement comme un « droit reproductif »

 
Mais la commission des droits de la femme et de l’égalité des genres du Parlement européen s’est surtout inquiétée des « droits  », euphémisme volontiers utilisé dans les instances internationales pour parler de l’accès à l’avortement. En Pologne, depuis 1993 l’avortement n’est en effet autorisé que dans trois cas de figure : sans limite de temps si la grossesse met en danger la santé physique ou la vie de la femme enceinte, jusqu’à la 12e semaine de grossesse si celle-ci est le fruit d’un acte interdit par la loi (viol, inceste) et tant que l’enfant conçu ne pourrait survivre hors du ventre de sa mère s’il est victime d’une maladie ou malformation grave et incurable.
 
La délégation européenne a encore critiqué les allocations familiales mises en place par le gouvernement conservateur (PiS) du premier ministre Beata Szydło. Tandis que même la Banque mondiale reconnaît que ces allocations familiales ont énormément réduit en quelques mois la pauvreté et surtout l’extrême pauvreté en Pologne, car celle-ci affectait surtout les familles nombreuses, les députés européens en visite à Varsovie se sont inquiétés du fait que cela permet à certaines femmes de rester chez elles pour s’occuper de leurs enfants et que l’impact sur l’emploi des femmes sera donc forcément négatif.
 

L’approche discriminatoire de la Commission des droits de la femme et de l’égalité des genres

 
L’élue italienne Daniela Aiuto du Mouvement 5 étoiles (affilié au groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe de Nigel Farage) a prétendu avoir des informations sur une augmentation du nombre d’avortements illégaux en Pologne mais n’a pas souhaité donner des détails chiffrés. Pour la vice-présidente de l’Institut pour la culture du droit Ordo Iuris (qui avait préparé le projet de loi citoyen contre l’avortement rejeté par la Diète après les manifestations du début du mois d’octobre), le choix idéologique des organisations auxquelles la commission FEMM du Parlement européen a souhaité parler et l’exclusion des associations pro-famille et pro-vie est en soi une pratique discriminatoire et une violation des valeurs fondamentales de l’UE, et cela enlève toute valeur aux conclusions finales.
 
La délégation du Parlement européen a en revanche exprimé sa satisfaction après les promesses du gouvernement polonais en ce qui concerne la mise en œuvre de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Les électeurs du parti conservateur Droit et Justice (PiS) seront peut-être moins satisfaits de cette volte-face puisque, quand cette convention avait été ratifiée début 2015 par la Pologne sous le gouvernement précédent, le PiS la critiquait violemment. Cette convention n’apporte en effet rien de plus en matière de lutte contre la violence à l’égard des femmes ; elle reprend au contraire plusieurs thèmes chers au lobby LGBT.
 

Olivier Bault