Trump cesse les livraisons d’armes aux rebelles syriens « modérés » :
le Washington Post y voit une victoire de Poutine, niant l’évidence

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Des rebelles syriens, à Ain Tarma, dans la banlieue de Damas, le 20 juillet.


 
Donald Trump a pris une décision capitale : stopper le programme secret de la CIA consistant à armer et à entraîner l’opposition syrienne « modérée » qui combat le gouvernement de Bachar el-Assad. Cette décision, souhaitée de longue date par la Russie, ce sur quoi insiste lourdement le Washington Post, met fin au jeu de bonneteau engagé par Barack Obama et son affidé le Français Laurent Fabius, qui revenait in fine à aider les islamistes les plus radicaux en raison de la supériorité de ces derniers et de la porosité avérée entre les camps rebelles.
 
La politique d’aide à l’opposition syrienne, lancée par Barack Obama en 2013, visait à renverser Assad sous le prétexte d’exactions contre son opposition. Certains, même dans le camp présidentiel, avait mis en doute son efficacité depuis que la Russie avait déployé ses forces en Syrie, en 2015. Selon le Washington Post, ce retournement traduit la volonté du président Trump d’aplanir les différends avec Moscou. Mais, soutenue par l’allié historique pro-occidental jordanien, cette décision entérine surtout la faible efficacité des entreprises américaines contre le président syrien.
 

Trump met un terme aux livraisons d’armes : le Washington Post voit une « victoire » de Poutine mais reconnaît que le président russe n’en faisait pas une condition pour un cessez-le-feu

 
La décision de Donald Trump a été longuement mûrie : elle aurait été prise voici déjà un mois à la Maison Blanche lors d’une réunion avec le directeur de la CIA Mike Pompeo et le conseiller national à la sécurité Herbert Raymond MacMaster. Fidèle à sa logorrhée démocrate et globaliste, et insistant sur le fait que la décision a été prise « avant la rencontre Trump-Poutine du 7 juillet en Allemagne », le Washington Post estime donc qu’il s’agit d’une victoire pour la Russie qui « considérait le programme anti-Assad comme une agression contre ses propres intérêts ». Le journal cite un « haut fonctionnaire en poste », évidemment anonyme, qui décrète « qu’en Syrie, Poutine a gagné ». Pour autant, le même article reconnaît que l’arrêt de cette aide américaine à l’opposition « démocratique » – quoique armée jusqu’aux dents – n’était pas une condition mise par Vladimir Poutine pour l’accord de cessez-le-feu coparrainé avec Trump. Mais tous les arguments sont bons pour accréditer une connivence du président américain avec son homologue russe, voire la dépendance du premier envers le second, axe d’attaque majeur de l’oligarchie médiatique contre Donald Trump.
 

C’est Obama qui avait mis un terme à l’expérience pathétique de la Nouvelle Force syrienne

 
L’aide américaine aux opposants « modérés » avait été complétée par une intervention directe des forces américaines contre une base aérienne syrienne, voici trois mois, frappe décidée par Donald Trump après que Washington eut accusé Assad d’avoir utilisé des armes chimiques, ce que le président syrien avait fermement démenti, accusant ses opposants d’avoir monté une forgerie. Le Washington Post se délecte de rappeler qu’à cette époque, l’ambassadeur américain aux Nations unies Nick Haley avait affirmé « qu’en aucune manière (les Etats-Unis) n’envisageaient la paix tant qu’Assad resterait à la tête du gouvernement syrien ».
 
C’est pourtant l’administration Obama qui avait mis un terme à certains financements, principalement celui d’un montant de 500 millions de dollars destiné à entraîner et équiper une force de mercenaires « modérés » en Syrie, la Nouvelle Force syrienne, laquelle avait débouché sur un désastre absolu, sujet de plaisanterie dans tout le Moyen-Orient. Surtout, le Washington Post se garde bien de rappeler qu’un nombre considérable d’armes distribuées par la CIA aux rebelles « démocratiques » ou « modérés » du temps d’Obama ont fini dans les mains des islamo-terroristes via le marché noir. Et que certaines de ces armes ont été utilisées, entre autres, pour tuer des Américains. Pire : il est arrivé que les rebelles qu’Obama fournissaient en armes et équipements s’allient avec des franchisés d’al-Qaïda et son front al-Nosra, estimant que c’était la meilleure façon de vaincre les loyalistes syriens.
 

Le renversement d’Assad n’est pas souhaitable, Obama lui-même l’avait admis

 
Finalement, et n’en déplaise au Washington Post qui fait feu de tout bois pour entretenir la légende d’une collusion – antiaméricaine bien sûr – entre Trump et Poutine, l’essentiel dans cette histoire est bien qu’un changement de régime à Damas n’est en rien souhaitable, pas plus qu’il ne l’était à Tripoli. En Libye, on a vu la suite. Le président Obama en personne qui l’avait d’ailleurs admis. Dans tout l’éventail politique états-unien, peu de voix exprimaient leur enthousiasme à mêler les Etats-Unis à une guerre civile syrienne susceptible de déboucher sur des combats contre les Russes et les Iraniens.
 
Tout cela n’empêche pas le Washington Post ce citer Charles Lister, membre du Middle East Institute, pour lui faire dire qu’avec la décision de Trump de cesser toute fourniture d’armes, les Etats-Unis « rendent la résistance modérée de plus en plus vulnérable en l’étranglant » et ainsi « tombent dans le piège russe ». Aucune allusion au fait que Washington ait pu tomber, bien plus sûrement, dans le piège islamiste.
 

Matthieu Lenoir