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Faire revivre l’auroch :
le rêve fou de l’Opération Tauros

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Taureau surdimensionné, aux cornes puissantes et au tempérament irascible, l’auroch a disparu des forêts européennes et sans doute faut-il en remercier nos ancêtres de la Préhistoire qui en ont efficacement fait le ménage, même si le dernier spécimen est mort, paraît-il, dans la forêt de Jaktorow en Pologne en 1627. Dans l’actuel Royaume-Uni, le dernier auroch a tiré sa révérence pendant l’âge de fer. Un groupe de savants européens travaille depuis plusieurs années à « faire revivre » l’auroch dans le cadre de l’Opération Tauros avec l’espoir de le réintroduire dans l’habitat sauvage européen… qui ne l’est plus tellement, bien sûr, mais cela peut s’arranger. Leur rêve fou plaira-t-il aux écologistes ? Les aurochs n’ont semble-t-il pas leur pareil pour la déforestation, mais pour une fois les écolos sont d’accord.
 
L’expérience scientifique qui mobilise plusieurs pays d’Europe repose sur une tentative de sélection génétique à l’envers, qui consiste à croiser sélectivement des spécimens de races de bovidés primitives conservant une grande proportion de l’ADN de l’auroch, puis à recroiser les animaux obtenus entre eux, pour « remonter » vers le modèle d’origine. Celui-ci est aujourd’hui bien connu, puisqu’en 2014, on a pu le séquencer complètement à partir d’un os bien préservé, vieux de 6.700 ans, trouvé dans une caverne dans le Derbyshire.
 

Le rêve fou de l’Opération Tauros : mettre des aurochs dans les bois

 
Voilà déjà plusieurs années que les opérations de croisement se poursuivent. Tout a commencé en 2009 sur des sites aux Pays-Bas et en Hongrie notamment. A partir notamment des races italiennes Marammana et Podolica, et des Busha des Balkans on a fait naître déjà quelque 300 veaux, chaque génération se révélant plus proche par l’apparence, le comportement et l’identité génétique au taureau géant de jadis.
 
« Je ne crois pas que nous puissions jamais créer un animal qui ressemble à 100 % à l’auroch, mais nous pouvons nous en approcher de très près », commente le Pr Matassino, du Consortium italien pour l’expérimentation et l’application des innovations biotechniques.
 
Revenu de la mort, Bos primigenius primigenius pourrait se voir offrir un nouvel avenir. Les experts entendent le lâcher dans la nature pour y remplir une « précieuse niche écologique ». « Il pourrait jouer un rôle important dans l’écologie de la forêt, en écrasant la végétation, en mangeant des buissons et en nettoyant prairies et herbages », assurent ses partisans.
 

Faire revivre l’auroch pour peupler une nouvelle zone « safari » en Europe

 
Le projet correspond parfaitement aux objectifs d’une association écologiste qui rêve de retransformer le jardin qu’est l’Europe en espace sauvage. Rewilding Europe a été fondé en 201 pour promouvoir le « retour à l’état de nature » d’un million d’hectares, depuis le Portugal jusqu’au delta du Danube, d’ici à 2022. Loin d’être un projet excentrique et marginal, il reçoit son financement de la Commission européenne, de la loterie néerlandaise et du WWF (World Wildlife Fund) des Pays-Bas, mais aussi de Natura 2000 et d’autres institutions officielles et environnementalistes.
 
Outre l’auroch, Rewilding Europe rêve de réintroduire les chevaux sauvages, le bouquetin, le bison d’Europe… « Les bovidés sauvages sont l’une des espèces qui ont façonné les paysages européens sur des centaines de milliers d’années. Lorsqu’il n’y a pas de grands herbivores, la forêt se régénère très vite. Les gros animaux qui broutent maintiennent des espaces ouverts et créent une variété de paysages qui peuvent venir en aide à de nombreux milliers d’espèces de plantes, d’insectes et d’animaux », indique son cofondateur, Wouter Helmer. Pour lui, les premiers troupeaux viables seront opérationnels ici à 20 ou 25 ans.
 

L’Opération Tauros s’inscrit dans « Rewilding Europe »

 
Wouter Helmer prévoit quelques résistances de la part de fermiers craignant la transmission de maladies aux troupeaux domestiqués, ce qui pourrait selon lui être évité en implantant les bovidés sauvages dans des zones reculées, et ce d’autant plus facilement que, s’agissant d’animaux obtenus tout à fait régulièrement par des croisements entre races domestiques, les aurochs bénéficieraient de ce statut. Mais tout dans leur comportement sera sauvage. Avec son poids avoisinant la tonne et sa réputation d’agressivité qui « n’épargne ni l’homme ni la bête sauvage », servie par « une force et une vitesse extraordinaires », comme l’écrivait jadis Jules César lui-même, l’auroch ne sera pas le voisin idéal.
 
Dans les nouvelles zones ensauvagées, il s’agit de tourner le dos à l’exploitation agricole « excessive et pluriséculaire », en vue de promouvoir un tourisme écologique du genre safari. Un vrai espoir, dit-on, pour les zones rurales, transformées en vitrines à visiter, la caméra au poing.
 
Et l’homme dans tout ça ?
 

Anne Dolhein