Contre les « fake news », Ravel préconise la régulation du discours politique sur Internet : le vieux projet Lucifer

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Ann Ravel


 
Le projet de la juriste américaine démocrate Ann Ravel préconise la régulation du discours politique sur Internet. En français : la censure. Au nom du bien, bien entendu. C’est toujours au nom de plus de lumières qu’avance le totalitarisme, depuis Lucifer.
 
Quand Barack Obama l’a nommée en 2013 à la Commission électorale fédérale (FEC) Ann Ravel a été adoubée à l’unanimité par le Sénat. Cette juriste formée à Berkeley, avocate de profession, a semble-t-il donné satisfaction dans cette commission puisqu’elle a été promue vice présidente en 2014 et présidente en 2015, avant de démissionner au début de 2017.
 

Une régulation au service de l’éthique et de l’efficacité ?

 
L’objet de la FEC, présentée comme indépendante, est de veiller à la régularité des financements des campagnes électorales. C’était dans les cordes de la spécialiste qu’est Ann Ravel de l’incidence des « nouvelles technologies », id est le numérique et l’informatique, sur l’éthique financière, qui a fait ses premières armes en pourchassant l’argent noir. A la tête de la commission, elle a installé une application sur téléphone portable pour pister et lister tous les dons que reçoivent les politiques, elle a fait adopter la création d’une base de données sur leurs déclarations de patrimoine, etc. Elle affiche son parti pris pour «la transparence », première étape de la « régulation ». L’objectif qu’elle a ainsi fixé à la commission qu’elle dirigeait est « d’améliorer l’efficacité de la façon de gouverner et réparer les relations entre le peuple et le gouvernement ». Qui pourrait être contre ? Qui pourrait être contre le bien ? Qui pourrait vouloir moins de lumière ?
 

Ann Ravel préconise depuis toujours la régulation d’Internet

 
Dès qu’elle a pris du poids dans la commission, en 2014, Ann Ravel a montré le bout de l’oreille en réclamant un « réexamen de l’approche de la commission sur Internet et les autres technologies émergentes ». Ce vocabulaire enrobé est le masque habituel du totalitarisme administratif. De même que les lapalissades constituent la première marche des révolutions qu’il organise. Ravel a demandé que l’on « reconnaisse la façon dont la technologie change nos politiques », puis elle a lancé une grande consultation des « techniciens, entrepreneurs sociaux, politologues, politiciens, militants de tout bord » pour évaluer l’incidence des « innovations futures ». Pas de chance pour elle, c’était un peu trop tôt, le président de l’époque de la commission, Lee Goodman, débusqua son intention, « la régulation du discours ». Une fois devenue présidente, Ann Ravel tenta de convaincre les autres membres du bienfondé de sa démarche, mais en vain. En 2015, elle déclarait au New York Times : « Je n’abandonnerai jamais, mais je ne me fais pas d’illusion. Les gens pensent que la FEC dysfonctionne. C’est bien pire que ça. »
 

Le projet entre dans un processus politique long

 
Ann Ravel sait que son projet, comme tous ceux qui visent à mettre au pas Internet, par exemple ceux qui visent les réseaux sociaux, fait partie d’un processus long. Depuis qu’elle a repris sa liberté, surfant sur la campagne de presse lancée par les Démocrates à l’occasion de l’élection de Trump, elle préconise la régulation du discours politique sur internet pour lutter contre les « fake news », les informations sans fondement censées influencer l’électeur.
 
Dans un forum organisé sur « L’avenir de la démocratie », Ann Ravel a dénoncé la prolifération de ces « fake news » sur Internet et leur incidence sur les campagnes électorales. Et elle a déploré qu’il n’y ait « aucune régulation à ce propos, ou très peu ». Les réseaux sociaux n’ont pas de « connaissance réelle » des parrainages financiers qui financent les publicités politiques qu’ils publient, or « certains prédisent que d’ici 2020 la majorité de la publicité passera de la télé sur Internet, et je crois que c’est une question sérieuse qui demande qu’on en discute beaucoup ».
 

Fake news et régulation : la rhétorique de la censure

 
Rien que du bon sentiment, du flou, de l’évident, mais sa conclusion c’est : il faut de la « régulation ». C’est-à-dire que, sous prétexte que l’on ne peut pas savoir, aujourd’hui, qui paie quelle campagne politique sur les réseaux sociaux, Facebook en particulier, Ann Revel préconise de choisir entre certains discours, donc d’établir une censure politique. Au nom du bien, de l’éthique, de la transparence, de la lumière : la censure.
 
Or la transparence et le bien ne sont qu’un prétexte : on sait qui finance la publicité dans les grands médias, ont connaît à la fois les annonceurs, les boîtes de publicité, et, plus important encore, les patrons des centrales d’achat de publicité. On connaît les actionnaires propriétaires de journaux et de chaînes de télévision, et des propriétaires d’instituts de sondage, et cela ne permet ni d’assurer le pluralisme équitable des opinions, ni d’éviter la propagation de fausses nouvelles (en anglais obligatoire, fake news), ou la manipulation des consommateurs d’information.
 

Le vieux discours de Lucifer

 
Anne Ravel reprend les vieux prétextes dont se prévaut le totalitarisme depuis Lucifer : elle prétend vouloir établir plus de justice et de clarté, elle agit à l’inverse. Car Internet, malgré ses défauts immenses et évidents, permet encore une certaine pluralité des opinions, une certaine variété des informations, qui demandent bien sûr à être sourcées, et interprétées avec soin, ce qui encourage et forme l’esprit critique. La régulation que préconise Ann Ravel vise à supprimer cet espace de liberté au profit d’un système dont les Démocrates obamiens sont les chouchous et que l’élection de Trump a inquiété.
 

Pauline Mille