Quel prix pour la cigarette ?

Prix cigarette
 
Malgré une baisse de 5,3% des ventes de cigarettes l’année dernière, le tabac continue de se bien porter, et les députés qui planchent sur le projet de loi Santé, ne paraissent pas convaincus de la réelle efficacité du paquet « neutre » qui devrait faire son apparition chez nos buralistes l’année prochaine. D’aucuns s’interrogent sur l’idée d’augmenter le prix du paquet de cigarettes, selon l’idée émise par le ministre Marisol Touraine pour qui le coût est un des meilleurs moyens pour combattre le tabagisme. Dans cette optique, deux chercheurs du cabinet Microeconomix ont décidé de calculer le coût du tabac pour la collectivité. Selon eux, il faudrait augmenter le prix du paquet de 87% pour éviter que l’addiction des fumeurs ne pèse financièrement sur la collectivité, soit 13,07 € le paquet…
 
Se fondant sur les travaux de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies, et sur les documentations de l’Insee et de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, ces deux chercheurs ont établi que la cigarette a un impact positif sur les finances publiques.
 

Les bénéfices de la cigarette

 
Certes, les dépenses de santé engendrées par le tabac sont, selon ces sources, estimées à 16,3 milliards d’euros, auxquels viennent s’ajouter les impôts non encaissés du fait du décès prématurés des fumeurs, manque à gagner évalué à quelque 3,3 milliards, soit un total de 19,6 milliards d’euros. Cependant, l’Etat engrange 14 milliards de taxes grâce aux ventes de cigarettes, et, si les fumeurs décédés ne rapportent pas les impôts auxquels l’Etat pourrait s’attendre, celui-ci, en retour, ne leur verse pas quelque 6,6 milliards de pensions – soit le double de ce que leurs impôts lui auraient rapporté. Soit, au bout de ce calcul sordide, un bénéfice d’un milliard.
 

Un prix plus « juste » ou plus juteux ?

 
Il n’en va pas de même pour les entreprises. Les pertes de production dues aux absences ou aux décès des fumeurs, du fait notamment de la nécessité de les remplacer, provoquent un surcoût estimé à 16 milliards en 2013.
 
Pour combler ces pertes, le rapport donne donc un prix du paquet à 13,07 €, qui serait, en quelque sorte, un « juste » prix.
 
On peut douter de l’efficacité de cet argument face à l’addiction, surtout si l’on veut bien considérer que l’équilibre du chiffre d’affaires sur le tabac, alors qu’on évoque des morts nombreuses, signifie qu’il y a toujours de nouveaux fumeurs.
Mais, quoi qu’il en soit, ce « juste » prix aurait un impact plus que bénéfique pour l’Etat, puisque, selon l’étude, les pertes engendrées par la tabagie sont déjà plus que largement compensées par le gain des ventes. Une moralisation sonnante et trébuchante, si l’on peut dire…