« Les quatre frères d’Orléans » : Gérard de Senneville

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« Les quatre frères d’Orléans : violence et passions au temps de la guerre de Cent Ans », Gérard de Senneville ; éditions de Fallois ; 380 p.


 
« Violences et passions au temps de la guerre de Cent Ans »… Il est bon de suivre Gérard de Senneville dans cette saga historique, fidèle et fière. L’ère est peu connue – c’est pourtant celle de Jeanne d’Arc. « Les quatre frères d’Orléans » nous retracent l’histoire passionnante du début de la deuxième maison capétienne d’Orléans, sous Charles VI et Charles VII principalement, lorsque le pays luttait contre les Anglais pour retrouver ses frontières de 1152, celles du temps d’Aliénor d’Aquitaine. Quatre frères qui n’accéderont pas au trône royal, mais lui offriront leurs descendants… à commencer par Louis XII.
 
Les mœurs politiques sont bien trempées et les vengeances mûries à point. Mais l’on s’y bat aussi en vers, dans ces joutes poétiques bien françaises, pendant que chantent au chevet des princes, les « berceresses » d’antan…Une vraie trame shakespearienne pour certains – l’Histoire de France, surtout, pour les autres.
 

« Traître meurtre »… Gérard de Senneville

 
L’origine de tout – ou presque : l’assassinat, en 1407, du frère du roi Charles VI « le fol », le duc Louis 1er d’Orléans, rue Vieille du Temple à Paris, un froid matin de novembre. Les auteurs : les sbires du duc de Bourgogne, l’insolent Jean sans Peur. Il ne savait alors qu’il subirait le même sort, bien des années plus tard… Les grand féodaux ont la mémoire dure.
 
La veuve, Valentine Visconti, duchesse de Milan, crie vengeance sans toutefois l’obtenir et laisse bientôt quatre orphelins âgés de 5 à 13 ans, Charles, Philippe, Jean et l’autre Jean, le dernier, âgé de 5 ans, bâtard de son état du duc d’Orléans et rejeton de Mariette d’Enghien, que Valentine avait élevé tendrement comme son propre fils… le futur comte de Dunois.
 
Des enfants ? A cette époque, l’on est un homme tôt si l’on veut rattraper le temps et l’Histoire. La guerre des Armagnacs (Charles d’Orléans épouse la fille de Bernard VII d’Armagnac) et des Bourguignons, « l’une des plus atroces guerres civiles de notre histoire », allait commencer… dans le fracas des armes et le triste pillage des campagnes.
 

Les quatre frères d’Orléans

 
Un désir brut de vengeance qui se termina quelques années plus tard dans les geôles anglaises. La guerre avait en effet repris avec l’avènement du belliqueux Henri V. Et l’aîné, Charles, fut fait prisonnier à la tristement célèbre bataille d’Azincourt en octobre 1415 : il fut retenu vingt-cinq années durant, confronté à des rançons dissuasives. Son jeune frère Jean, comte d’Angoulême, avait subi le même sort trois ans auparavant, concédé comme otage à 12 ans : il restera prisonnier, lui, pendant trente-deux ans.
 
Philippe, le second fils, meurt subitement à 24 ans, en 1420. Qui alors, pour reprendre l’étendard ?! Le dernier, celui qu’on nomme très officiellement « le bâtard d’Orléans », Jean, qui fut élevé avec son cousin germain, le troisième fils du roi, le futur Charles VII…
 

« Le bâtard d’Orléans, comte de Dunois et de Longueville »

 
Gérard de Senneville s’attache de près à cette brillante figure qui marqua le XVe siècle français, celui qu’on nommait « le Beau Dunois » ou encore « le Restaurateur de la Patrie »…« un des plus beaux parleurs français » selon le poète contemporain Alain Chartier et l’un des plus grands hommes de guerre de l’époque, assurément.
 
« Bien que la barre de bâtardise continuât à figurer sur son blason, il était traité comme les princes de sang ». Et pour cause. Ses succès militaires contre les Anglais et sa fidélité au jeune Charles VII dépossédé de son royaume en ont rapidement fait le bras droit du Roi de France.
 
Beaucoup connaissent son nom à cause de Jeanne d’Arc auprès de laquelle il chevauche, au siège d’Orléans. « Je vous apporte meilleur secours qu’il ne vous est venu d’aucun soldat ou d’aucune cité : c’est le secours du Roi des Cieux » lui dit-elle, comme il a pu en témoigner lors du procès de réhabilitation de la Pucelle, en 1455. C’est lui encore qui l’accompagna à Loches où se trouvait le Roi de France et quelques semaines plus tard, à Reims, le 17 juillet 1429, pour le sacre de Charles VII.
 
Grâce à lui, le royaume de France se redressa face aux Anglais tenaces. Défaite après défaite, la perfide Albion ne posséda bientôt plus que Calais… et la fameuse bataille de Castillon mit définitivement fin à la guerre de Cent Ans. Le comte de Dunois laissera alors ses armes pour devenir le grand chambellan du Roi et son diplomate de premier rang.
 

L’héritage des Orléans

 
Faut-il rappeler aussi, avec Gérard de Senneville, que les frères d’Orléans vont donner à leur pays quelques-uns des grands rois de France : Louis XII, François 1er, Henri II, François II, Charles IX et Henri III sont tous leurs descendants (la salamandre de François 1er vient précisément de son grand-père, le pacifique Jean d’Angoulême, qui l’avait choisie comme emblème parce qu’elle savait, selon la légende, éteindre le feu…)
 
Avec eux vient aussi tout un héritage intellectuel, artistique et spirituel. L’auteur rappelle leur amour des ouvrages, à l’heure où les bibliothèques ne renfermaient encore que des manuscrits – Gutenberg est né, mais son œuvre n’a pas encore conquis le monde… Charles fut un prisonnier poète. Jean, un otage versé dans l’oraison et la méditation. Tous deux invitèrent ces talents à la Cour française, après leur libération. Et Dunois a son nom attaché au redressement militaire français du XVe siècle.
 
C’est aussi lui, rappelons-le, qui fit édifier l’une des sept Saintes-Chapelles (sur les dix d’origine, en plus de celle de Paris) qui subsistent en France, la Sainte-Chapelle de Châteaudun…
 

Clémentine Jallais