Le rappeur Black M ne chantera finalement pas à Verdun « pour » les Poilus

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Le rappeur Black M aux 30e Victoires de la Musique, le 13 février 2015.

 
La polémique n’a cessé d’enfler : y a-t-il place aux commémorations de la Grande Guerre, plus précisément à Verdun, où les Poilus se sont illustrés, pour le chanteur rappeur Black M, issu du groupe au nom suggestif Sexion d’Assaut, qui, dans certaines de ses chansons, a eu sur la France des paroles qui ne sont pas précisément filiales et relèvent plutôt de l’insulte ? Ce vendredi, la mairie de Verdun a mis fin aux éclats de voix : Black M ne se produira pas à Verdun…
 
En cause l’extrême droite, bien sûr, accusé d’avoir déclenché la polémique. Le concert, qui devait avoir lieu le 29 mai, au soir des commémorations officielles autour de François Hollande et d’Angela Merkel, n’aura pas lieu. En tout cas pas avec Black M.
 

Le rappeur Black M et les Poilus

 
Mercredi dernier pourtant, Samuel Hazard, le maire de Verdun, défendait encore le choix d’inviter le chanteur Black M, qui « est tout simplement un enfant de la République ». Et il ajoutait que le rappeur était « plébiscité actuellement par les jeunes comme aucun autre artiste français ». L’argument, extrêmement faible, n’a pas suffi à éteindre la polémique ; encore moins les insultes, même si celles-ci sont devenues effectivement monnaie courante au sein d’une certaine jeunesse.
 
On accuse dans l’affaire l’extrême droite, et plus particulièrement le Front national. Bien sûr, nombre de ses représentants ont dénoncé les propos injurieux de telle ou telle chanson du rappeur. Mais il ne faudrait pas oublier pour autant la plainte, déposé tout dernièrement il est vrai, d’un petit-fils de Poilu demandant à la justice de suspendre le concert. Selon son avocat, Me Antoine Beauquier, qui a saisi le tribunal administratif de Paris, la présence du rappeur « dont la seule ambition est de “s’amuser” à Verdun, et dont on peut légitimement craindre qu’il use de termes outrageants pour la mémoire des soldats de Verdun, serait particulièrement inopportune, sinon attentatoire à l’ordre public ».
 
On peut légitimement penser que cette dernière attaque a été plus évidente pour la municipalité de Verdun que les propos de représentants de ce qu’elle appelle l’extrême droite, et devant laquelle Samuel Hazard n’aurait sans doute pas osé capituler.
 

Pas de concert d’insultes à Verdun

 
Il n’empêche ! C’est bien lui qui est parti au charbon. Car, du côté de l’Etat, on fait semblant de n’être point concerné. « Ce n’est ni l’Etat, ni le gouvernement, ni le président de la République qui ont choisi tel ou tel chanteur », affirme le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, Jean-Marc Todeschini. Et la Mission du Centenaire, opérateur de l’Etat pour ces commémorations de la Première Guerre mondiale, assurait que la décision avait été « prise par l’agglomération du Grand Verdun ».
 
Pour le maire – socialiste qui plus est – de la ville c’était un peu trop. La « proposition a été faite à la ville de Verdun », déclare-t-il. « Le nom a été proposé par l’Etat, précise-t-il encore. Puis la décision a été prise collégialement dans le comité interministériel Verdun 2016 en avril, avec la mission du Centenaire, l’Etat, le département et les collectivités. »
 
Mais, ces temps-ci, l’Etat évite de paraître responsables des sujets qui fâchent…
 
Aussi, dans un communiqué diffusé ce vendredi matin, le maire invoque-t-il des « risques forts de troubles à l’ordre public », en raison d’une « polémique d’ampleur sans précédent » et d’un « déferlement de haine et de racisme ».
 
Comme cela, n’est-ce pas, tout le monde est content !
 

François le Luc