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Du Vendredi Saint au Dimanche de Pâques, la Face de Jésus

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Le temps Pascal est celui des apparitions de Jésus-Christ à ses apôtres et amis : dix sont rapportées en tout dans les Évangiles, plus celles qui sont inconnues comme pour la Vierge Marie par exemple, au matin de la résurrection, que la théologie catholique tient pour avérée. Le Christ est dans une nouvelle vie, cette vie éternelle reçue après sa résurrection parfaite, contrairement aux autres ressuscités qui mourront à nouveau… Ces apparitions expriment aussi un mystère que la Bible mentionne régulièrement, par touches successives : le mystère de la Face ou du Visage de Dieu. Dans l’Ancien Testament déjà, Yahvé avertit plusieurs fois les siens : « Tu ne peux voir ma Face » (Exode 33,20) dit-il à Moïse. Dieu a donc un visage ? Quel est donc ce « Face à face » dont parle saint Paul pour les élus (1 Cor. 13,12) ?
 

La Face divine : ce qu’elle est

 
La Face de Dieu est d’abord la présence de Yahvé : « La Face de Dieu est sur ses ennemis… Son visage est tourné vers les pauvres… Devant ta Face, plénitude de joie » (Psaume 15,10). En effet, le visage représente la totalité du corps et la personne entière. En embrassant le visage de l’ami, on exprime la joie que procure sa présence. Le baiser est le signe d’amitié dans toutes les civilisations.
 
Présence puis Gloire. Lorsque Moïse demande à Dieu, « Fais-moi, de grâce, voir ta gloire », Yahvé lui répond en parlant de sa Face. En effet, le visage est le plus digne de nos organes car il est le centre de nos activités sensorielles : voir, entendre, imaginer par le cerveau… Ainsi, Paul rappelle que les cheveux sont la gloire de la femme (1 Cor. 11,13) car la manière de les arranger fait l’ornementation de cette face, le principal de nous-mêmes, car « le visage demeure pour nous le miroir vivant de l’esprit », écrit Guyonne de Lorgeril (La face du Seigneur, Lib. Du Carmel, Paris, 1966). Or, l’esprit est le sommet de l’être humain ; il est la demi-substance qui fait que notre nature est intellectuelle, à l’image de Dieu. On ne parlera pas d’une face pour les animaux, mais d’un faciès.
 
La Face de Dieu est enfin la Vérité : « Illumine sur moi ta Face pour faire connaître ta loi » (Ps118,135). Cette lumière du visage est donc exprimée par la parole de vérité, qui au sein de Dieu est le Verbe, la deuxième Personne trinitaire… Pour ces raisons, David supplie : « C’est ta Face, Yahvé, que je cherche ; ne me cache pas ta Face » (Ps 26,79).
 

La Face de Jésus-Christ et le Vendredi Saint

 
Les attributs divins sont visibles sur le visage de Jésus-Christ, sur la Sainte Face : « Qui me voit, voit le Père, Philippe… Gloire de Dieu sur la Face du Christ » (Jean 1,46 ; 2 Cor. 4,6). Jésus-Christ révèle et cache à la fois : à la Transfiguration, sa Face est resplendissante comme le soleil, mais elle n’est qu’une face humaine traduisant imparfaitement la lumière divine.
 
Cette Face de Dieu, représentant et étant Dieu, va alors subir les outrages de la Passion. Le premier, au jardin des oliviers, est le baiser de Judas, rare moment de la Passion où Jésus-Christ s’indigna : « Par un baiser, tu trahis le fils de l’homme ! » (Luc 22,48) N’est-ce pas Peguy qui parlait des communions solennelles, achèvement du catéchisme mais aussi fin de la pratique religieuse, comme autant de baiser de Judas ? Le soufflet du valet chez le grand prêtre : « Si j’ai mal parlé, prouves-le, sinon pourquoi me frappes-tu ? » (Jean 18,24) « Souffleter est la plus grande injure, trahir par un baiser la plus grande noirceur. Du visage l’affront passe comme directement sur l’âme » (La face du Seigneur). Le sachant, les ennemis vont s’acharner sur la Sainte Face. Le linceul de Turin en est la preuve : crachats, nez cassé, couronne d’épines, meurtrissures à coups de bâton… Tous les sens du Sauveur sont occultés : ils lui bandèrent les yeux « pour éteindre leur lumière », lui fermèrent la bouche à coups de poing… « J’ai livré mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe » (Isaïe 50,7), barbe qui, en Orient, symbolise la maturité, l’autorité ; elle est signe d’honneur : « La ravager en Jésus, c’est avilir le visage lui-même, le livrer au mépris » conclut Guyonne de Lorgeril.
 
Le même prophète Isaïe rapporte (50,6) les propres paroles du Christ : « Je n’ai pas détourné mon visage de ceux qui m’outrageaient. » Alors que le premier mouvement de l’homme humilié est de se détourner, de se cacher, de protéger sa face, miroir de son âme, mettant ainsi sa personne à l’abri, bien au contraire, « ils me toisent » (Ps 21,18).
 
Enfin, Jésus mort en croix, les soldats lui voilèrent la face par un torchon, le suaire que Jean vit roulé à part dans la tombe vide, au matin de la Résurrection, et qui est conservé aujourd’hui à Oviedo en Espagne, suaire horriblement sali par de larges taches de sang, témoins des tortures subies par la Sainte Face.
 

Après le dimanche de Pâques

 
Il fallait une réparation. Ce furent les apparitions du ressuscité. Les spectaculaires humiliations subies par la face du « doux Jésus » (sainte Catherine de Sienne) ont été voulues par Dieu comme peine pour nos péchés : « Parce que vous avez humilié ma Face [par vos refus], j’humilierai la face de votre répondant devant tout le peuple » pourrait dire Dieu le Père. Mais, en retour, cette Face connaît une gloire sans comparaison, gloire qui la rend méconnaissable : que l’on songe aux difficultés qu’ont eues Marie-Madeleine, les pèlerins d’Emmaüs et les apôtres pour le reconnaître. Comment est-ce possible ? Leur foi n’était pas assez pure ; ils cherchent parmi les morts celui qui est vivant, le Vivant. La gloire acquise a tellement embelli le Christ qu’ils doutent de son identité. Et, une fois assurée, ils ne pourront plus s’en détacher : à l’Ascension, des anges devront les réveiller de leur extase (Actes 1,11).
 
Aujourd’hui, la Sainte Face vient compléter le culte du Sacré-Cœur ; celui-ci réparait la froideur protestante et janséniste, celle-là s’oppose au péché public du laïcisme et de l’athéisme des nations contemporaines.
 
Mais les chrétiens du XXIe siècle pensent-ils à honorer cette Face ? Ne peuvent-ils pas voir, depuis un siècle, ce Visage sur le linge de Turin grâce à la science moderne ? Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, « la plus grande sainte des temps modernes », n’en a-t-elle pas fait le centre de sa vie mystique ? Monsieur Dupont, à Tours, n’avait-il pas une lampe brûlant en permanence devant cette Face adorable ? Avec l’huile de la lampe, il faisait des miracles… La prière n’est-elle d’ailleurs pas comme un parfum, comme ce nard que Marie de Béthanie répandit sur le visage de Jésus-Christ une semaine avant son sacrifice ? L’obéissance à respecter la loi de Dieu avec une intention droite n’a-t-elle pas la promesse de voir ce visage : « Les cœurs droits contempleront ta face » (Ps 10,7) ? Alors, « que ma prière s’élève comme l’encens devant votre Face. » (Ps 140)
 
Ainsi se vérifiera le mot de David : « Qui regarde vers Lui, resplendira » (Ps 33,6), tout comme Moïse, admis face à Dieu sur le Sinaï, et qui dut cacher sa face rayonnante devant les hébreux qu’il aveuglait. « Tu m’as établi à jamais devant ta face » sera alors notre éternelle certitude (Ps 40,13).