Euthanasie légale au Québec : des médecins opposent un refus de réanimation aux suicidés

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Alex Schadenberg, de la Euthanasia Prevention Coalition.


 
La légalisation de l’euthanasie est un mal en soi. Mais elle s’accompagne aussi d’effets pervers dont on constate aujourd’hui la réalité au Québec. La province canadienne s’est préparée pendant un an et demi à la légalisation de l’euthanasie intervenue le 10 décembre 2015. Selon Alex Schadenberg, de la Euthanasia Prevention Coalition, le changement de mentalité entraîné par le débat, puis par l’approbation de l’euthanasie légale, a poussé certains médecins du Québec à modifier leur comportement face à des personnes ayant fait une tentative de suicide. Il cite plusieurs cas refus de réanimation de ces patients alors qu’un traitement était envisageable et qu’aucune séquelle irréversible de la tentative n’était à craindre.
 
L’affaire a pris de telles proportions que le Collège de médecins du Québec vient de publier un bulletin d’éthique rappelant que les médecins doivent respecter les directives éthiques et légales qui leur imposent de soigner tous les patients – même ceux qui cherchent à prendre leur propre vie.
 

L’euthanasie légale incite les médecins à respecter le désir de mort des suicidés

 
Yves Robert, secrétaire de l’institution, s’en est expliqué au National Post : « Un nombre non déterminé de médecins interprètent les tentatives de suicide comme un refus de traitement implicite. Ils ont “refusé de fournir l’antidote qui aurait pu sauver une vie. C’est un vrai problème éthique.” “En cas de situation de menace pour la vie, il faut faire tout ce qui est possible pour sauver cette vie, puis on traite la cause sous-jacente” », rapporte le journal.
 
Le bulletin d’éthique précise ainsi : « D’un point de vue moral, ce devoir de sauver la vie du patient, ou d’empêcher qu’il ne doive vivre avec les effets d’une intervention trop tardive, s’appuie sur le principe qui oblige à faire du bien et à ne pas faire de mal, ainsi que sur celui de la solidarité. Ne pas agir constituerait une négligence. »
 
Pour refuser un traitement, poursuit le bulletin, il faut disposer de la preuve irréfutable de ce que le patient ne désire pas de traitement.
 
« Une fois son état stabilisé, le survivant au suicide peut avoir besoin de traitements psychiatrique. La reconnaissance d’une souffrance psychologique peut permettre à une personne qui veut se tuer d’envisager sa vie différemment », poursuit le bulletin.
 

Les tentatives de suicide suivies de refus de réanimation au Québec

 
Schadenberg observe que la loi d’euthanasie autorise néanmoins l’euthanasie pour les personnes victimes de telles souffrances…
 
Quoi qu’il en soit, des médecins du Québec hésitent désormais à prendre les mesures d’urgence nécessaires à certaines personnes en péril de mort. On constate également qu’ils sont nombreux à faire preuve de confusion par rapport au refus ou au retrait de traitements comme l’a montré un sondage en avril 2015 ; un sondage antérieur avait permis de constater une confusion similaire chez les médecins à propos de l’euthanasie et des soins palliatifs.
 
Tout cela est facilité par le fait que l’euthanasie est aujourd’hui considérée – à tort – comme un acte médical, et que la loi du Québec autorise les patients à refuser tout traitement au nom de leur « autonomie ». La conjonction de ces deux dispositions pousse logiquement les médecins à considérer qu’ils peuvent abandonner sur le plan médical des patients qui ont tenté de se suicider.
 

Anne Dolhein