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Poutine veut une collaboration plus étroite avec l’Eglise orthodoxe russe

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Dans le respect de « l’autonomie » et de « l’indépendance » de l’Eglise, la Russie veut poursuivre la coopération dans les domaines de l’éducation et de la santé et pour la préservation de l’héritage culturel et historique, a déclaré Poutine au conseil des évêques à Moscou.
 
Le président russe a notamment demandé à l’Eglise orthodoxe de renforcer les « liens culturels, spirituels et humains » avec les orthodoxes à l’étranger et a remercié le patriarche Kirill et les autorités de l’Eglise orthodoxe pour leurs efforts en vue de « résoudre les problèmes clefs du développement du pays et de la société », notamment à la fin du XXe siècle « lorsque de nombreuses institutions étatiques publiques ont été affaiblies, lorsque la vie a changé radicalement » : selon lui, c’est l’Eglise orthodoxe russe qui a préservé l’unité et la Russie elle-même « alors que la vie a été littéralement mise sens dessus dessous ».
 
Poutine a également salué le rôle de secours matériel et spirituel de l’Eglise orthodoxe au cours de la « Grande guerre patriotique » de 1941-1945 : « La débâcle du nazisme n’a pas été, en vérité, une simple victoire militaire, mais un triomphe moral et spirituel. » Pour mémoire, il s’agit là de la victoire d’un totalitarisme sur un autre dont les conséquences allaient se poursuivre pendant des décennies à travers la domination communiste sur l’Europe de l’Est.
 

L’Eglise orthodoxe russe dans la grande tradition du césaro-papisme

 
« Aujourd’hui, nous voyons comment l’érosion des valeurs traditionnelles dans de nombreux pays conduit à la dégradation de l’institution familiale, à l’aliénation mutuelle au sein de la société, à la dépersonnalisation des individus. L’indifférence et le manque de sensibilité, la perte des valeurs ont pour résultat une augmentation du radicalisme, de la xénophobie et des conflits religieux. L’égotisme, qui détruit les personnes, se transforme en nationalisme agressif. Les extrémistes et les idéologies du terrorisme, les ennemis du progrès et de la civilisation remplissent le vide spirituel. »
 
Qui visait-il, au juste ? Poutine a en tout cas salué « la contribution de l’Eglise orthodoxe russe à la paix inter-ethnique et inter-religieuse et à la mise en place d’un dialogue constructif avec les autres religions traditionnelles de la Russie » : elle mérite également selon lui « un grand respect ».
 
Evoquant notamment la reconstruction des centres culturels et religieux de la Syrie, Vladimir Poutine a déclaré que l’Eglise orthodoxe russe s’est dite prête à participer à cette « restauration », mais dans une optique d’égal respect pour toutes les religions. Un relativisme assumé.
 
« Le patriarche et moi en avons parlé plus d’une fois, je connais sa position, et nous sommes prêts à soutenir toutes les religions et toutes les branches du christianisme – toutes sans exception. (…) Je le répète : le monde change rapidement et traverse une phase très compliquée. Ce pays est inextricablement lié au processus et aux tendances globales. Nous devons nous efforcer d’être des leaders dans le domaine de la technologie, de l’économie et de la connaissance au sens le plus large du mot afin d’assurer le bien-être et la sécurité de nos citoyens. A titre indicatif, de plus en plus de personnes considèrent la Russie comme porteuse de valeurs traditionnelles immuables et d’un sain style de vie humain », a-t-il dit.
 

Vladimir Poutine se félicite de sa collaboration avec l’Eglise orthodoxe russe

 
Il est peut-être utile de rappeler que la Russie est championne en matière de taux d’avortement et de divorce, si simple qu’il en est même devenu un bien d’exportation, et que la GPA y est légale. L’alcoolisme y demeure endémique et mal prise en charge, ce qui explique notamment une espérance de vie inférieure de 10 ans pour les hommes par rapport aux femmes : 64 ans seulement.
 
Dans sa réponse, le patriarche Kirill a évoqué brièvement la Révolution russe et les « changements » survenus au cours des années 1990, insistant notamment sur l’absence de strates bureaucratiques entre l’Eglise et l’Etat acquise par la restauration du patriarcat en 1917, puis contredite par l’emprise des autorités soviétiques, au travers d’une « politique pré-révolutionnaire » qui a conduit à l’interférence avec l’Eglise orthodoxe russe par le biais des services de sécurité de l’URSS, erreur dont le renouvellement a été évité par le refus de la création d’un ministère des affaires religieuses après la chute de celui-ci.
 

Une collaboration étroite qui passe par le dialogue inter-religieux et le soutien à toutes les religions par l’Eglise orthodoxe

 
Cela permet, selon le patriarche Kirill, à l’Eglise orthodoxe avoir un dialogue direct avec le président et dans toutes les strates de la société : « C’est ce qui permet à l’Eglise de comprendre ce qui se passe dans le pays, chez les gens, et de prêter attention à des questions comme celle de la moralité publique, de la vie sociale, des problèmes environnementaux et aux dimensions morales et questions politiques étrangères et domestiques. »
 
Ainsi la coopération s’avère décidément positive pour Vladimir Poutine dont l’Eglise russe orthodoxe a soutenu la politique en Ukraine et notamment l’annexion de la Crimée – une région où l’Eglise catholique, elle, est tenue pour rien par le pouvoir.
 

Anne Dolhein